Louis-Hubert REMY

LE PROBLÈME DE L'UNA CUM PROBLÈME DE L'HEURE PRÉSENTE

L'erreur engendre la division.

Ce n'est pas celui qui dénonce l'erreur qui cause la division,

mais celui qui la prêche

Abbé Xavier Grossin

La signification théologique de la conjonction una cum dans le Canon de la Messe

Beaucoup d’erreurs ont été proférées ces dernières années à propos de ces deux petits mots lourds de sens et de conséquences : una cum. Des conflits et des divisions entre prêtres ont secoué le monde de la Tradition. Monseigneur Lefebvre lui-même a imposé à ses sous-diacres un "serment" prétendant abusivement les obliger en conscience à reconnaître Jean-Paul Il comme pape légitime et à célébrer la Messe una cum Joanne Paulo.

Les Bonshommes d'Avrillé renouvellent l’attaque perfide dans le n° 36 du Sel de la Terre (mars 2001) : "L'expression una cum dans le Canon de la Messe ne signifie pas qu'on se dise en communion avec la personne du pape et ses idées erronées (!), mais qu'on veut prier pour I'Eglise et pour le pape". Notez les idées erronées du pape qui sont en réalité des hérésies et une apostasie pure et simple.

Vous trouverez ci- joint la réponse que leur fait M. L-H Remy qui précise bien la signification grammaticale de la conjonction. Le latiniste de renommée internationale, un moderniste hérétique du Vatican cité dans le n° 37 de la même revue, nous donne raison sur ce point, car il traduit una cum par avec et non pas par pour. Il faut effectivement aller chercher un spécialiste international pour enfoncer une porte ouverte !

Bien au-delà de la question linguistique, la coordination una cum recouvre une signification ecclésiale bien précise, qui n'est jamais prise en compte par les théologiens traditionalistes.

Pour comprendre ce que veut signifier una cum, il faut d'abord considérer que la sainte Messe ne peut être célébrée par un prêtre catholique que sur l'intimation de l’Eglise catholique, nous enseigne le Concile de Trente.

Ensuite, à la lumière de la théologie catholique de la Messe, il faut étudier quelle qualification l’on peut donner à une Messe qui cite le nom du chef de la secte conciliaire, hérétique et apostat, au Canon.

I La sainte Messe est célébrée sur ordre de l’Eglise catholique. ab ecclesia

La définition du Concile de Trente sur la Messe précise : "le Christ institue la Pâque nouvelle, Se constituant Lui-même comme devant être immolé sous des signes visibles, par les prêtres, DANS L’INTIMATION DE L’EGLISE".

Le Sacrifice de la Messe est offert par des prêtres validement ordonnés et il est impéré par l’Eglise.

C’est ce dernier aspect (le fait d'être commandé par l’Eglise) qui est systématiquement passé sous silence par tous les théologiens traditionalistes. C'est pourtant lui qui permet de comprendre la véritable portée de l’una cum. Le Sacrifice de la Messe et l’Eglise sont inséparables (ils sont una cum !). Le Sacrifice de la Messe est le sacrifice de toute l’Eglise et il est opéré PAR l’Eglise, parce que l’Eglise est elle-même le principe de sa propre unité. L’effet propre du sacrement de l’Eucharistie est de produite l’unité de l’Eglise. Il faut donc que cette unité qui découle de la Messe ait l’Eglise pour origine et pour principe.

Or, l'unité de l’Eglise est hiérarchique. Le commandement de l'Eglise qui ordonne aux évêques et aux prêtres de célébrer le Saint Sacrifice est à l’origine de l'unité de l'Eglise. Ce commandement est réalisé par le fait que le chef de l’Eglise catholique, le Pape, célèbre ce sacrifice en même temps et de la même manière avec tous les évêques et tous les prêtres catholiques. C’est donc la Messe du pape qui est en droit et en fait le critère vivant de l'unité. Ceux qui reçoivent le commandement de l’Eglise (évêques et prêtres) doivent célébrer le même sacrifice que celui qui donne le commandement.

II L‘application des mérites du Saint Sacrifice de la Messe

Rappelons tout d'abord qu'il y a deux sortes de mérites : le mérite de condigno et le mérite de congruo.

Le mérite dit de condigno est mérité pour soi-même en stricte justice (il ne peut être communiqué aux autres). Tout membre de l'Eglise qui pose un acte vertueux, en état de grâce, mérite de condigno pour lui-même une récompense au Ciel. Seul Notre-Seigneur Jésus-Christ peut mériter de condigno pour les membres de Son Corps mystique, car ils ne font qu'un avec la tête. En méritant pour Ses membres, Il mérite pour Lui-même.

De plus, tout membre de I'Eglise et du Christ peut mériter de congruo, s'il plaît à Dieu, pour un autre. L'application du mérite à tel ou tel est laissé à la libre appréciation de Dieu. Le principe qui règle le mérite de condigno (en justice) est le suivant : celui qui reçoit la récompense est le même que celui qui fait la bonne œuvre. Celui qui reçoit le fruit du sacrifice, c'est celui qui offre le sacrifice. Dans la mesure où l’on offre, dans cette mesure l'on reçoit.

Le mérite de congruo (de convenance) peut s'appliquer à la Messe. Ainsi, le prêtre reçoit un honoraire en vue d'offrir le Saint Sacrifice à l'intention fixée par le donateur. La personne qui offre l'honoraire reçoit le fruit de la Messe ou en fait bénéficier quelqu’un par la médiation du prêtre. Cette application du fruit de la Messe à tel ou tel, est laissée à la libre appréciation de la Sagesse divine qui fait ce qu’elle veut des mérites de convenance.

III Le mandat de l'Eglise dans la célébration du Saint Sacrifice

Le premier paragraphe du Canon de la Messe commence par les mots : "In primis..." Cette prière indique les sujets à qui le fruit du Saint Sacrifice est nécessairement communiqué, en justice (mérite de condigno). Le Saint Sacrifice est offert PAR I'Eglise et POUR l’Eglise. Il est donc normal que ce soit l’Eglise qui bénéficie la première (in primis) des fruits du Sacrifice. Cette prière In primis... fait partie intégrante du Canon, et elle est obligatoire pour toutes les Messes.

