CATHOLICI semper idem (CSI)

« Il veut régner sur la France
et par la France sur le monde. »

5 juillet 2005

Mgr Delassus


L’AngliCampos de l’abbé Ratzinger

Les réseaux internationaux et les doctrines de la « réforme de la réforme »

L’Abbé Ratzinger, Robert Moynihan, Catherine Pickstock, l’abbé Barthe, Mr A.Nichols

Radical Orthodoxy et Cambridge

Les théoriciens de l’”Eucharistie oecuméniste”

Avertissement

Encore un dossier important, à lire avec attention

Cette étude comprend un volume important d’annexes

Pour bien comprendre le contexte actuel de l’AngliCampos, nous recommandons à nos lecteurs de lire également le dossier qui démontre l’invalidité des sacres des évêques conciliaires (rite Rampollo-Montinien du 18 juin 1968) ainsi que notre étude « L’Opération Rampolla » [1]

Il y a le plan de construction (coagula) de la religion universelle confié à l'abbé Lustiger et qui imposera la religion noachide, mais ce sera la phase finale, programmée dans un second temps.

Entre temps il y a la phase de destruction (solve) confiée aux Maçons rose-croix de la High Church qui est

1° de détruire les canaux de la grâce dans le rite latin (ce qui est fait progressivement depuis le 18 juin 1968 par les rituels invalides des sacres montiniens et fait d'une manière irréversible)

2° d’achever de neutraliser le reste de résistance catholique de la Tradition par l’AngliCampos de 2005

3° d’étendre par Ratzinger cette éradication des rites valides de sacres aux orthodoxes, aux rites orientaux et à l’Eglise chinoise par la réunion des 3 branches (opération Rampolla)

Alors la succession apostolique ayant été définitivement et irréversiblement éradiquée de la surface de la terre, le champ sera libre pour le Coagula de la religion universelle.

 

L’AngliCampos de « Catherine de Cambridge »

Alors qu’il va bientôt se mettre en place, à l’initiative de l’abbé Ratzinger, un super-Campos international qui regroupera les mutins de la FSSP, les mutins de la FSSPX et les communautés Ecclesia Dei, cette initiative s’inscrit dans un cadre idéologique plus large et d’inspiration anglicane. Depuis 7 à 10 ans, un groupe d’universitaires anglicans de la mouvance tractarienne a développé une thématique d’apparence anti-moderne et néo-platonicienne, favorable aux formes traditionnelles de la liturgi, sur le thème de l’Eucharistie. Cette thématique semble correspondre parfaitement au programme de « réforme de la réforme » de l’abbé Ratzinger.

Nous avons baptisé cette nouvelle structure du nom d’AngliCampos, ce qui en caractérise bien l’esprit et l’origine.

Il est plus que probable que derrière ces influences se trouvent des milieux gnostiques et des réseaux de l’ombre qui en constituent les véritables centres directeurs. Nous avons des raisons de penser que l’abbé Barthe jouerait un rôle important dans cette affaire.

Nous nous étonnons qu’aucune revue de la Tradition catholique (Sel de la terre,Fideliter, Sodalitium, SisiNono,…) n’ait jusqu’à présent étudié cette mouvance aux ramifications développées.

Ce groupe d’anglicans de Cambridge qui ont partie liée avec l’équipe de Ratzinger ont développé une thématique moderno-gnostique sur l’Eucharistie, qui va devenir le socle théologique d’une fédération œcuménique afin de parvenir à la réunion des 3 branches chère au pasteur Pusey (vers 1850).

L’abbé Ratzinger va vraisemblablement développer dans les prochains mois ce thème de l’Eucharistie à mesure que progressera son plan de réunion œcuménique de l’Eglise conciliaire, nouveau patriarcat latin, avec les anglicans et les orthodoxes.

Il accomplira ainsi son travail de vigneron homicide dans les vignes du Seigneur. L’image de la vigne fut chère à Pusey, et Ratzinger la repris, en forme de clin d’œil pour initié, depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre au soir de son élection le 19 avril 2005.

 

Avec le départ des abbés Bruno Le Pivain, Fabrice Loiseau, de Mentque et de deux séminaristes de la Fraternité Saint-Pierre, commence peut-être publiquement la mise en place d’une structure internationale de type Campos afin d’attirer les traditionalistes du monde entier sous la coupe de l’abbé Ratzinger. Il est sûr que les 16 signataires de la lettre du 29 juin 1999 contre l’abbé Bisig seront partants pour cette nouvelle manipulation. A Ecône, le 29 juin 2005, Mgr Fellay a déclaré à ses prêtres que la FSSP est sur le bord de l’explosion et a aussi fait état d’une prochaine création d’une structure internationale qui pourrait prendre la forme d’une prélature personnelle, d’une administration apostolique ou encore une autre forme. Depuis hier, c’est l’abbé Thuillier qui part de la FSSPX. A-t-il été travaillé par cette bande romaine ? Lui a-t-on promis une place dans la nouvelle structure ? Les abbés déjà exclus sont acquis à la cause ratzinguérienne (Aulagnier, Laguérie, Héry, Guelfucci, Forestier). L’abbé Lorans, au rôle bien trouble, va-t-il suivre ?

Quels sont les soubassements organisationnels de ce super-Campos, quels en sont les fondements doctrinaux ?

Nos travaux de recherche nous ont conduit sur le premier point à faire ressortir des connexions internationales entre l’abbé Ratzinger, des revues de l’Eglise conciliaire (Communio, Catholica, Kephas, First Things, Inside the Vatican,…), un dominicain de Cambridge très prolifique (Aidan Nichols), des maisons d’éditions (Homme Nouveau, Ad solem de Grégory Solari), des abbés des milieux Ecclesia Dei (abbés Barthe, abbé Bruno Le Pivain), des laïcs (Bernard Dumont pour Catholica, Robert Moynihan pour Inside the Vatican, Denis Sureau pour les Editions de l’Homme Nouveau) et un groupe d’universitaires anglicans (Catherine Pickstock, John Milbank, Graham Ward) de Cambridge. Ces penseurs anglicans développent depuis plus de 10 ans, un mouvement théologique à prétention universaliste, appelé Radical Orthodoxy. Michael Davies et Una Voce ne semblent pas innocents dans cette affaire, si l’on en croit quelques confidences que nous citerons dans un autre message CSI.

C’est pourquoi, cette opération de fédération des forces traditionnelles catholiques (nées en réaction au concile Vatican II) en connexion avec les milieux conservateurs conciliaires, apparaît comme une concrétisation d’un discours relayé depuis plusieurs années dans les milieux Ecclesia Dei, par des figures anglicanes. Elle bénéficie du soutien de l’abbé Ratzinger, l’un des leaders de la révolution contre l’Eglise. Nous avons déjà eu l’occasion, dans les analyses et les documents de CSI, de montrer la continuité historique du plan anglican des milieux tractariens depuis le pasteur Pusey, en passant par Lord Halifax et les conversations de Malines en 1927 en vue de la subversion de l’Eglise et de la destruction de la succession apostolique. Actuellement, le dominicain Adrian Nichols, de Cambridge, joue un rôle de premier plan dans l’élaboration des principes de cette fédération. Cette destruction de la succession apostolique de rite latin est à l’œuvre depuis 37 ans, le rite invalide et néo-anglican de consécration épiscopale ayant été promulgué par Paul VI le 18 juin 1968.

Nous avons pour cette raison appelé ce projet l’AngliCampos.

Cet AngliCampos qui serait une structure tradi-conservatrice bénéficierait du soutien des milieux conservateurs anglo-saxons qu’ils soient conciliaires, épiscopaliens ou anglicans. Elle mettrait une forte pression sur Mgr Fellay et la FSSPX afin de les entraîner à rallier. Elle surgirait aussi sur la scène publique au moment où le plan Pike est sur le point de concrétiser une étape politique décisive par l’attaque contre l’Iran à l’initiative des néo-conservateurs américains. Ce serait le point de départ d’un enchaînement prévisible vers le clash des civilisations entre l’Occident d’un côté et l’islam de l’autre. La réalisation d’une telle structure contribuerait donc, par sa contribution sur le plan religieux, à atteindre les objectifs du plan Pike, sur le plan géo-politique.

La High Church et les loges illuministes Rose-Croix qui pilotent ces évènements et ces diverses initiatives poursuivraient ainsi leur destruction et de la civilisation chrétienne et de la succession apostolique abolissant ainsi le vrai sacrifice et l’Ordre de Melchisedech, toutes choses qui sont l’objet de leur haine séculaire.

Comment un abbé Célier, si au fait de tout à Paris, n'aurait-il jamais parlé de tout cela avec ses amis les abbés de Tanoüarn et Barthe ?

Rien sur les éditions Ad Solem, dont pourtant la politique et les auteurs méritent depuis longtemps une étude attentive, préférant promouvoir par des éloges injustifiés des romancières comme Gabrielle Cluzel. Sachant que cet abbé n'est pas un sot, il est évident qu'il fait objectivement le jeu de l'ennemi.

Reste-t-il à Suresnes, pour les informer ? Nous savons depuis longtemps que son "jeu" a été

1° de ne pas informer de la vérité ;

2° après l'avoir occulté, de déformer ses lecteurs pendant plus de quinze ans.

Le moins qu'on puisse dire est que dans toute société du monde du travail, un tel comportement méritait un renvoi pour faute professionnelle grave.

Mais ne le garde-t-on pas pour continuer ce "jeu" de déformation des fidèles ?

Pendant que l'ennemi travaille sans arrêt, des abbés Célier, aux postes si importants, s'amusent ...jusqu'à la catastrophe.

Nos lecteurs, mieux informé et formés ne se posent plus de questions et sur le rôle nocif de cet abbé et sur le silence des supérieurs. Ils n'ont plus aucune illusion.

Nous remarquons en plus qu'une équipe bordelaise sédévacantiste, reprend le relais de la désinformation, entraînant ses "supporters" dans des voies de garage. Ils refusent eux aussi de parler et des origines de la crise (refusant de faire connaître Mgr Delassus) et des plans qui se mettent en place. Bien sûr, ils n'ont aucun enseignement sur la solution voulue par Dieu et "pouffent" de rire dès que l'on parle du Christ Roi de France. Laissons les pouffeurs pouffer.

 

Qu’est-ce que Radical Orthodoxy ?

Il s’agit d’un mouvement théologique lancé par des universitaires anglicans de Cambridge vers le début des années 1990, et qui depuis n’a cessé de s’étendre dans des milieux religieux très divers et suscite aujourd’hui une fédération de défenseurs entre les anglicans et des figures de la mouvance conservatrice ou Ecclesia Dei de l’Eglise conciliaire.

« La circulation en 1997 de deux manifestes au titre provocateur, "Radical Orthodoxy : Twenty-Four theses" ( !) et "Radical Orthodoxy : Twenty more theses", ainsi que la publication en 1998 d’un recueil intitulé "Radical Orthodoxy - A new theology" [2] ont provoqué une controverse dans le monde universitaire et ecclésiastique anglophone qui peut surprendre à une époque pauvre en adversité et riche en indifférence. Ecartée par les uns pour son arrogance et son orientation prétendue réactionnaire et saluée par les autres comme le plus grand mouvement depuis la "nouvelle théologie", Radical orthodoxy se pose elle-même comme le seul mouvement théologique contemporain capable de rendre à la théologie le statut qui lui revient, à savoir celui de « revendiquer le monde en situant ses préoccupations et activités dans un cadre théologique [...] c’est-à-dire en termes de Trinité, de christologie, d’Eglise et d’Eucharistie [... et], face à l’effondrement séculier de la vérité [...], de reconfigurer la vérité théologique ». [3] Si ses avocats et ses opposants s’accordent sur une chose, c’est que c’est là le mouvement théologique contemporain le plus débattu en terres anglo-saxonnes. (…)

Le réalisme théologique professé par Radical orthodoxy se veut nouveau, en ce qu’il entend reprendre et approfondir la philosophie chrétienne historiciste et pragmatique (dans le sillon de Maurice Blondel) et la ’nouvelle théologie’ (dans le sillon de Marie-Dominique Chenu, Henri de Lubac et Hans Urs von Balthasar), tout en rejetant la voie de la théologie naturelle telle qu’elle s’est déployée depuis l’époque de Jean Duns Scot (1266-1308) et Guillaume d’Ockham (ca. 1288/89-1349). (…)

Radical orthodoxy revêt un double intérêt pour la théologie et la philosophie catholique contemporaine. D’une part, ce mouvement se positionne avant tout par rapport à la production philosophique et théologique française contemporaine, en premier chef la phénoménologie de Jean-Luc Marion et de Michel Henry. D’autre part, il vise à renouer avec, et à approfondir, la pensée de Maurice Blondel et de la "nouvelle théologie" dont l’héritage, selon les auteurs "radical-orthodoxes", n’a pas été assimilé par la théologie catholique du XXe siècle. » Adrian Pabst, Introduction à la théologie de John Milbank et à « Radical Orthodoxy » (Annexe E)

 

Historique

«Après sept siècles de dérive culturelle, trois siècles d'enténèbrement spirituel, (…) éclosent des fleurs aussi fraîches qu'au premier matin du monde. La foi de Radical Orthodoxy, née à Cam­bridge pour l'honneur de l'Eglise an­glicane et réunissant de plus en plus de penseurs de différentes confessions chrétiennes, en témoigne » J.P.Maisonneuve (Catholica N°84 – été 2004) (Annexe D)

« Le mouvement (Radical Orthodoxy) a été lancé par moi-même, John Milbrank (mon directeur de thèse) et Graham Ward, qui était à l’époque doyen de Peterhouse. » Catherine Pickstock (Annexe A)

 

Doctrine

« Nous nous inscrivons dans le mouvement amorcé par la Nouvelle Théologie dans la mesure où nous croyons qu'il existe chez tous les esprits créés, angéliques aussi bien qu'humains, un désir naturel inné pour le surnaturel. Et nous allons jusqu'à prétendre (ce que laissait déjà entendre la théologie d'Henri de Lubac) qu' il n'existe aucun être libre et rationnel qui n'ait pour finalité la vision béatifique. Nous estimons en plus qu'un tel être, libre et rationnel, manifeste (ne serait-ce que par une sorte de nécessité esthétique) le caractère aporétique de la Création - à savoir le fait que la Création provient entièrement de l'être divin tout en existant réellement dans son ordre propre. (…) Sans une telle ontologie, il ne peut pas y avoir de véritable valorisation du «temporel » et de l'«incarné ». La matière se trouve de la sorte paradoxalement évacuée, vidée de sa substance pour révéler le néant auquel elle faisait écran. La temporalité et la matière trouvent leur juste valeur seulement lorsqu'on leur a retiré toute autonomie propre, pour ne les faire dépendre que de l'éternité dont elles reçoivent leur être par participation. La reconnaissance de cette participation métaphysique constitue également le véritable fondement de la participation sociale. Car si nous croyons que nous avons une origine commune et une finalité commune, alors il devient ontologiquement possible aux êtres humains de vivre ensemble en harmonie. »

Critique de la modernité

« La modernité se définit par un certain mode de théologie que nous réfutons et qui a ses racines dans le Moyen-Âge. Cette théologie attribue aux êtres humains deux fins bien distinctes : l'une naturelle, l'autre surnaturelle, ce qui a engendré, comme Henri de Lubac l'a d'ailleurs relevé, à la fois un humanisme dénué de religion et une religion coupée de tout prolongement et de tout enracinement dans le domaine culturel. Pour un humanisme dénué de religion, le réel finira par être réduit exclusivement à ce que l'homme peut pleinement contrôler. Faute de se donner à lui-même une raison suffisante pour se valoriser, cet humanisme aboutira tout naturellement à une forme d'anti-humanisme de caractère nihiliste. De la même manière, une religion dénuée de culture se fera une idée purement formelle et extrinsèque du salut, et sera tentée de ne voir dans l'Église qu'une sorte d'organisation visant à administrer la médecine de la grâce. Nous ne voyons rien d'inéluctable dans le phénomène de la sécularisation de la société, et nous ne nous résignons pas à cet état de choses. Pour nous, la sécularisation est l'enfant naturel d'une fausse théologie et d'une fausse ecclésiologie. Il est au pouvoir de la théologie d'inverser ce processus, qui en dernière analyse est intellectuel, même si la mentalité engendrée par ses modes de pensée est profondément enracinée dans la praxis sociale. » John Milbank, interview donné à l’Homme Nouveau, n° 1320

 

« C'est en quelque sorte, en 443 pages JOHN MILBANK, Theology & Social theory. Beyond secular reason [Théologie et théorie sociale. Au-delà de la raison laïque], Blackwell, Oxford, 1990, le programme initial du courant Radical Orthodoxy et qui en indique le principal objectif : affronter le support opérationnel de la sécularisation que constituent les sciences humaines, et leur substituer la pensée sociale chrétienne conçue comme une sorte de théologie de la libération de type occidental et assurément non marxiste. J. Milbank récuse la conception cléricale de l'Eglise (qu'il appelle l'intégrisme), s'en prend à la sociologie de la religion fondée sur le positivisme — surtout celle de Talcott Parsons et de ses disciples —, et rejette la version rahnérienne de ce qu'il nomme l'intégralisme (nature et grâce), qui s'est dévoyée dans la théologie politique germanique et latino-américaine. Pour lui, Rahner est à écarter en raison de sa négation du surnaturel, tandis que la « version française » de l'intégralisme peut constituer la base d'une véritable conception de la cité alternative (« the other City »). Il se place ainsi sous le patronage de Blondel, de Lubac et Urs von Balthasar (mais non de Congar qui le laisse un peu perplexe). Bien qu'il y ait beaucoup à discuter sur tout cela, on retiendra avant tout l'intention : « Ce livre [...] est pensé pour surmonter le pathos de la théologie moderne [...], la fausse humilité, un défaut nécessairement fatal, car si la théologie ramène sa prétention à n'être qu'un métadiscours, elle devient incapable d'articuler la parole du Dieu créateur et se transforme en oracle d'une idole finie, telle que l'étude historique, la psychologie humaniste ou la philosophie transcendentale ». Bernard Dumont (Catholica N°70 – été 2004) (Annexe C)

« Le mouvement Radical Orthodoxy, né à Cambridge, a conquis en dix ans une importance capitale dans le monde théologique anglo-saxon. Alors que l’intelligence catholique française semble anémiée, affaiblie, incertaine, l’effort intellectuel audacieux de nos amis d’outre-Manche brille par sa perspicacité et sa profondeur. Avec eux nous pensons que le monde est avant tout malade de la sécularisation, et que seule une critique « radicale » d’ordre théologique permettra de dessiner des chemins pour en sortir.