Le deuxième paragraphe Memento Domine... ou mémento des vivants, mentionne des personnes particulières et est facultatif. Le prêtre peut ne mentionner personne.

La prière in primis… demande en justice que le fruit du Sacrifice soit appliqué nécessairement à toute I'Eglise et à ceux qui la représentent hiérarchiquement, c'est-à-dire le pape et l’évêque du lieu (pas un autre évêque). Le fruit du Sacrifice n'est appliqué en justice qu'en faveur de la personne qui accomplit l'oblation : ici c'est I’Eglise unie au Pape et à l'évêque du lieu. Una cum signifie aussi que le Pape et l’évêque du lieu sont un même offrant avec le célébrant. "Il n'y a pas d’eucharistie sans l'évêque" disait saint Ignace d'Antioche.

En effet, l’évêque, Ordinaire du lieu, a été établi par le Seigneur Jésus Lui-même comme un centre de communion. Saint Irénée affirme : "l’évêque est dans I’Eglise et I’Eglise est dans l'évêque". Donc, se séparer de l’évêque légitime et catholique du lieu, c'est se séparer de l’Eglise catholique. Établir un autre évêque avec des pouvoirs épiscopaux complets, c'est établir une autre Eglise diocésaine. La Messe de l'évêque ne fait qu'une Messe avec celles de tous les prêtres de son diocèse. Si tel prêtre et tels fidèles réunis en tel lieu offrent le saint Sacrifice en communion avec (una cum) l'évêque de ce lieu, ils constituent l’Eglise en ce lieu. Le fruit de la Messe est d'abord pour I'Eglise hiérarchique telle qu’elle est réalisée en ce diocèse, parce que c'est cette Eglise particulière qui offre en commun le Sacrifice.

Or, l'Eglise n'est une que si elle est une avec l'évêque, pasteur de cette Eglise particulière en qui réside l’Eglise (l’Eglise est dans l’évêque). Mais elle est une dans la mesure où elle est en communion avec l’évêque de Rome qui est aussi l'évêque de cette Eglise particulière, selon le dogme de la Primauté de juridiction du Pape (Vatican I, Pastor Æternus). Cette Messe célébrée par le prêtre en ce diocèse l'est aussi par l’évêque du lieu et par le pape. L’unité liturgique réalise l'unité hiérarchique et la renforce.

Tous les rites liturgiques de l'Eglise catholique (latin, grec, syriaque etc..) ont le même Canon. Il existe des variantes de détails mais l’essentiel du Canon est identique dans tous les rites : les textes et les gestes expriment la réalité du Sacrifice non sanglant de la Croix. Tous les prêtres de I'Eglise catholique doivent célébrer essentiellement la même Messe que le pape. A cette fin, chaque évêque diocésain garantit pour tout son diocèse que les normes liturgiques appliquées dans son diocèse sont conformes aux normes romaines, et donc que la Messe qui est célébrée par tous les prêtres de son diocèse est conforme à la Messe papale, norme universelle pour toute l’Eglise.

Le fruit de la Messe est appliqué d'abord à l’Eglise. Le ton employé par le prêtre pour ce paragraphe in primis est le ton intimatif. Le prêtre intime à Dieu d'accorder en justice au Pape, à l’évêque du lieu et aux fidèles les mérites de Jésus-Christ, car tous sont des membres du Corps mystique du Christ et ont droit en justice à participer aux fruits de la Messe. Cela exclut absolument tous les schismatiques, les hérétiques et les apostats, qui ne sont plus membres de l’Eglise.

Par contre, au Memento des vivants (deuxième paragraphe), le prêtre signale à la miséricorde de Dieu tel ou tel : "Souvenez-Vous, Seigneur, (si Vous le voulez bien) de tel ou tel". Ce Memento ne fait pas partie intégrante du Canon, il est tout à fait possible de prier pour Karol Wojtyla afin qu'il se convertisse. Il recevra des grâces dans la mesure de ses dispositions intérieures.

IV Qu’en est-il de la Messe en temps de châtiment ?

Comment, dans notre situation où nous sommes privés de pape et d'évêques diocésains catholiques, la Messe sera-t-elle encore mandatée par l’Eglise ?

Les théologiens traditionalistes ont toujours éludé la question en prétendant qu’il fallait faire comme avant ou comme toujours. Les Prieurés sont devenus nos paroisses. La juridiction de suppléance a été inventée pour justifier tous les abus de pouvoir juridictionnel et répondre facilement à tous les problèmes.

La réalité, c'est que nous ne pouvons plus célébrer la Messe comme avant parce que les structures hiérarchiques de I'Eglise catholique (pape, évêque, curé) ont été remplacées par de nouvelles structures hérétiques, qui n'ont plus rien à voir avec l'exercice catholique de l’Autorité et du sacerdoce.

La sainte Messe ne peut pas aujourd'hui être célébrée "pro Ecclesia una cum Joanne Paulo", Wojtyla étant un usurpateur et un antichrist. Il n'est pas uni à l’Eglise et il ne célèbre pas cette Messe. Il célèbre la Cène montinienne invalide et abominable aux yeux du Seigneur. En outre, déclarer Wojtyla una cum Ecclesia, c'est affirmer que la Messe que l’on célèbre est commandée par un hérétique. Dire que l’Eglise est unie à un chef hérétique, de fait hors de l’Eglise, dans l’acte même du Sacrifice de l’Eglise constitue un mensonge et un sacrilège contre le sacrement de l’Eucharistie, sacrement de l'unité de l’Eglise. Communier avec un hérétique dans l'acte suprême de la liturgie relève de la communicatio in sacris. Cette participation aux rites sacrés avec un hérétique est un délit passible de l'excommunication ipso facto. Seule l'ignorance peut excuser du péché et de la peine canonique. De fait, beaucoup de fidèles et de prêtres ignorent la gravité des Messes célébrées una cum Joanne Paulo.

Or, le Droit Canon enseigne :

Il n'est pas licite aux fidèles d'assister activement de quelque manière que ce soit ou d'avoir part en des choses sacrées avec les non catholiques. canon 1258.

Celui qui aide spontanément et en connaissance de cause à la propagation d'une hérésie, de quelque manière que ce soit ou qui communique en choses divines (liturgie, sacrements) avec des hérétiques à l’encontre du canon 1258, est suspect d'hérésie.