Le processus de sécularisation a été déclenché il y a plus de six siècles. L’orthodoxie radicale en repère très tôt les premières expressions chez certains théologiens médiévaux, puis en scrute avec lucidité l’évolution. Au point de départ, le projet de penser l’ordre naturel, l’homme et la société indépendamment (puis, dans un second temps, contre) la révélation de l’ordre surnaturel. Ce programme prend de multiples formes : depuis la progressive marginalisation de la théologie jusqu’à la reconstruction abstraite d’un homme coupé de sa vocation surnaturelle dans une société qui apprend à fonctionner comme si Dieu n’existait pas. Cela implique, comme Péguy l’avait entrevu, de mutiler l’homme concret avec toute la richesse de ses expériences. Dieu est ainsi expulsé de tous les domaines de la vie. Mais puisque Dieu est partout, l’absence de Dieu est le néant. Concevoir la création sans la participation à l’être divin qui la fonde conduit directement au nihilisme.

Saint Thomas d’Aquin a cette formule qui mérite d’être longuement méditée : tout ce qui se dit de vrai vient du Saint-Esprit. En langage plus technique, John Milbank et ses amis rappellent que, dans la grande vision patristique et médiévale, foi et raison supposent une participation à l’intellect de Dieu. C’est pourquoi seule la foi peut restaurer notre raison naturelle ; et, réciproquement, un bon usage de la raison est impossible sans une foi au moins implicite.

Ce rappel est sous-jacent au thème de l’évangélisation de la culture. Dans les années trente, les jocistes avaient pour idéal de « refaire la société chrétienne ». Cela implique aussi de « refaire une culture chrétienne ». Cela est vrai au sens étroit que l’on donne aujourd’hui au mot culture : les arts et lettres. A cet égard, il faut se réjouir de formidable succès de La Passion du Christ, le film de Mel Gibson, et des multiples oscars attribués au dernier film de la trilogie tirée du Seigneur des Anneaux, l’étonnante épopée de Tolkien qui peut contribuer à réévangéliser l’imaginaire. Mais c’est encore plus vrai de la culture au sens large. C’est ainsi qu’il importe, en particulier, de refaire une économie chrétienne : une économie intégrant le don, l’exercice des vertus – dont une justice soucieuse des pauvres - et la poursuite d’autres objectifs que la production et la consommation de richesses matérielles. Cette démarche suppose au préalable une critique radicale des pseudo-sciences sociales (à commencer par la prétendue « science économique » moderne) qui ne sont que des théologies hérétiques.

Qui dit culture dit culte. Si toute culture n’a de sens que comme participation à Dieu, la société humaine se doit de rendre un culte à son Créateur et Rédempteur. Un ordre véritablement chrétien est un ordre liturgique. Une civilisation véritablement chrétienne – et par là même authentiquement chrétienne – est imprégnée de rites et de rituels. « Donnez-nous des rites ! » s’exclamait le poète Rilke. La liturgie n’est pas un loisir du dimanche : elle est l’activité humaine par excellence, au cœur de la cité, au centre de nos vies. L’importance que nous lui reconnaissons est un autre point de rencontre avec les théologiens radicaux-orthodoxes : « Le culte liturgique n’a pas pour but premier d’améliorer la qualité de notre vie collective, il est le couronnement même de cette vie collective. Nous travaillons, que nous le voulions ou non, à l’édification d’une société fondée sur la justice quand du surplus de notre production nous faisons collectivement une œuvre de beauté, visible au regard de Dieu » (Catherine Pickstock, préface à Radical Orthodoxy, Ad Solem 2004).


Cette confrontation avec les angoisses et les questions de nos contemporains est un axe clé. Car il ne s’agit pas d’être « antimoderne » ou « postmoderne », « conservateur » ou « progressiste » : il s’agit, en partant des ressources propres de notre foi, de montrer que seule une théologie fortement enracinée dans le meilleur de sa tradition patristique et médiévale est capable de discerner le positif du négatif dans la modernité. Ce programme était déjà celui des thomistes de la première moitié du vingtième siècle. Il est fort différent des tentatives successives et impuissantes de théologiens qui pensent pouvoir s’appuyer sur la modernité et ses avatars (les sciences sociales, l’expérience des croyants etc.) pour repenser la foi.

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, l’affirmation volontaire de la puissance de la foi ne produit pas une crispation identitaire mais, au contraire, relance l’œcuménisme. Non l’œcuménisme par le bas de la recherche du plus petit commun dénominateur. Mais un œcuménisme par le haut, où les points de divergence apparus depuis la Réforme sont remis à leur place. Particulièrement prometteuse à cet égard est la redécouverte, par des théologiens protestants, de l’œuvre de saint Thomas d’Aquin. Dès l’origine, comme le souligne Catherine Pickstock, l’orthodoxie radicale s’est découverte comme œcuménique : « Ses premiers adeptes étaient des anglicans et des catholiques romains. Mais elle compte maintenant des sympathisants venus de tous les horizons de la famille chrétienne, orthodoxes orientaux, méthodistes, baptistes, presbytériens. L’intérêt de ces derniers venus a de quoi surprendre dans la mesure où notre Mouvement s'affiche comme ouvertement catholique. Il est cependant à noter qu'aujourd'hui de nombreuses Églises protestantes cherchent à retrouver une plus large catholicité. Ceux qui ont critiqué, un peu à la légère, ce qu'ils ont appelé l'«antiprotestantisme» du Mouvement ignorent la pertinence de ses visées oecuméniques. Il invite protestants et catholiques à examiner les points qui les divisent et à se demander dans quelle mesure leurs différends ne résultent pas d'interprétations erronées de certaines tendances extrêmes qui ont vu le jour au crépuscule flamboyant de la pensée scolastique. Cette proposition n'a rien de particulièrement original en soi. Elle sous-tend une bonne partie de la réflexion théologique du XXe siècle, aussi bien protestante que catholique. Nous cherchons simplement à la rendre plus explicite » (id.).

Un autre point de convergence avec le catholicisme social est la volonté affirmée par Radical Orthodoxy de démontrer comment la participation en Dieu implique nécessairement une participation sociale sur le plan terrestre. Comme l’écrit Catherine Pickstock, « le christianisme qui veut renouveler l’homme individuel, l’homme intérieur, a aussi pour tâche de renouveler la communauté humaine elle-même » et c’est « l’Eglise elle-même qui doit être le site initial de cette communauté renouvelée » (id.). Cette perspective nous passionne. Pas vous ? Denis Sureau, Président des éditions de l’Homme Nouveau

Catherine Pickstock écrit : « le culte liturgique n'a pas pour but premier d'améliorer la qualité de notre vie collective, il est le couronnement même de cette vie collective. Nous travaillons, que nous le voulions ou non, à l'édification d'une société fondée sur la justice quand du surplus de notre production nous faisons collectivement une oeuvre de beauté, visible au regard de Dieu.

"Nous avons besoin de retrouver le sens d'un véritable rituel liturgique, c'est-à-dire le sentiment de quelque chose de beau et de constamment répété, quoique d'une manière chaque fois différente. Nous avons besoin de retrouver le sentiment que notre travail et notre vie collective ne peuvent trouver leur accomplissement que dans une offrande liturgique à Dieu. Et par-dessus tout, nous avons besoin de nous pénétrer de ce sentiment que la charité (…) n'est en fin de compte qu'un échange de dons; car si le travail humain produit plus que le nécessaire, cette abondance, loin de servir à remplir les coffres d'un vieil avare, doit être joyeusement offerte à Dieu, à ce Dieu qui nourrit le jeu de cet échange de dons entre le divin et l’humain. C’est uniquement de cette façon que nous pourrons retrouver le radicalisme de l’orthodoxie » Catherine Pickstock, préface à Radical Orthodoxy, Ad Solem, 2004

 

 

Quelques figures principales de Radical Orthodoxy

John Milbank

 

« Père fondateur du mouvement Radical Orthodoxy, John Milbank est depuis septembre 2004 professeur de religion, politique et éthique à l'université de Nottingham (Grande-Bretagne). Né en 1952 au nord de Mondres, cet anglo-catholique a enseigné aux unversités de Lancaster, Cambridge et Virginia (aux Etats-Unis.

Son livre capital "Theology and Social Theory" a lancé une réflexion profonde sur la sécularisation et l'alternative offerte par la théologie chrétienne. » Denis Sureau Président des éditions de l’Homme Nouveau

 

Catherine Pickstock

 

Théologienne anglicane de la branche tractarienne de la Haute Eglise, la branche anglo-catholique (voir Annexe A).

« Je suis née à New York, mais j’ai été élevée à Islington, puis à Highbury, au nord de Londres, et je suis allée à l’école à Highgate. Je suis fille unique. Mon appartenance religieuse est complexe : selon la convention juive, je suis entièrement juive. Mais du côté de mon père, nous sommes d’une lignée de socialistes et de syndicalistes méthodistes du Derbyshire. Mes grands-parents paternels m’ont introduite très jeune à la liturgie dans la tradition anglicane » Catherine Pickstock

« Nous sommes tous les trois, c’est certain, des héritiers des traditions de la High Church anglicane comme de celles du mouvement d’Oxford, et nous percevons Radical Orthodoxy comme relevant d’une tentative de revigorer la pensée anglo-catholique[2], quoique en alliance avec beaucoup de catholiques romains. Une grande partie des thèmes de notre ouvrage constituent le prolongement de tendances antérieures de la théologie anglo-catholique : le sacramentalisme, par exemple, et l’incarnationnisme, ainsi que l’intérêt pour Platon, l’insistance sur le fait que le salut consiste en l’appartenance à l’Église conçue comme la société véritable, et l’engagement dans la politique socialiste » Catherine Pickstock

« Je ne soutiens en aucun cas la position de Monseigneur Lefebvre, qui est loyale vis-à-vis des traditions de la Contre-Réforme et politiquement très conservatrice. » Catherine Pickstock

« La position de Monseigneur Mannion et du Père Nichols a toute ma sympathie » Catherine Pickstock

« Je suis favorable à l’ordination des femmes ainsi qu’à leur participation intégrale à chaque aspect de la liturgie » Catherine Pickstock

« Cette jeune théologienne et philosophe anglo-catholique britannique, ancienne élève de John Milbank, enseigne à Cambridge.