Ceci est trop grave pour le salut éternel pour que nous nous taisions. NOUS NE POUVONS PAS NOUS TAIRE. Il faut prévenir nos frères du danger qu'ils courent de tomber eux-mêmes, un jour, dans l'hérésie de leur chef, Wojtila. Les fidèles qui veulent rester catholiques ne peuvent pas participer à une Messe sacrilège una cum Joanne Paulo. Célébrer une Messe est plus grave que de prêter serment à la Constitution du Clergé sous la Révolution.

Il faut pourtant lire ce que les évêques de l'époque ordonnaient depuis l'exil à leurs fidèles.

Par exemple, Mgr Jouffroy-Goussans, évêque du Mans, en 1796 :

"Quiconque communique en choses sainte, avec les intrus et les usurpateurs se rend complice de leur schisme et se met hors de la voie du salut...

- Peut-on faire baptiser des enfants par des prêtres intrus et assermentés ?

Non, parce que ce serait communiquer et participer au sacrilège.

- Les Catholiques peuvent-ils s'adresser aux intrus pour la confession ainsi qu’aux schismatiques ?

Non, parce qu'ils n'ont point de juridiction et que leurs absolutions sont nulles.

- Quels conseils donner aux Catholiques pour suppléer au défaut de confession ?

Se conserver dans l'état de grâce par la prière et la vigilance et s'exciter à la contrition parfaite dans la confiance que Dieu l'accorde lorsque l’on ne peut se confesser.

- Peut-on entendre la Messe d'un prêtre schismatique ?

Non, chacun s'assemblera en famille pour y prier en commun".

Le catéchisme des Pères Montfortains de 1791 est très clair aussi :

- "Que doit-on faire si on n'a pas d'autres messes que celles des intrus ?

Il faut s'en passer, fût-ce le jour de Pâques.

- L’Eglise commande pourtant d'aller à la messe les dimanches et fêtes ?

Oui quand on en a ; mais celle de ces gens-là est pour vous comme si vous n'en aviez pas".

Je terminerai avec une citation de la lettre de Mgr de Marbœuf archevêque légitime de Lyon en exil aux fidèles de son diocèse, le 6/12/1796 :

"Si le malheur des temps vous prive d'assister au saint Sacrifice de la Messe et de participer aussi souvent que vous le désirez aux saints mystères, ne craignez point et ne vous découragez point pour cela : vous n'y perdrez rien. Dieu verra avec complaisance que, malgré ces privations, vous conservez dans votre cœur la confiance et la fidélité que vous Lui devez. Il entendra vos prières domestiques et les vœux que vous formerez pour le rétablissement de Son culte.

Il en sera touché et en attendant les moments marqués par Sa sagesse pour faire luire sur nous des jours plus sereins, Lui-même vous tiendra lieu de Pasteur, de guide, de soutien.

Il répandra dans vos âmes une mesure abondante de grâce, de force, de constance pour vous mettre en état de résister à toutes les tentations de l'ennemi, et dans le temps de la plus grande disette des secours extérieurs de la religion, Il vous fera recueillir intérieurement des trésors de bénédictions.

Demeurez donc sans inquiétude dans la bergerie d'un si bon Maître.

Invoquez-Le avec confiance dans toutes vos nécessités et soyez certains que la nourriture spirituelle dont vous pouvez avoir besoin, en telle situation que vous vous trouviez, ne vous manquera jamais.

Vous la recevrez immédiatement de la main de Dieu, lorsque le malheur des temps vous privera de l'usage des moyens qu’Il a établis pour être les canaux de Sa grâce".

Rappelons-nous aussi les paroles de saint Athanase :

"Que Dieu vous console ! Ce qui vous attriste aussi c'est que les autres ont occupé les églises par violence, tandis que vous, pendant ce temps, vous êtes dehors. C'est un fait, ils ont les locaux : mais vous avez la Foi Apostolique (saint Athanase ne parle pas de la Messe, mais de la Foi, ndr).

Eux, ils peuvent occuper nos églises, mais ils sont hors de la vraie Foi. Vous restez, vous, en dehors des lieux de culte, mais en vous demeure la Foi.

Réfléchissons : qu'est-ce qui est le plus important, le lieu ou la Foi ? La vraie Foi c'est évident.

Dans cette lutte, qui a perdu, qui a gagné ? Celui qui garde le lieu ou celui qui garde la Foi ?

Le lieu, c'est vrai est bon quand on y prêche la Foi Apostolique ; il est saint quand tout s'y passe saintement...

C’est vous qui êtes heureux, VOUS QUI RESTEZ DANS L’EGLISE PAR VOTRE FOI, vous qui tenez fermement aux fondements de la Foi qui vous est parvenue de par la Tradition Apostolique...

C'est eux qui s'en sont détachés dans la crise présente...

Ainsi, donc, plus ils s'acharnent à occuper les lieux de culte, plus ils se séparent de l’Eglise.

ils prétendent représenter l'Eglise, en réalité ils s'en expulsent eux-mêmes et s'égarent.

LES CATHOLIQUES FIDÈLES A LA TRADITION, MÊME S’ILS SONT RÉDUITS A UNE POIGNÉE, VOILA CEUX QUI SONT LA VRAIE EGLISE DE JESUS-CHRIST". (Lettre aux fidèles de son Patriarcat d'Alexandrie).

Pour adapter cette citation magnifique aux temps actuels, on peut dire :

- Qu'est-ce qui est le plus important : la Messe ou la Foi ? La vraie Foi, c'est évident.

Les hérétiques de toutes les époques, avant Vatican II, célébraient la Messe, même après leur excommunication pour certains d'entre eux. Tout en gardant la Messe, ils avaient perdu la Foi.

Dans cette lutte, qui a gagné, qui a perdu ?

Celui qui garde la Messe sans la Foi ou celui qui garde la Foi sans pouvoir toujours assister à la Messe ?

La Messe est bonne, il est vrai, quand on y prêche la Foi catholique. Elle est sainte si tout s'y passe saintement.

Mieux vaut sanctifier le dimanche en famille à la maison en récitant un rosaire que d'assister à une Messe sacrilège où l’on prêche des hérésies.

Sous la protection de la Très sainte Vierge Marie nous ne craignons rien. Une si Sainte Mère n’abandonne pas les enfants qui, fidèles, sont dans la Vraie dévotion[1].

La Tour de David[2], Juillet 2001

Louis-Hubert Remy

LE PROBLÈME DE L'UNA CUM, PROBLÈME DE L'HEURE PRÉSENTE.

1. pourquoi se pose ce problème ?

Le Vénérable Barthélemy Holzhauser vécut en Allemagne de 1613 à 1658. Né près d'Augsbourg, il mourut à Bingen, ville célèbre des bords du Rhin, car y vécut aussi sainte Hildegarde.

Une très courte biographie de ce saint est donnée dans les Petits Bollandistes au t. 6 p. 229. On y lit cette phrase surprenante sors la plume de ces spécialistes de l'hagiographie :

Il a laissé entre autres ouvrages une Interprétation de l'Apocalypse de saint Jean, qui ne va que jusqu’au 5ème verset du chapitre 15, ouvrage étonnant, dit-on, et qui offre une si admirable concordance des temps et des événements, que les autres commentaires de ce livre sacré ne sont en comparaison que des jeux d'enfants.

Quel éloge ! et combien donc est utile la lecture de ce livre.

Malheureusement, les deux éditions de 1856 et 1857 sont introuvables. M Jacques Monnot en 1978 en fît un condensé disponible, mais si mal fait qu'il en dénature complètement l’ouvrage et le rend même incompréhensible. Disponible depuis aux Ed. Saint-Rémi, BP 79, 33410 Cadillac.

Ce livre mérite une lecture attentive, presque une méditation car il décrit avec de nombreux détails l'effondrement de l'Eglise et les châtiments à venir. Pas loin de 200 pages sont consacrées à notre époque.

Écrit en 1650 environ, pendant qu'Holzhauser était accablé de grandes tribulations au milieu desquelles il se livrait à une prière incessante et passait des journées entières sans boire ni manger, s'isolant de toute société humaine, il précisa: "j'étais comme un enfant dont on conduit la main pour le faire écrire".

Pour notre époque il annonce de si grandes tribulations que seul un petit nombre, un tout petit nombre gardera la Foi. "Le texte latin exprime les noms (nomines), c'est-à-dire un si petit nombre, qu’on peut facilement les appeler par leurs noms" (p.179).

Cette notion du petit nombre reviendra souvent dans les visions des âmes saintes, privilégiées de visions sur notre époque.

Mais pour qu'il y ait petit nombre, il faut qu'il y ait des épreuves et que dans ces épreuves beaucoup tombent et que quelques-uns seulement tiennent fermes dans la Foi.

En trente ans nous avons vécu tout d'abord l'épreuve du Concile, où nous avons vu plus des 9/10è de la chrétienté succomber aux erreurs de la secte conciliaire et se couper de l'Eglise Catholique.

En 1970 avec le N.O.M. de Paul VI ce fut encore les 9/10è de ceux qui restaient qui abandonnèrent la Sainte Foi.

Enfin en 1988, suite aux sacres faits par MN. SS. Lefebvre et Castro-Mayer, un fort pourcentage apostasia.

Ce nombre est encore trop grand. Beaucoup de ceux qui fréquentent ce que l'on a appelé le milieu traditionaliste sont des admirateurs du chef de cette secte conciliaire et sont des ralliés en puissance, n'étant pas assez fermes sur la Vérité, toute la Vérité, que la Vérité.

Le Bon Dieu prépare certainement une nouvelle épreuve qui dévoilera les cœurs, et amènera une nouvelle scission. Sera-ce la dernière ? Dieu seul le sait.

Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle épreuve semble de plus en plus relever du problème de l’UNA CUM.

2. qu'est-ce que le problème de l'una cum ?

Le Saint Sacrifice de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, est le centre de l'histoire de la Création. C'est le mystère de la Rédemption, c'est le seul Sacrifice réparateur, agréable au Père, Créateur et Maître de toutes choses. Tout l'ancien Testament le prépare : 10 fois, 100 fois avant la Rédemption, Dieu fait savoir que tel sacrifice lui est agréable, tel sacrifice ne lui est pas agréable, le seul Sacrifice pouvant lui être complètement agréable étant celui accompli par son Divin Fils, un Sacrifice Divin (Il est divin parce que le prêtre qui l'offre "est" Dieu, et la victime qui est offerte "est" Dieu).

Relisons saint Paul au ch. X de l’épître aux Hébreux :

1. Car la loi n'ayant que l'ombre des biens à venir, et non l'image même des choses ne peut jamais, par l'oblation des mêmes hosties qui s’offrent toujours chaque année, rendre parfaits ceux qui s'approchent de l'autel.

2. Autrement on aurait cessé de les offrir, parce que ceux qui rendent ce culte n'auraient plus senti leur conscience chargée de péchés, en ayant été une fois purifiés.

3. Cependant en offrant ces sacrifices on parle de nouveau tous les ans de péchés à expier.

4. En effet il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés.

5. C’est pourquoi le Fils de Dieu entrant dans le monde dit : Vous n'avez point voulu d'hostie ni d'oblation ; mais Vous M'avez formé un corps ;

6. Vous n’avez point agréé les holocaustes et les sacrifices qu’on vous offre pour le péché ;

7. Alors J'ai dit : Me Voici ; Je viens selon qu’il est écrit de Moi dans le livre pour faire, ô Dieu, Votre volonté.

8. Après avoir dit : Vous n'avez point voulu ni agréé les hosties, les oblations, les holocaustes, et les sacrifices pour le péché qui sont toutes choses qui s'offrent selon la loi;

9. Il ajoute ensuite : Me voici ; je viens pour faire, ô Dieu Votre volonté. Donc, il abolit ces premiers sacrifices , pour établir le second.

10. Et c'est cette volonté qui nous a sanctifiés, par l'oblation du corps de Jésus-Christ, qui a été faite une seule fois.