Spécialiste de Platon et de saint Augustin, elle est l'auteur d'une thèse (After writing, à paraître en français sous le titre de Lettre morte) qui montre comment l'eucharistie offre une réponse définitive aux problèmes de la philosophie du langage (notamment ceux soulevés par Jacques Derrida).

A la cité « laïque » qui coupe l’homme de sa participation en Dieu, elle oppose la vision chrétienne-sociale d’une cité liturgique. La participation en Dieu implique une participation sociale. Le renouvellement de l’homme intérieur s’accompagne du renouvellement de la communauté humaine, à partir de l’Eglise conçue comme le site initial de cette communauté renouvelée. Or c’est par la liturgie que l’homme et partant la société fait l’expérience de la participation en Dieu et rompt la monotonie de la vie séculière. » Denis Sureau Président des éditions de l’Homme Nouveau

 

William T. Cavanaugh

 

« Jeune, laïc et théologien

L’Amérique nous étonnera toujours. Pour preuve William T. Cavanaugh. Première originalité : ce jeune théologien professionnel est un laïc, marié, père de trois enfants, Finnian, Declan et Eamon. Une originalité vu de France, où les théologiens de métier sont presque tous clercs et où les bacheliers ne se lancent pas dans des études universitaires de théologie. Or c’est ce qu’a fait Bill, de façon brillante, en collectionnant les diplômes et les prix d’excellence, d’abord à l’University de Notre Dame (dans l’Indiana), puis à Cambridge, en Angleterre, où il a passé deux ans et découvert les britanniques joies de l’aviron.

Deuxième originalité : Bill ne se contente pas de défendre de défendre un catholicisme actif dans la cité. Il le vit. Avant de retourner au pays pour achever ses études, il a décidé de partir pour les bidonvilles de Santiago-du-Chili, afin d’aider à la construction de logements. Il a découvert là-bas une Eglise confrontée à la misère et à la violence. De cette expérience naîtra son premier livre, Torture et Eucharistie (traduction française à paraître ces jours-ci chez Ad Solem), une réflexion passionnante de théologie politique.

Troisième originalité : le catholicisme de Bill est universel. S’il enseigne maintenant à l’Université Saint-Thomas, à Saint-Paul, dans l’Etat du Minnesota, son second livre est paru en français aux éditions genevoises Ad Solem : "Eucharistie et mondialisation". Sa version anglaise remaniée est parue ultérieurement chez un éditeur écossais sous le titre "Theopolitical Imagination" (T & T Clark 2002). L’Eglise transcende les frontières. Passionné par ces travaux, l'archevêque de Grenade s'apprête à les publier en espagnol.

Quatrième originalité : la réflexion théologique de Bill progresse en interaction permanente avec les théologiens des autres confessions, tel son ancien directeur de thèse, Stanley Hauerwas, un Mennonite. Et il est un compagnon de route des penseurs anglicans du mouvement Radical Orthodoxy (Milbank, Pickstock, Ward).

En 2003, Bill a signé avec plus d’une centaine de théologiens américains un appel contre la guerre en Irak. Son prochain livre démontera le Mythe de la violence religieuse. Et si le renouveau théologique au XXIe siècle venait d’outre-atlantique ? » Denis Sureau Président des éditions de l’Homme Nouveau

 

Quelques publications importantes des principaux auteurs de Radical Orthodoxy

John Milbank, Theology & Social theory. Beyond secular reason [Théologie et théorie sociale. Au-delà de la raison laïque], Blackwell, Oxford, 1990

John Milbank, Catherine Pickstock, Graham Ward (dir.), Radical Orthodoxy, Routledge, Londres et New York, 1999 Douze auteurs britanniques et américains, dont cinq catholiques, ont participé à la rédaction d'un volume au titre de manifeste

Catherine Pickstock, Thomas d’Aquin et la quête eucharistique, Ad Solem, 2001

William T.Cavanaugh, Eucharistie et mondialisation, Ad Solem, 2001

Adrian Pabst, Olivier-Thomas Venard, Radical Orthodoxy. Pour une révolution théologique, Ad Solem, coll. Angles vifs, Genève, mars 2004. Le livre, écrit par deux auteurs catholiques, est préfacé par Catherine Pickstock.

John Milbank, Christologie poétique, Ad Solem, 2005 (à paraître)

 

Principaux livres de John Milbank

John Milbank, Theological Perspectives on God and Beauty. (Avec Graham Ward et Edith Wyschogrod. Trinity Press International, 2003.

John Milbank, Being Reconciled: Ontology and Pardon. Routledge, 2003.

John Milbank, Radical Orthodoxy: A New Theology (sous la direction de John Milbank, Catherine Pickstock et Graham Ward), Routledge, 1999

John Milbank, Truth in Aquinas. (Avec Catherine Pickstock) Routledge, 2001.

John Milbank, The Word Made Strange: Theology, Language, Culture. Blackwell, 1997.

John Milbank, The Religious Dimensions in the Thought of Giambattista Vico, 1668-1744.

Part 1. The Early Metaphysics. Lewiston: E. Mellen Press, 1991.
The Religious Dimensions in the Thought of Giambattista Vico, 1668-1744.

Part 2. Language, Law and History. Lewiston: E. Mellen Press, 1992.

John Milbank, Theology and Social Theory. Blackwell, 1990.

 

Principaux livres de Catherine Pickstock

Catherine Pickstock, A Short Guide to Plato. Oxford: Oxford University Press, 2004

Catherine Pickstock  Ascending Numbers. Oxford: Westview Press, 2001.

Catherine Pickstock Thomas d'Aquin et la quête eucharistique. Ad Solem, 2001.

Catherine Pickstock Truth in Aquinas (avec John Milbank). 2000. routledge, 2001.

Catherine Pickstock After Writing: On The Liturgical Consummation of Philosophy. Oxford: Blackwell, 1998.

 

Principaux livres de William T.Cavanaugh

William T.Cavanaugh, The Myth of Religious Violence (à paraître chez University of Notre Dame Press)

William T.Cavanaugh, Theopolitical Imagination: Discovering the Liturgy as a Political Act in an Age of Global Consumerism. T. & T. Clark, 2002

William T.Cavanaugh, traduction française: Eucharistie et Mondialisation: La liturgie comme acte politique. Ad Solem, 2001

William T.Cavanaugh, Torture and Eucharist: Theology, Politics, and the Body of Christ. Blackwell Publishers, 1998.

William T.Cavanaugh, traduction française: La Torture et L'Eucharistie. Ad Solem, 2005.

                                                        

 

 

Les réseaux d’influence de Radical Orthodoxy

L’entrisme de Catherine Pickstock dans les milieux conservateurs conciliaires et Ecclesia Dei

Une bonne illustration nous est fournie par la promotion de Catherine Pickstock lors du colloque de Christi fideles le 15 mai 1999 à New York. Organisé par la mouvance Ecclesia Dei favorable au rite tridentin, le Père Mole, âgé de 83 ans, introduit Catherine Pickstock comme la « Catherine de Cambridge » qui pourrait sauver le rite traditionnel comme sainte Catherine de Sienne a restauré la Papauté à Rome. Puis le cardinal O’Connor, présent au congrès, la présente dans son sermon à Saint Patrick comme la « John Henry Newman de notre temps ». Son livre « « Après avoir écrit : la consommation liturgique de la liturgie » (1998) est présenté comme la défense la plus rigoureuse et la plus fidèle du rite Romain depuis une génération. (Voir Annexe F).

Puis toujours lors du même congrès le frère Perricone, organisateur de Christi fideles, annonça le désir du cardinal O’Connor de rencontrer Catherine Pickstock, et transmit également le message que le cardinal Ratzinger voulait également la rencontrer et discuter sa thèse à la première occasion possible (Voir Annexe F).

Pour Catherine Pickstock, les réformateurs liturgiques de Vatican II ont « non seulement détruit la beauté et le mystère et l’import théologique de la messe mais ont aussi contribué à détruire la civilisation que la liturgie du Rite Romain avait construite ». Critiquant les réformateurs de 1969, qui avait seulement « considéré la Messe comme un texte qui nécessitait un bon éditeur », elle affirma que la Messe est un « poème doxologique remplit d’une finalité transcendente par laquelle l’homme se bat avec la réalité choquante de l’incarnation et du sacrifice ». Un tel jargon moderniste est devenu courant dans les milieux conciliaires, il traduit les progrès des influences gnostiques qui ont recouvert les vestiges de culture théologique catholique précise et rigoureuse qui a toujours été celle de l’Eglise jusqu’à sa subversion et son éclipse par l’Eglise conciliaire.

Bien que critiquant les réformateurs de 1969 et du NOM, Catherine Pickstock ne soutient pas le retour à l’ancien rite tridentin. En effet, selon elle, « lorsque les néo-traditionnalistes aujourd’hui parlent de rétablir l’ancien Rite Romain, ils doivent comprendre que le rite dans la culture d’aujourd’hui prendra une forme différente et aura un impact différent de ceux qu’il avait lorsqu’il était la norme. ». (Voir Annexe F). Il s’agit donc d’une réforme de la réforme que fut le NOM et non d’un rétablissement du rite catholique Tridentin. Sur ce point, les déclarations publiques de Catherine Pickstock à New York sont identiques aux propos que le cardinal Ratzinger tenait à Robert Moynihan en 1995 à Rome dans son bureau de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Notons au passage que cette idée d’une réforme qui serait plus traditionnelle sans revenir à la Tradition de l’Eglise, est également développé sur un plan plus générale, et pas simplement liturgique, par l’abbé Barthe dans le numéro 747 (14 mai 2005) de Monde et Vie, lorsqu’il déclare :

« Benoît XVI est prêt à accorder la « liberté » ou une grande liberté au rite tridentin, à condition que les tridentins reconnaissent la légitimité du rite montinien… Il faudra donc, à mon sens, que les traditionalistes répondent en substance à Benoît XVI : nous sommes prêts à célébrer un rite « paroissial » et même à le favoriser au maximum, à condition qu’il ne s’agisse plus du rite réformé, mais d’une réforme du rite réformé, par exemple avec canon romain, offertoire sacriifciel et messe « face à Dieu » ». Abbé Barthe

Déjà au printemps 2004, dans un article de Catholica intitulé « Transition pour une sortie », l’abbé Barthe donnait les grandes lignes de l’application de ces théories partagées avec Catherine Pickstock :

« Il s'agit de se guérir par étapes de l'esprit qui a présidé à la confection de la nouvelle liturgie. Ce projet d'évolution du rite réformé vers le rite non réformé gagne d'ailleurs du terrain dans les esprits sous le thème de « réforme de la réforme ». Chez ceux qui l'évoquent, elle consisterait, comme l'expression l'indique, à réformer le rite de Paul VI en fonction de la tradition liturgique ro­maine, c'est-à-dire concrètement en direction du rite de saint Pie V, qui reste la référence obligée. »

« Il faut que l'intention poursuivie, la « retraditionalisation » du rite, qualifie positivement les étapes qui, con­sidérées en elles-mêmes, pourraient apparaître comme marquées par une trop grande sécularisation. Ces étapes seront parfaitement admissi­bles pour tous, en fonction de la fin recherchée, c'est-à-dire le retour à un rite redevenu lex orandi, profession de foi cultuelle. Une liturgie en cours de « traditionalisation » est déjà une liturgie traditionnelle. »

Cet état d’esprit n’est pas catholique et cette formule anti-catholique fera date : « une liturgie en cours de retraditionalisation est déjà une liturgie traditionelle » devant ce Lego liturgique irrespectueux de Dieu, Dom Guéranger doit se retourner dans sa tombe !

Puis l’abbé Barthe poursuit dans le même article son application des principes de Catherine Pickstock :

« En soi, cette reconnaissance par les responsables ecclésiaux, ou du moins cette partie des responsables que nous avons par ailleurs qualifiés de « déçus du Concile »(…), pourrait paraître inacceptable : dans la mesure où les contraires seraient admis à égalité cela semblerait entériner le fait que l'Eglise est en état d'œcuménisme. Ce serait en effet le cas si cela se faisait toutes choses restant en l'état, dans une maison commune où les propositions incom­patibles (…) auraient de soi droit d'existence et d'expression. Mais précisément l'essence de tout processus de transition est d'être un passage voulu vers un autre état, en l'espèce une nouvelle situation ecclésiale. » Abbé Barthe.

Ainsi nous les principes de Radical Orthodoxy visent à entraîner les catholique fidèles à la Tradition, vers un ailleurs indéterminé, mais qui ne serait en aucun cas le retour à la Tradition.

L’écho de Radical Orthodoxy en France dans la revue Catholica (abbé Barthe)

L’abbé Barthe et Bernard Dumont sont sans doute ceux qui ont le plus relayé en France les auteurs et les idées de Radical Orthodoxy. Nous reproduisons ici plusieurs articles parus dans leur revue Catholica.

Le sujet étant très dense, il nous faudra revenir plus tard dans un autre message de CSI sur le cas de l’abbé Barthe.

Déjà apparu au premier plan parmi les mutins qui ont essayé de subvertir la FSSPX à Paris d’août 2004 à l’échec du congrès des mutins le 6 février 2005 à la Mutualité, l’abbé Barthe a développé tout un réseau d’influence au sein des milieux parisiens. Après avoir été écarté de la FSSPX pour sédévacantisme au début des années 80, l’abbé Barthe a participé avec Bernard Dumont à la très curieuse aventure de l’Institut Cardinal Pie (ICP) (voir le mémoire d’Anne Perrin intitulé « Autorité et charisme », dirigé par Jean Bauberot et soutenu en présence d’ Emile Poulat en 1999). Il semble qu’à partir des années 1998, il se soit fait le relai des idées Ratzinguériennes et de Radical Orthodoxy en France, à savoir la « réforme de la réforme ». Il s’est proclamé Una Cum lors de la récente élection de l’abbé Ratzinger, et a été immédiatement propulsé sur la scène nationale par les ‘Hors Série’ du Figaro (Michel de Jaeghere) et Monde et Vie (Olivier Pichon). Signalons que Michel de Jaeghere vient de prendre récemment le contrôle de l’association Saint François de Sales qui gère tout un patrimoine immobilier parisien et dispose d’un pactole financier appréciable.

Voici quelques uns des articles de Catholica consacrés à Radical Orthodoxy :

·        ‘Entretien : liturgie et philosophie’ Catherine Pickstock (Catholica N°61 – automne 1998)

·        ‘Deux contributions’ Catherine Pickstock dont son intervention au congrès de Christi Fideles el 15 mai 1999 à New York (Catholica N°65 – automne 1999) (Annexe A)

·        ‘Programme de Radical Orthodoxy’ par Russel R.Reno (publié en anglais par First Things en février 2000, puis repris en français par Catholica en janvier 2001 dans le N°70) (Annexe C)

·        ‘Radical Orthodoxy’ Jean-Paul Maisonneuve (Catholica N°84 – été 2004) (Annexe D)

 

Les éditions Ad Solem de Grégory Solari, éditeur genévois des auteurs gnostiques (J.Borella) et des auteurs anglicans de la High Church (C.Pickstock)

Les éditions Ad Solem ont publié des ouvrages qui développent des influences très ciblées. Tout d’abord nous remarquons la présence de Jean Borella au catalogue. Dénoncé par Jean Vaquié dans un Cahier Barruel (L’école moderne de l’ésotérisme chrétien), Jean Borella est connu pour être un écrivain gnostique, adepte du système ternaire et des diverses théories propres à l’ésotérisme. Le scandale provoqué en septembre 2003 par la parution de « La paille et le sycomore » sous la plume de l’abbé Grégoire Celier, agent infiltré des milieux ésotéristes au sein de la FSSPX, a fait connaître à nos lecteurs l’entrisme de Jean Borella à l’Institut Saint Pie X, à l’époque de l’abbé Lorans. Il fallut une intervention de Mgr Lefebvre pour mettre un terme à cette infiltration.

Parmi les autres auteurs au catalogue d’Ad Solem figure le Père Gitton, préfacé par le cardinal Ratzinger. Le Père Michel Gitton a dirigé la revue Résurrection, où se formèrent les fondateurs de l’édition française de Communio. Cette revue développe la pensée du théologien allemant Hans Urs von Balthazar, apprécié de Ratzinger et aussi des tenants de Radical Orthodoxy. Parmi eux figure Jean-Luc Marion, philosophe français et qui collabore avec John Milbank à divers travaux. Il est proche de Radical Orthodoxy.

Ad Solem publie aussi Newman et Maître Eckhart, et bien entendu les auteurs de Radical Orthodoxy (Catherine Pickstock,…). Ad Solem présente aussi à son catalogue un ouvrage du dominicain Aidan Nichols, de Cambridge.

 

L’écho de Radical Orthodoxy en France dans la revue Kephas (abbé Bruno Le Pivain)

L’abbé Bruno Le Pivain dirige la revue Képhas qui se veut une revue intellectuelle de bonne tenue du milieu Ecclesia Dei. Il est lié à Grégory Solari.

« Kephas – Abbé Bruno Le Pivain

Vous publiez également beaucoup autour de la liturgie. On peut notamment signaler l'ouvrage du Père Aidan Nichols, Liturgie et modernité, la version française de L'esprit de la liturgie du Cardinal Ratzinger, qui fit grand bruit, et récemment encore ce livre du Père Gitton, Initiation à la liturgie romaine, mais aussi Pierre Gardeil et Olivier Thomas Venard, bien connus des lecteurs de Kephas. Est-ce exagérer que d'imaginer votre travail d'éditeur, mutatis mutandis, comme une « quête eucharistique », expression empruntée à l'ouvrage de Catherine Pickstock autour de saint Thomas d'Aquin et de l'eucharistie ?

Grégory Solari

Dixit et facta sunt ! Que la parole réalise ce qu'elle dit, que le mot fasse être devant le lecteur ce qu'il lit : c'est au fond le désir secret de tout éditeur, en tout cas le mien ! Dans le livre que vous citez, Catherine Pickstock montre admirablement comment le langage, et donc toute parole, participe des paroles de la consécration. Dans les paroles du Christ, le langage humain — et en lui toute la culture humaine — fusionne avec le Logos divin et nous rend « co-célébrants dans toutes les paroles que nous prononçons ».

À cet égard, Pierre Gardeil et Olivier-Thomas Venard ont une place à part dans notre catalogue. Chacun à leur manière, ils ont cherché à montrer la dimension « eucharistique » de la culture. Pierre Gardeil en visitant de grandes œuvres littéraires, théatrâles ou cinématographiques dans ses Quinze regards sur le corps livré et Mon livre de lectures. Olivier-Thomas Venard en dégageant la poétique de la théologie de saint Thomas d'Aquin, faisant en trois mouvements (qui correspondront à trois volets — littéraire, philosophique, théologique — de son livre) s'enrouler la prose de la Somme autour de l'axe diaphane de l'Adoro te devote. Voilà pour l'aspect « théorique », au sens de la theoria des Pères.