11. Aussi au lieu que tous les prêtres se présentent tous les jours pour sacrifier et pour offrir plusieurs fois les mêmes hosties qui ne peuvent effacer les péchés ;

12. Celui-ci, ayant offert une seule hostie pour les péchés, s’est assis à la droite de Dieu pour toujours,

13. Où Il attend ce qui reste à accomplir : que ses ennemis soient réduits à lui servir de marchepied.

14. Car, par une seule oblation, Il a rendu parfait pour toujours ceux qu’Il a sanctifiés. (Traduction du Père de Carrières, la meilleure)

Ce texte de saint Paul se réfère au Psaume xl, 7 et sv. :

Vous n’avez pas eu agréables les sacrifices et les offrandes de la loi ancienne ; les holocaustes de ce temps-là n'ont pu sanctifier ceux qui les offraient ; c'est pourquoi Vous m'avez formé un corps tout propre à être sacrifié : Me voici prêt, Seigneur, et Je viens au monde, pour faire en ceci, comme en toute autre chose, Votre volonté ; et Votre loi sera toujours gravée dans Mon cœur. (Traduction du P. Frizon dans sa méditation du mardi de la 3è semaine de l’Avent).

Toute la lutte de l'ennemi du genre humain, Satan et ses troupes, sera contre le Saint Sacrifice de la Croix ; et, après, contre la Sainte Messe, véritable Sacrifice non sanglant, seul agréable à Dieu.

C'est l'objet suprême du combat de la Tradition, c'est le point de mire véritable de la haine qui anime la religion de Vatican Il.

La grande révolution conciliaire, sous un appareil dogmatique fumeux et douteux, dans le concret, n'a qu'un but (celui de Satan) :

Elle sait que ces dites nouvelles messes font perdre la Foi, et surtout n'étant pas agréables à Dieu, ne peuvent assurer les grâces de Foi, d'Espérance et de Charité.

Tout nous le prouve aujourd'hui. C'est le sacrifice de Caïn, c'est-à-dire non pas tourné vers Dieu, mais tourné vers les hommes ; ce qui explique pourquoi le prêtre qui célèbre selon le NOM se tourne vers les hommes et non vers le crucifix.

Avoir réduit les questions que pose le N.O.M. à un problème de validité, est une erreur monstrueuse. Parle-t-on de la validité du sacrifice de Caïn ? Peut-on assister aux messes noires ?

L'indignation que nous en éprouvons, manifeste combien nous sommes attachés à la Sainte Messe, et combien nous devons combattre pour une Sainte Messe toute pure: l'oblation pure (Malachie i,11: c'est au Sacrifice parfait de N.S.J.C. auquel Malachie songe. Le Concile de Trente a rendu officielle cette interprétation, Bible de Jérusalem, 1961, p. 1275).

Or, dans le Canon de la Sainte Messe, appelée parfois un peu trop sommairement Messe de Saint Pie V, mais qui en fait est la messe enseignée par N.S.J.C. à ses apôtres[3], et que nous devons appeler messe divine, messe de toujours, il est une prière essentielle : le Te igitur.

Le Te igitur signifie l'union du Sacrifice de N.S.J.C. sur la Croix avec l’Eglise Catholique qui doit assurer la continuité du Sacrifice, par un Sacrifice journalier agréable à Dieu, perpétuel et permanent dans le monde entier. Union aussi entre le premier Prêtre N.S.J.C. et ceux, qui, choisis et ordonnés par l'Eglise Catholique, continueront de célébrer ce Saint Sacrifice d'agréable odeur.

Dieu est tellement exigeant sur la Pureté de ce Sacrifice qu'à la fin du Canon, nous devons Le supplier, Lui le Dieu Tout-Puissant, de faire porter ces offrandes par les mains des Saints Anges, là haut, sur l'autel divin, en présence de Sa Divine Majesté.

Il nous fait faire le vœu : Puissions-nous en retour, en communiant, être comblés des grâces et des bénédictions.

L'Eglise nous fait prier la Très Sainte Vierge Marie, les Martyrs, l'Eglise Triomphante, pour que Dieu agrée nos prières. Il faut que cette offrande soit "bénie, agréée, approuvée pleinement, parfaite et digne de plaire à Dieu le Père".

On comprend donc combien cette oblation doit être pure. L'insistance des formules qui composent le canon, le choix des mots, doivent nous le faire mieux saisir. C'est cette pureté essentielle qui nous induit irrésistiblement à mesurer l'im-portance du Te igitur, la prière pour cette Eglise, fille et épouse de NSJC., qui doit nous donner la vraie doctrine, les vrais prêtres, la vraie liturgie, le vrai Sacrifice.

Dans ce Te igitur, N.S.J.C. (puisque comme le prouve Dom Guéranger, Il est l'auteur du Canon de la Messe) nous rappelle explicitement les quatre notes de Son Eglise, de la seule Eglise, l'Eglise Catholique : Une, Sainte, Catholique, Apostolique : " ...pro Ecclésia tua SANCTA catholica ...UNA ...atque CATHOLICÆ et APOSTOLICÆ…”

Les quatre mots y sont, et de plus pour l'un : l'unité, il est explicité.

L'unité, en effet, depuis l'Incarnation de N.S.J.C. jusqu'à son retour en gloire (la Parousie), passe par le Pape et l’Évêque du lieu où nous vivons, évêque successeur des Apôtres et notre chef spirituel local.

L'Una Cum est l'explicitation de cette note d'Unité de l'Eglise.

Alors, quand le Chef local est profondément hérétique, en contradiction avec tous les évêques qui l'ont précédé comme pasteurs de cette localité ;

alors, quand le Chef suprême, celui qui devrait être le Pape, est profondément hérétique, en contradiction avec tous les Papes qui l'ont précédé ;

alors, comment ces deux personnes peuvent-elles représenter l’unité de l'Eglise ?

Comment peut-on les nommer comme preuve de l’Unité de l'Eglise ?

N'y a-t-il pas une contradiction et bien plus, quand on sait combien Dieu veut un Sacrifice sans tache, très pur, n'y a-t-il pas un sacrilège de nommer des hérésiarques, en vue de manifester explicitement l'Unité de l'Eglise ?

Oui on peut, et même on doit, prier pour eux, pour leur conversion, au Memento des Vivants qui fait suite au Te igitur, mais pas au Te igitur. Comment admettre une telle incohérence, un tel blasphème ?

Voilà le problème de l'Una Cum. Il est simple, il est évident.

Si nous parlons de sacrilège et de blasphème nous ne visons pas l'intention des nombreux prêtres qui se font un devoir de citer JP Il au Te igitur. La conscience erronée peut excuser la personne, elle n'efface pas le fait objectif et le caractère délictueux de l'acte. Nous devons conserver à ces prêtres notre sollicitude, mais cependant leur dire qu'ils se trompent, et qu'ils doivent faire au moins l'effort d'étudier la question.

Tout prêtre de N.S.J.C. n'est-il pas un autre Christ quand il offre le Saint Sacrifice ? Combien alors il doit être conscient du miracle dont il est l'instrument et combien conscient de sa misère humaine devant la Majesté Divine.

Ne devrait-il pas trembler[4] de n'être pas agréable à Dieu, ne devrait-il pas de toutes ses forces faire en sorte que, de son côté à lui, ce Sacrifice soit sans tache?

Comment un prêtre peut-il nommer comme preuve de l'Unité de la Sainte Eglise les hérésiarques qui l'ont investie ?

3. comment a-t-on essaye d'occulter le problème de l'una cum ?

C'est Dom Guillou (sous le pseudonyme de Frère Benevolens) qui a été à l'origine de cette manœuvre. Dans le Supplément Voltigeur de la revue Itinéraires, n° 10 du 15 octobre 1982, il écrit :

La démonstration des anti Una Cum parait rigoureuse. Mais c'est la rigueur d'un sophisme ; toute la valeur de ce syllogisme s'effondre quand on donne aux mots "Una Cum" le sens qui est le leur dans le canon de la messe : "et aussi POUR", et non point : "en communion AVEC".

Et depuis l'on entend toujours dire que :

Una Cum veut dire prier POUR". Est-ce bien vrai ?

Nous pourrions citer de très nombreux auteurs ayant fait une bonne traduction, mais nous nous bornerons à trois qui ont une autorité suréminente.

Dans le DTC, Dictionnaire de Théologie Catholique, de Vacant et Mangenot à l'article Messe (T. X, col. 1395 en bas), l'auteur Dom Cabrol écrit :

"en union AVEC le Pape et les évêques en union avec lui".

Dans le livre Explication de la Messe, le P. Le Brun dont le DTC dit (T. 9, col. 101) être le principal ouvrage de cet auteur qu'on lit encore avec fruit... ce qu'il dit reste exact... l'homme était très vertueux, modeste autant que savant, le P. Le Brun écrit :

"Una Cum Famulo Tuo... AVEC notre Pape N., votre serviteur" (p. 374, Ed. du Cerf 1949).

Dans chacun des Tomes de L'Année Liturgique, Dom Guéranger donne l'ordinaire de la Messe. A chaque fois au Te igitur, il écrit :

" ...dirigez notre évêque qui est pour nous le lien sacré de l'unité".

Avec de tels auteurs, la cause est entendue.

On prie surtout en union AVEC le Pape et l'évêque.

D'ailleurs dans le Te igitur, quelques lignes plus haut, on lit :Pro Ecclesia tua, pour votre Sainte Eglise, montrant dans le même paragraphe la différence entre pro et cum.

Il est navrant de voir qu'une telle erreur se soit répandue et imposée, erreur que ne ferait pas un étudiant en seconde année de latin.

Un dernier argument de poids est donné par le Ritus Servandus in Celebratione Missæ.

On y lit : "Quand le Souverain Pontife célèbre, en omettant les paroles : una cum famulo tuo papa nostro N et antistite nostro N, il dit : una cum me indigno famulo tuo quem gregi tuo proesse voluisti (ce que l'on traduit par en union AVEC moi-même, votre indigne serviteur, que vous avez choisi pour pasteur de votre troupeau), et il continue par et omnibus orthodoxis, omettant et antistite nostro.

Dom Guillou s'était appuyé sur certaines traductions récentes (avant guerre on trouve rarement cette erreur) qui, en effet disent prier pour, en complet désaccord avec les autorités que nous venons de citer. Il y a même des éditions de Dom Guéranger mal traduites.

Il est légitime de penser qu'une telle erreur de ces traducteurs, quoiqu'ancienne, n'était pas innocente.

quelques textes parallèles.

Nous en citerons trois :

1° Dans les missels, aux messes votives diverses on lit dans les oraisons pour le pape :

- à la collecte : "ut ad vitam, una cum grege sibi credito, perveniat sempiternam" que l'on traduit par : "afin de parvenir à la vie éternelle AVEC le troupeau dont il a la charge" ;

- à la postcommunion : "una cum commisso sibi grege salvet semper, et muniat", " ...AVEC le troupeau confié à vos soins".

2° Dans le texte de "I'Exsultet" lors de la vigile pascale, le diacre lit :

"Qua propter adstantes vos, fratres carissimi, ad tam miram hujus sancti luminis claritatem, una mecum, quaeso, Dei omnipotentis misericordiam invocate" que l'on traduit par : " ... invoquez AVEC moi"...

3° Dans la Vulgate Il Machabées vii, l, on lit :

"Contigit autem et septem fratres una cum matre sua apprehensos, compelli a rege edere contra fas carnes porcinas, flagris et taureis cruciatas" que la Bible de Vence, et le Père de Carrières, deux éminentes références, traduisent par : "... sept frères AVEC leur mère...”

nous mettons au défit nos contradicteurs de nous trouver un document, signé d’un latiniste sérieux,

traduisant una cum  par prier pour. de qui se moque-t-on ?

4. pourquoi reprendre cette étude ?

Le samedi 4 décembre 1993, les Étudiants Catholiques de Provence, qui se veulent Lefebvristes, faisaient dire une messe d'action de grâces pour remercier la Très Sainte Vierge Marie des grâces reçues pendant leur pèlerinage du mois d'octobre à La Salette.

Cette messe a été dite en I'Eglise du Saint-Esprit d’Aix-en-Provence (où l'on ne célèbre que le N.O.M.), par "Mgr" Panafieu, alors archevêque d'Aix. Une cinquantaine d'étudiants y assistaient avec à leur tête M. l'abbé Damien Poisblaud, alors prêtre de la Fraternité Saint-Pie X, dirigeant les chants pendant toute la esse. A la fin de la messe, M. l'abbé Héry, alors doyen de la Fraternité Saint-Pie X à Marseille, rejoignait le groupe pour saluer le prélat.