Mais l'eucharistie contemplée dans ses extraordinaires implications culturelles (voire politique dans le livre de William Cavanaugh, Eucharistie et Mondialisation) c'est aussi et avant tout celle qui est célébrée aujourd'hui dans la liturgie. Et là, force est de constater qu'il y a un écart, une dénivellation entre la praxis et la theoria. La ligne liturgique que vous mentionnez essaie de contribuer à la réduction de cet écart dans la pratique, sans opposer rite contre rite, bien qu'avec David Jones et tous les artistes, poètes, écrivains qui adressèrent une supplique au pape Paul VI dans le Times du 6 juin 1971, nous croyons que le maintien, ou la possibilité, de la célébration du rite dit « traditionnel » dans les grandes villes ou les grands sanctuaires de l'Église d'Occident est la seule manière pour l'Europe de ne pas perdre complètement sa mémoire, et donc la spécificité de sa culture. Là aussi j'espère qu'un jour ce que le cardinal Ratzinger, parmi d'autres, a dit soit fait... » (Kephas – février 2004) (Annexe J)

 

Un personnage actif : Robert Moynihan, directeur de la revue anglophone Inside the Vatican

Ancien étudiant de l’université de Yale (université connue pour être le berceau des Skull & Bones dont la famille Bush et John Kerry sont membres), Robert Moynihan a réalisé une thèse de doctorat sur « L’influence de Joachim de Flore sur les premiers franciscains ». Il a d’ailleurs donné des conférences sur ce thème à l’université de Yale en 1984, et à l’American Academy de Rome en 1986. Joachim de Flore est connu pour être apprécié des milieux gnostiques.

Correspondants de médias américains (CNN, Time Magazine,…), il dirige la revue Inside the Vatican qui a son siège à Rome, et se veut très bien informée sur les questions qui se discutent au sein de la Curie romaine.

R.Moynihan est également l’auteur d’un travail : « Une nouvelle Inquisitio ? Une histoire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sous le cardinal Joseph Ratzinger ». A ce titre, il a été amené à rencontrer très souvent Ratzinger et des contacts privilégiés se sont créés.

Dès 1995, l’abbé Ratzinger explique à Robert Moynihan qu’il vient de recevoir une note qui semble avoir ses faveurs et qui préconisent une réforme liturgique pour corriger la situation catastrophique née de la mise en œuvre du Novus Ordo Missae de Montini.

« Ratzinger a, de façon répétée, déclaré sa grave préoccupation au sujet de la pratique liturgique catholique romaine (…) et son espoir que les problèmes seraient traité un jour par une « réforme de la réforme »

« La position de Ratzinger n’est pas que le concile Vatican II fut une erreur ou lui-même la cause des abus et des scandales liturgiques qui ont suivis, mais que le concile Vatican II a été, par des voies substantielles, trahi. »

« Ratzinger avait déclaré au journaliste catholique italien, Vittorio Messori, en 1984, que « dans ses décisions officielles, dans ses documents authentiques, Vatican II ne pouvait pas être tenu pour responsable de cette évolution qui, au contraire, contredisait radicalement à la fois l’esprit et la lettre des Pères conciliaires » »

« ratzinger dit qu’il avait été beaucoup impressionné par un article qui lui avait été récemment envoyé pour qu’il le revoie. L’article appelait à un « nouveau mouvement liturgique » et à une « réforme de la réforme » du concile Vatican II ».

« Mais l’auteur affirmait qu’il simple retour à l’ancienne Messe, comme proposé par la Fraternité Saint Pierre et les autres, ne constituait pas la solution au problème ». Ratzinger continua. « Il dit que nous devons, finalement, poursuivre la réforme liturgique comme cela était désiré précisément par le concile. Car, il argumentait, la réforme liturgique effectuée par le Concilium post-conciliaire (la commission spéciale sur la liturgie mise en place par Paul VI pour réaliser la réforme liturgique) ne correspond pas à la Constitution sur la liturgie du concile ».

« Puis il explique ce qu’une réforme liturgique serait si elle était développée selon les lignes du texte conciliaire. Ses idées sont très intéressantes, et très précises »

« Et il argumente que cela pourrait, potentiellement, apporter la paix entre les courants libéraux et conservateurs dans l’Eglise (…) C’est un projet qui mérite une étude plus approfondie, je dirais… » Ratzinger, propos du 4 juillet 1995 rapportés par Robert Moynihan (Voir Annexe I).

Ainsi dès 1995, Robert Moynihan est mis au courant par Joseph Ratzinger de ce qui va devenir l’après Jean-Paul II. Deux à trois ans plus tard, l’équipe de Cambridge, surtout Catherine Pickstock, commence à publier sur ce thème et se trouve rapidement médiatisée par le congrès de Christi fidelis, puis par différentes revues, notamment la revue Catholica de l’abbé Barthe.

Robert Moynihan s’est aussi distingué en titrant, dans Inside the Vatican, sur « L’amant des amants » dès le lendemain de l’élection de l’abbé Ratzinger. Il a aussitôt publié des articles qui montraient les rapides changements d’attitude des orthodoxes envers Rome en faveur de l’œcuménisme. Il rejoignait en cela les travaux du dominicain de Cambridge, le Père Adrian Nichols, dont le numéro de mai 2005 publie le dernier article au sujet d’une réunion de l’Eglise conciliaire avec les orthodoxes. Dans cet article, Nichols va même jusqu’à détailler la forme que pourrait prendre la Curie romaine, en cas de rabaissement de la papauté au rang d’un patriarcat latin, et dans une fédération avec les orthodoxes et les anglicans.

Robert Moynihan, est donc un membre actif et en pointe du réseau de Ratzinger et de ses ramifications anglicanes de Cambridge.

 

Une première offensive de l’AngliCampos : le site Sacrosanctum Concillium

Voici qu’apparaît un site favorable aux thèses Radicalement Orthodoxes, Ratzinguériennes et Barthiennes. Nous reviendrons plus longuement sur cette initiative dans un message de CSI.

Le but de ce site est évidemment d’expliquer que la Tradition « fixiste » c’est-à-dire l’Eglise de Jésus-Christ, n’est pas la solution, mais qu’il faut revenir au véritablement esprit du concile qui aurait été trahi par l’équipe de Bugnini.

Encore une nouvelle initiative qui prépare le terrain à l’AngliCampos

www.sacrosanctum-concilium.org

 

 

Annexes

 

Annexe A -  ‘Interview de Catherine Pickstock’ par Stratford Caldecott publiée par Inside the Vatican (Robert Moynihan) en 2001

Annexe B -  Curriculum Vitae de Robert Moynihan

Annexe C -  ‘Programme de Radical Orthodoxy’ par Russel R.Reno (publié en anglais par First Things en février 2000, puis repris en français par Catholica en janvier 2001 dans le N°70)

Annexe D -  ‘Radical Orthodoxy’ Jean-Paul Maisonneuve (Catholica N°84 – été 2004)

Annexe E -  ‘Introduction à la théologie de John Milbank et à « Radical Orthodoxy »’ Adrian Pabst (http://www.catho-theo.net/article.php3?id_article=31)

Annexe F -  ‘Le colloque Christi fideles pousse le mouvement pour le rite traditionnel’ par Jeff Tucker (Inside the Vatican – 2001)

Annexe G -  Curriculum Vitae de William T. Cavanaugh

Annexe H -  ‘Liturgie conciliaire – Texte de conférence au colloque Christifideles de 1999’, ‘La musique de l’âme – Introduction à l’œuvre du luthérien Jean Brun’ Catherine Pickstock (Catholica N°65 – automne 1999)

Annexe I -    ‘Restore the sacred’ – Entretien de Robert Moynihan avec le cardinal Ratzinger (Inside the Vatican – Septembre 1995)

Annexe J -   ‘Editeur catholique à Genève : pour une culture eucharistique’ – Entretien de Grégory Solari avec l’abbé Bruno Le Pivain (Kephas – Février 2004)

Annexe K -  ‘Deux contributions’ Catherine Pickstock dont son intervention au congrès de Christi Fideles el 15 mai 1999 à New York (Catholica N°65 – automne 1999)

Annexe L -   Bibliographie de Radical Orthodoxy (Juin 2004 - 28 pages)

 


CATHOLICI semper idem (CSI)

CSI Diffusion (liste@csi-diffusion.org)

Si vous préférez ne plus recevoir ces messages, cliquez sur le lien.

 

 

 


Annexe A

‘Interview de Catherine Pickstock’ par Stratford Caldecott publiée par Inside the Vatican (Robert Moynihan) en 2001

Radical Orthodoxy
Stratford Caldecott
(including an interview with Catherine Pickstock)

The intellectual movement calling itself "Radical Orthodoxy" started among a group of Cambridge theologians – all Anglicans – gathered around John Milbank, but soon stirred interest, and considerable support, among Roman Catholics (as represented, for example, by the range of contributors to the 1998 anthology Radical Orthodoxy from Routledge, and the respectful attention accorded to it by both New Blackfriars and Communio).