M. l'abbé Aulagnier, alors Supérieur du District de France de la Fraternité Saint-Pie X, avait été tenu au courant lors de son passage à Aix, le dimanche précédent et avait donné son accord. Les organisateurs de la cérémonie ont affirmé avoir eu l'accord de M. l'abbé Schmidberger, alors Supérieur Général de la Fraternité Saint-Pie X.

"Mgr" Panafieu n'avait pas dû officier dans l'ancien rite depuis longtemps, accumulant les fautes liturgiques. La messe aurait été dite dans le rite éternel comme annoncé[5].

Si nous parlons de cette messe, c'est surtout à cause de l'homélie. En effet, "Mgr[6]" Panafieu a tenu à souligner avec beaucoup de fermeté, combien l'Eglise, étant une communauté de pécheurs réconciliés par le Christ[7], doit être fidèle au Pape et aux évêques, fondements sûrs de la Vérité :

"On ne peut se dire catholique, si l'on est en dehors de cette communion.... Quel que soit le rite, l'Eglise nous demande de nommer au Canon, le Pape, évêque de Rome, et le nom de l'évêque du lieu, pour bien manifester la succession apostolique".

Il précisa qu'il ne pouvait reconnaître qu'une communauté en communion avec lui et avec l'Eglise de Rome :

"C'est une question de Vérité".

Il leur dit combien ils devaient être heureux d'être d'Eglise, leur conseillant de ne pas dénigrer, de travailler à la communion :

"Ce n'est pas l'heure de se diviser, mais de s'unir pour que le monde croie à Celui que le Père a envoyé".

Tels furent ses propos, à la grande satisfaction de l'Assemblée qui communia comme un seul homme. Ce grave incident[8] a soulevé plusieurs commentaires[9], qu'il est inutile de préciser ici, mais a permis de comprendre que, si nous, nous ne prenions pas au sérieux le problème de l'Una Cum, la secte conciliaire en faisait l'exigence première.

5. est-ce un problème nouveau dans l'histoire de l'église ?

Conscient que toute doctrine nouvelle est dangereuse pour la Foi, nous rejetons à priori toutes les nouveautés conciliaires (et à posteriori après les avoir comparées avec l'enseignement constant et infaillible de l'Eglise). Il est donc important de vérifier si dans le passé on a pu être anti Una Cum.

C'est encore au Docteur Angélique que l'on doit la formule la plus précise, la plus succincte, la plus sûre :

"Au Canon de la Messe, on ne prie pas pour ceux qui sont hors de l'Eglise".

Somme Théologique de saint Thomas d'Aquin : III, q. 79, a. 7.

a. les diptyques.

Dans I'Eglise Primitive, on utilisait une double tablette d'ivoire sur laquelle on inscrivait les noms des évêques, des martyrs, dont il devait être fait mention à la Messe et dans les prières. (Dictionnaire de Culture Religieuse, Chanoine Marcel).

Dans le DTC tome 10, col. 1374, on précise :

"…la lecture des diptyques ...ce rite a son importance au point de vue théologique, parce que l'inscription aux diptyques est un signe que l'on était en communion avec ceux dont le nom était lu. On biffait celui des hérétiques ; cette pratique donna lieu souvent à d'aigres controverses; enfin le nom du Pape était d'ordinaire à la place d'honneur".

Cette histoire des diptyques est particulièrement bien étudiée dans le Dictionnaire d'Archéologie Chrétienne, fascicule 38, colonnes 1045 à 1170 :

... La coutume daterait des apôtres (col. 1051)...

Avoir son nom inscrit dans les diptyques, c'était le signe qu'on était en communion avec l'Eglise de la terre, et en conséquence avec celle du ciel (col. 1055)...

L'inscription aux diptyques constitue une preuve d'orthodoxie (col. 1057, lire toute la col.)...

Le nom des Papes est inscrit de droit aux diptyques (col. 1058)... etc.

L'abbé Bergier dans son Dictionnaire de Théologie, au même mot diptyque, écrit :

C'était un double catalogue dans l'un desquels on écrivait le nom des vivants, et dans l'autre celui des morts, dont on devait faire mention dans l'office divin.

Il continue par cette erreur :

Il répondait au mémento des vivants et au mémento des morts, qui font partie du Canon de la Messe,

et il termine par :

on effaçait de ce catalogue le nom de ceux qui tombaient dans l'hérésie ; c'était une espèce d'excommunication.

Réglons de suite ce qui est qualifié d'erreur.

Il suffit de lire le livre du Père Le Brun : "Explications de la Messe" p. 374. Le Père Le Brun parle longuement des diptyques au paragraphe una cum famulo tuo, au paragraphe et antistite nostro, au paragraphe et rege nostro et non aux paragraphes mémento.

Cependant, dit-il, il faut savoir que dans certaines liturgies, l'on citait les noms gravés sur les diptyques, soit au mémento, soit au communicantes, soit avant la préface, soit après l'oblation, lus soit par le diacre, soit par le prêtre.

L'usage de Rome qui devait prévaloir, le fixe comme le précise le P. Le Brun.

Il est essentiel de retenir que, quel que soit l'endroit où l'on récitait les noms,

tous ces noms étaient ceux de saints personnages morts ou de vivants orthodoxes. C'étaient ceux avec qui on était en communion.

En lisant le P. Le Brun aux paragraphes des mémento, on a confirmation que ce n'est pas à ce moment là que l'on citait les noms de ceux qui étaient inscrits dans les diptyques.

Toutes les références historiques qui vont suivre, le confirment.

b. les combats anciens.

La citation de l'Abbé Bergier :

on effaçait de ce catalogue le nom de ceux qui tombaient dans l’hérésie ; c'était une espèce d'excommunication, est confirmée par plusieurs exemples.