Catherine Pickstock’s brilliance in defence of transubstantiation and the medieval Roman rite of Mass in After Writing: On The Liturgical Consummation of Philosophy (Blackwell, 1998) as central to the development of Western thought won her many admirers. Liturgical language, she argued, "is the only language that really makes sense" - because "language exists primarily, and in the end only has meaning as, the praise of the divine." The Classical Catholic liturgy of the West in her view represents the most perfect expression of this divine praise, and the reform of the Roman Rite after the Second Vatican Council was an act of barbarism, representing a capitulation to the worst aspects of the Enlightenment. On this basis she suggests "directions for the restoration of the liturgical order" that have profound implications for the "reform of the reform". Along the way she demolishes a whole range of modern philosophers from Descartes to Derrida, and establishes a new "doxological" reading of Plato.

In some ways radically traditional, in other ways radically postmodern, "Radical Orthodoxy" appears at times to be too radical to be truly orthodox. It has been criticized for lacking an "ecclesiology": for, indeed, avoiding the whole issue of the Church as the legitimate context for theology. The movement seems more comfortable with the much looser notion of "Tradition". This can hardly be unconnected from the fact that the Virgin Mary - the living heart of the Church - is so far missing from this theology. Yet the movement is non-homogeneous, and nothing if not creative in response to the intellectual challenges that it delights in provoking on every side. Anyone trying to come to grips for themselves with what Radical Orthodoxy represents will be assisted by a book that recently emerged from a conference at Heythrop College in London under the editorship of Laurence Paul Hemming, Radical Orthodoxy? - A Catholic Enquiry (Ashgate, 2000). It includes essays by Hemming himself, David Burrell SJ, John Milbank, Fergus Kerr OP, Catherine Pickstock, Graham Ward, Oliver Davies, Lucy Gardner and James Hanvey SJ.

According to Graham Ward, R.O. is really a form of Christian cultural criticism, clearing away the rubbish of the Enlightenment. It feels itself in continuity with Habermas, but also with the Catholic ressourcement of Blondel, de Lubac and Balthasar, and it seeks to go further still, as Fergus Kerr points out, in the direction of a "fully Christianized ontology" - like a kind of latter-day Cambridge Platonism. Is it then an extension of the Romantic movement, since it seems so redolent of nostalgia for the pre-modern? Graham Ward denies the accusation that it is simply a "theological adjunct to the heritage industry". What makes the difference, perhaps, is an awareness of the tension between the cultural politics of theology as an activity of theologians (continuously "writing and rewriting the stories of the true"), and the transcendence of the revealed truth itself, which is not - despite everything, despite consumerism - "available as a commodity".

In his introduction, Hemming suggests that Radical Orthodoxy achieve its "orthodox" position "by an entirely postmodern performance and citation." In other words, it has learned from postmodernism the importance of performance - the enactment of a style, amusingly ironic and (in the popular sense) "cool". It is no longer naive, hopefully not cynical, but definitely self-conscious. That is, in the very act of condemning the necrophiliac superficiality of modern consumerism, it poses for the camera. (It is particularly self-conscious about its Christian socialist slant. As Graham Ward says in this book, "There is no ideology-free zone".)

Is this self-consciousness a strength or a weakness? Theology is not about theology. If it is about anything, it is about God (though "God" is not an "object" for theology, but the Logos unfolding itself in theology). As Hemming also states, theology must "deepen reflection for the sake of the lived life of faith, which means it must serve the faithful who strive for a deeper self-understanding and greater holiness." But this means that theology must do more than posture. "Christ is not a style." In its best moments, Radical Orthodoxy knows this, and so it is fair to say (with James Hanvey SJ) that it is "an adventure that has barely begun."

S.C.

After Writing, Being Interviewed:

Stratford Caldecott interviews Catherine Pickstock

Catherine Pickstock, a young Anglican research fellow at Emmanuel College in the University of Cambridge, recently shot to fame with her remarkable first book, After Writing: On the Liturgical Consummation of Philosophy (Blackwell, 1998). Liturgical language, she argues, is "the only language that really makes sense" - because "language exists primarily, and in the end only has meaning as, the praise of the divine". The classical Catholic liturgy of the West in her view represents the most perfect expression of this divine praise, and the reform of the Roman Rite after the Second Vatican Council was by comparison a disastrous capitulation to the worst aspects of the Enlightenment. On this basis she suggests "directions for the restoration of the liturgical order" that have profound implications for the "reform of the reform". Along the way, she demolishes a whole range of philosophers from Descartes to Derrida, in order to establish her new (doxological) reading of Plato.

The book has attracted wide and sympathetic attention in Catholic circles. It is brilliant, original, erudite, and shot through with a surprising lyricism. Pickstock’s love of language is very evident. (One can’t help wondering if she writes poetry. Or maybe the book is one long, highly polished prose-poem in praise of the divine.) But for all its unique qualities, this book is not an isolated firework in the intellectual firmament. Pickstock speaks of a growing movement among a new generation of Anglican theologians that calls itself "Radical Orthodoxy", rediscovering the transcendent and the sacred through a denial of the nihilism of the fashionable academic culture, which according to Pickstock leads straight to "necrophilia".

After Writing is not an easy book, but it is clearly of interest not only to academics, and not only to Anglicans, but also to Roman Catholics who love the classical liturgy. It also makes the very important connection between the correct understanding of liturgy and the renewal of philosophy - and especially of metaphysics - called for by Pope John Paul II in Fides et Ratio, which may be the crowning encyclical of his pontificate.

Q. Catherine, parlez-nous de vous. Je crois savoir que vous avez été élevée dans la religion anglicane. Avez-vous grandi en Angleterre uniquement ?

 

Catherine Pickstock Je suis née à New York, mais j’ai été élevée à Islington, puis à Highbury, au nord de Londres, et je suis allée à l’école à Highgate. Je suis fille unique. Mon appartenance religieuse est complexe : selon la convention juive, je suis entièrement juive. Mais du côté de mon père, nous sommes d’une lignée de socialistes et de syndicalistes méthodistes du Derbyshire. Mes grands-parents paternels m’ont introduite très jeune à la liturgie dans la tradition anglicane ;  ils m’ont aussi appris que la liturgie fait partie de la vie quotidienne et qu’elle n’est pas seulement une loi primitive dont l’application est réservée aux dimanches et aux fêtes religieuses. J’ai commencé à concevoir un intérêt théorique pour la liturgie et le rituel en lisant le livre de Paul Connerton « How Societies Remember »[3] (C.U.P. éd.), et aussi Platon, à l’école.

 

Q. Je dois avouer que je ne parviens pas à lire plus de quelques pages de votre livre à la suite, non seulement parce que la matière en est difficile, mais aussi parce que j’en trouve le thème trop passionnant. Sa lecture me coupe régulièrement le souffle, et je dois l’interrompre. Avez-vous éprouvé de l’excitation à l’écrire ?

 

Catherine Pickstock L’écrire m’a causé une joie très vive, et parfois du désespoir. Il est vrai que je l’ai écrite dans le cadre d’une thèse de doctorat, ce qui ne faisait qu’ajouter au désespoir !

 

Q. Avez-vous été surprise par les nombreuses réactions positives qu’il a suscitées parmi les lecteurs catholiques romains ?

 

Catherine Pickstock Cela n’a peut-être pas été entièrement une surprise, mais je dois dire que l’ampleur de ces réactions m’a beaucoup étonnée et ravie, et j’en suis très reconnaissante à mes lecteurs.

 

Q. Vous situez votre livre dans le contexte d’un mouvement appelé « Radical Orthodoxy »[4]. Dans un récent article publié par The Tablet[5], Margaret Hebblethwaite écrit que vous êtes celle qui avez employé ce nom la première. Pouvez-vous expliquer l’origine du mouvement en question et expliquer comment vous y êtes entrée ?

 

Catherine Pickstock Je ne me rappelle pas qui a trouvé ce nom, mais le mouvement a été lancé par moi-même, John Milbrank (mon directeur de thèse) et Graham Ward, qui était à l’époque doyen de Peterhouse.

 

Q. Discernez-vous des points de convergence entre Radical Orthodoxy et les tractariens du siècle dernier[6] ?

 

Catherine Pickstock Nous sommes tous les trois, c’est certain, des héritiers des traditions de la High Church anglicane comme de celles du mouvement d’Oxford, et nous percevons Radical Orthodoxy comme relevant d’une tentative de revigorer la pensée anglo-catholique[7], quoique en alliance avec beaucoup de catholiques romains. Une grande partie des thèmes de notre ouvrage constituent le prolongement de tendances antérieures de la théologie anglo-catholique : le sacramentalisme, par exemple, et l’incarnationnisme, ainsi que l’intérêt pour Platon, l’insistance sur le fait que le salut consiste en l’appartenance à l’Église conçue comme la société véritable, et l’engagement dans la politique socialiste.

 

Q. « Socialiste » ? Voulez-vous dire que vous êtes contre la propriété privée, ou seulement contre la mondialisation du libéralisme économique ?

 

Catherine Pickstock À quelques exceptions près, les socialistes n’ont jamais été contre toute propriété privée. Ce qu’ils veulent, en fait, c’est relier la propriété au droit de posséder conçu comme découlant d’un usage responsable de cette propriété pour le bien commun, et ils ne pensent pas que l’intérêt public doive se trouver entièrement dans des mains privées. C’est pourquoi j’entends plutôt par « socialisme » l’opposition à une organisation des échanges économiques conçue pour la seule maximisation de la production et du profit. Une solution socialiste devrait s’envisager non sous l’angle d’un contrôle étatique, mais sous celui d’une réorganisation coopérative de la production et des échanges qui pourrait revêtir de nombreuses formes différentes. À mes yeux, le socialisme n’est possible que moyennant une vision commune du bien commun.

 

Q. Parlons un peu de doxologie et de ce que je pense être au cœur de votre ouvrage. La remarque peut-être la plus frappante de votre livre est la suivante : « L’événement de la transsubstantiation dans l’Eucharistie est ce qui conditionne la possibilité de toute signification humaine » (xv). Ce serait là une remarque étonnante même de la part d’un auteur catholique romain, et plus encore d’un anglican, car bien que l’Église catholique maintienne fortement la doctrine de la Présence Réelle, le mot « transsubstantiation » (et, dans une certaine mesure, la philosophie qui est derrière lui) a été marginalisé dans la littérature catholique contemporaine. Pouvons-nous étudier certains aspects de cette affirmation centrale de votre ouvrage avant de passer aux questions liturgiques en rapport avec elle ?

 

Catherine Pickstock Cette question présente manifestement une importance considérable, et la seule réponse ne serait-ce qu’éloignée qui lui ait été donnée jusqu’à présent figure dans mon livre et dans un article ultérieur (« Aquinas and the Quest for the Eucharist »[8], Modern Theology, avril 1999). Mon argument est le suivant : dans un monde déchu, la réalité certaine de ce qui paraît se trouve toujours potentiellement frappée de suspension par le scepticisme. Fait paradoxal, l’événement de la transsubstantiation, dans lequel le pain et le vin semblent être réduits à des accidents, est justement l’instant où l’on peut avoir l’absolue certitude de l’authenticité matérielle du pain et du vin, précisément parce qu’ils communiquent d’une manière intégrale la réalité du corps divin. Ce n’est qu’en enregistrant le fait que la matière a été entièrement envahie par Dieu que nous pouvons être sûrs de sa réalité matérielle, donc de la valeur signifiante des mots qui, comme Thomas d’Aquin l’a soutenu, traduisent avant tout ce qu’ont enregistré les sens. Mais il a y aurait bien davantage à dire sur tout cela.

 

Q. Votre livre s’ouvre sur Platon et traite presque exclusivement de la Chrétienté occidentale. Selon vous, la philosophie platonicienne n’a de sens que dans le contexte de la « doxologie » ou de la louange des dieux. La philosophie a besoin de la religion pour trouver son propre accomplissement, son propre couronnement ; c’est pourquoi la philosophie platonicienne peut ensuite trouver sa place dans la liturgie cosmique de la tradition catholique. Or, cela laisserait plutôt de côté l’Église orthodoxe, où la doxologie et la Présence Réelle ont assurément droit de cité (bien que la Présence Réelle ne s’y accompagne pas de la transsubstantiation). Je ne sais pas très bien comment les anglicans réagiraient à cela, mais dans quelle mesure votre remarque sur la « signification humaine » s’applique-t-elle aussi aux Juifs, aux hindous et aux bouddhistes ?

 

Catherine Pickstock J’admets bien volontiers que mes recherches sont limitées et gagneraient à s’enrichir d’un examen de la liturgie orthodoxe. Je ne suis pas en mesure de dire s’il existe dans d’autres religions des faits équivalents qui soient garants d’une signification. Je regrette de ne pouvoir fournir davantage de précisions en réponse à cette question.

 

Q. Si je comprends bien, selon vous, de même que les êtres humains peuvent s’accomplir uniquement dans le culte religieux, parce que (comme Henri de Lubac et Urs von Balthasar l’ont soutenu), nous n’avons pas simplement une destinée ou une fin « naturelle », de même la pensée humaine s’accomplit dans le culte religieux et doit donc être subordonnée d’une certaine manière à la louange et à la révélation de Dieu, c’est-à-dire de la Vérité. Si notre pensée n’est pas tournée vers Dieu (ce qui implique tout un mode spirituel de pensée), elle ne sert qu’à des fins inférieures, qu’à la satisfaction de désirs inférieurs. Elle devient un instrument pour manipuler le monde au lieu d’être une lumière illuminant le mode d’existence des choses. Suis-je sur la bonne voie ?

 

Catherine Pickstock Oui, vous l’êtes. Dire que la vérité est doxologique revient à dire que les choses temporelles ne sont connues vraiment que lorsqu’on les reçoit comme des dons et qu’on les offre en retour comme une louange au divin.C’est en contradiction avec l’idée selon laquelle la vérité est avant tout le reflet d’objets inertes dans un miroir.

 

Q. Comment cela s’articule-t-il avec le titre du livre, « After Writing »[9] ? Cela signifie-t-il que le mot parlé est plus important ou plus authentique que le mot écrit ? Et y a-t-il un rapport quelconque avec l’Incarnation ?

 

Catherine Pickstock Je ne veux affirmer en aucun cas que le mot parlé soit plus authentique que le mot écrit. Au contraire, je soutiens que la liturgie dépasse la dichotomie, et ce de manières aussi nombreuses que variées. On peut dire, je crois, que l’Incarnation dépasse, elle aussi, la dichotomie. Bref, le Logos ne nous est montré que sous la forme d’un corps réel et physique, en des termes évanescents, mais pouvant persister et être répétés dans les temps ultérieurs.

 

Q.  L’un des thèmes intéressants de votre ouvrage est la mathesis (spatialisation), à savoir la tentative moderne d’inclure le temps dans l’espace, signe d’une perte du sens de l’éternité qui maintenait autrefois l’équilibre entre l’un et l’autre. Cela semble lié à la prédominance de l’écrit sur l’oral, parce que l’écrit est l’acte de communication figé dans l’espace et donné ainsi à voir de telle sorte que le « sujet » cartésien, le « moi » moderne puisse l’analyser et le manipuler. L’ordinateur accomplit ce processus jusqu’à sa conclusion logique. Pouvez-vous nous en dire davantage sur le processus en question et sa signification culturelle ?

 

Catherine Pickstock Vous venez de donner un résumé fidèle de ma position. Mais – il importe de le souligner – je ne cherche pas plus à diaboliser l’espace que l’écrit. La spatialisation pure qui caractérise la modernité est parfois contrée par une volonté de temporalité pure ou de mouvement pur, bien que selon moi, il y ait identité dialectique entre l’une et l’autre. Je ne cherche pas non plus à diaboliser l’ordinateur, car l’important est surtout de savoir comment l’employer. Certes, on risque de mal l’employer en cultivant l’illusion que la connaissance se réduit à des données et à une mise en récit. Je pourrais ajouter – accessoirement – que le courriel me semble potentiellement thomiste dans la mesure où il compense la discrétion des choses !

 

Q. Mais, selon vous, la spatialisation débouche-t-elle sur la nécrophilie ?

 

Catherine Pickstock Oui, car la spatialisation a pour but de mettre fin à la mort en embaumant la vie et le temps ; or, il va de soi qu’une vie sans mort, une vie intemporelle est tout à fait semblable à la mort, d’où la nécrophilie.

 

Q. Est-on fondé à comparer votre critique de la nécrophilie à la critique de la « culture de mort » faite par Jean-Paul II ? Considérez-vous le Pape comme « radicalement orthodoxe » ?

 

Catherine Pickstock Il y a peut-être des points de contact entre mon analyse de la nécrophilie et l’analyse de la culture de mort faite par Jean-Paul II, mais je ne crois pas qu’elles soient identiques entre elles. À l’instar du Pape, par exemple, je soupçonne certaines tendances technoscientifiques de subordonner instrumentalement une notion de la vie à une autre ; et je conviens avec lui qu’il nous faut considérer toute vie comme un don, même si cette prise de conscience n’apporte pas automatiquement une solution tranchée aux dilemmes moraux particulièrement complexes que créent les nouveaux pouvoirs de l’être humain.

 

Q. Examinons, pour finir, la question de la réforme liturgique. Je n’ai pas voulu l’aborder plus tôt, car il me semblait nécessaire d’examiner en premier lieu certains aspects de la critique culturelle. Ce qui s’est passé au cours des années soixante et soixante-dix ne peut se comprendre vraiment que dans ce contexte. Peut-être pourrions-nous concentrer notre attention sur deux choses que le Concile du Vatican (et ceux qui, comme Bugnini, ont repris à leur compte sa mise en œuvre) a essayé d’accomplir sur le plan liturgique. La première était une simplification : il s’agissait d’instaurer une « noble simplicité », ce qui passait – entre autres – par un élagage de toutes les répétitions superflues et une clarification de la structure de la Messe. La seconde – liée à la première – était l’encouragement des fidèles à participer, à la « participation active ». Pouvez-vous commenter cela ?

 

Catherine Pickstock Je crois que l’élagage des répétitions reposait sur une incompréhension fondamentale du caractère même du rituel, en général, et des raisons théologiques de la répétition à la Messe, en particulier. Je n’en approuve pas moins qu’on ait voulu encourager les gens à participer, et je suis prête à dire que la pratique médiévale elle-même était déficiente à cet égard. On peut cependant discuter du point de savoir si, sous certains rapports, Vatican II n’a pas aggravé la séparation entre les laïcs et les clercs par la célébration face au peuple et la pratique de la concélébration. La situation est comparable au sein de l’anglicanisme, bien que certaines paroisses anglo-catholiques préservent la célébration face à l’Est dans le cadre d’une liturgie modernisée, ce qui semble hautement compatible avec une récupération de la dimension apophatique de la liturgie comme des articulations de celle-ci avec les données festives, et notamment calendaires. 

 

Q. Cela vous amène-t-il à douter de la sagesse du Concile ? Y voyez-vous un véritable obstacle pour beaucoup sur la « route de Rome » ? À votre avis, l’Église catholique dans son ensemble devrait-elle abolir tout ce qui reste des restrictions apportées au rite ancien ?

 

Catherine Pickstock En tant qu’anglicane, je ne crois pas du tout à l’infaillibilit&e