Le premier est tiré de La Vie des Pères du désert d'Orient (R.P. Michel Marin t. 9, éd. de 1856) :

En 431, un religieux, saint Hypace, se refusait à entacher la Sainte Messe en continuant à y nommer son évêque ou son patriarche devenu hérésiarque... Au bout de trois ans cet hérésiarque (il s'agit de Nestorius) commença à manifester ses erreurs ; ce que saint Hypace ayant appris, effaça son nom des sacrés diptyques dans son église et n'en fit plus mémoire dans la célébration des Saints Mystères. Eulali, évêque de Chalcédoine, qui ne l'aimait point, lui en fit des reproches menaçants ; mais il lui répondit avec fermeté, que depuis que Nestorius avait commencé de publier sa doctrine impie, il s'était séparé de sa communion ; et que quant aux menaces qu'il lui faisait, il pouvait les exécuter parce qu'il était prêt à tout souffrir pour le soutien de la Foi.

Le second concerne le Pape Pélage I (Pape de 556 à 561, 62ème pape, le 6ème à ne pas être saint). Pour les Romains, lors de son élection, il était le bourreau de son prédécesseur le Pape Vigile. C'est pourquoi on ne le nommait pas dans les diptyques (DTC t. 12, col. 667).

Le P. Le Brun donne encore comme exemples : Dioscore, patriarche d'Alexan-drie, qui ose ôter des diptyques le Pape saint Léon. De même, le cas d'Acace.

Ce combat devait durer longtemps. On en parle beaucoup lors du schisme Byzantin au XIème siècle. (DTC t. 14) :

col. 1348 : ...ce qui est sûr, c'est qu'en l'an 1009, sous le pontificat de Jean XVIII, Pierre, Patriarche d'Antioche au temps de Michel Cérulaire, voyait le nom du Pape inscrit aux diptyques de Sainte-Sophie...

col. 1351 : ...Michel Cérulaire ...consentira à inscrire le nom du Pape sur les diptyques de Sainte-Sophie...

col. 1353 : ...Avant d'inscrire le nom du Pape dans ses diptyques, il veut savoir s'il est orthodoxe...

col. 1359 : ...A Constantinople et à Antioche, on n'inscrivait plus depuis longtemps le nom du Pape dans ses diptyques

col. 1369 : ...ceux-ci relevèrent de l'excommunication l'Empereur Alexis qui, en retour, demanda au patriarche byzantin à son synode d'inscrire le nom du Pape aux diptyques de Sainte-Sophie.

L'exemple le plus important, car finissant par une déclaration solennelle, nous est donné par saint Hormisdas (DTC T. VIl, cols. 162 à 171). Pape de 514 à 523 :

…Il accepte de taire les noms de deux prélats orthodoxes frappés d'anathèmes, mais précise qu'ils doivent disparaître des diptyques (col. 168)...

Par prudence il demanda de ne pas exiger dans toutes les cités et sans aucun discernement la radiation sur les diptyques de tous les évêques compromis dans le schisme d'Acace (col. 170)...

Il ne dévia pas de la ligne de conduite qu'il s'était tracée : pas un seul nom de schismatique dans les diptyques (col. 171).

Il édicta solennellement (DTC col. 165)  son enseignement appelé depuis le Formulaire d'Hormisdas dont il a été plusieurs fois question lors des discussions sur l'infaillibilité du Pape, et que le Concile Vatican I a cité dans la Constitution Pastor Æternus. Ce texte très important (cité aussi par Denzinger, Ench. Symb. 172) contient cette phrase qui engageait tout prêtre :

Je promets donc qu'à l'avenir je ne réciterai plus dans la célébration des Saints Mystères les noms de ceux qui ont été séparés de l'Eglise Catholique, c'est-à-dire qui ne sont point d'accord avec le Siège Apostolique.

Ces différents exemples prouvent les controverses suscitées, la prudence indispensable à avoir, et surtout l'importance de ce problème Una Cum. On ne se moque pas de ce problème, sans l'avoir sérieusement étudié.

c. le rege nostro.

Une autre confirmation du prier avec et non du prier pour est fournie par le Rege Nostro. Là encore il existe des exemples historiques.

Le P. Le Brun raconte que sur les instances du Saint Pape Hormisdas, l'empereur Léon fit effacer des diptyques le nom de l'empereur Anastase, son prédécesseur, aussi bien que le nom de Zénon, qui avaient favorisé les hérétiques.

Dom Guéranger, dans les Institutions Liturgiques, réétudie en plusieurs endroits ce problème. Il fait remarquer que saint Pie V n'avait pas jugé à propos de placer la prière pour le Roi dans le Canon de la Messe. A croire que ce saint Pape avait des vues prophétiques, devinant la trahison future des Rois. Nous renvoyons à la polémique de Dom Guéranger avec l'abbé Promsault au t. 3, pages LXXIII et LXXX de la lère édition.

d. conclusion de ce paragraphe.

Nous venons de répondre à la question légitime: est-ce une doctrine nouvelle?

Ayant prouvé l'ancienneté de ce débat, nous renvoyons aux opposants de cette thèse, la même question : votre doctrine, vos arguments, sont-ils fondés sur une tradition historique ?

Étant dans l'impossibilité de nous répondre, nous vous accusons à notre tour :

d’enseigner une doctrine nouvelle : citer des hérétiques au Canon de la  Messe.

Et nous rappelons ce principe catholique rappelé par Dom Sarda dans Le libéralisme est un péché au ch. 38 :

Le simple fidèle peut se méfier, à première vue, d'une doctrine nouvelle qui lui est présentée, dans la mesure où il la voit en désaccord avec une autre doctrine définie.

6. les papes et les évêques conciliaires sont-ils hérétiques ?

Cette question est la plus importante, car ne pas voir où sont les hérétiques, c'est ne pas avoir la haine du péché, c'est ne pas avoir le sens de la Vérité, c'est être aveuglé, c'est confondre Dieu et Bélial : le pire blasphème. Ce fût le combat de tous les saints, à toute époque, quoiqu'il en coûte.

On est navré de devoir encore justifier cette question après avoir vu depuis 30 ans la démolition quasi complète de la Sainte Eglise Catholique, et la construction sur ces ruines d'une église qui se définit comme conciliaire et est l'ennemi irréductible de la précédente. C'est ce que Mgr Delassus avait prédit dans son livre La Conjuration Antichrétienne en mettant en sous-titre : Le Temple Maçonnique voulant s'élever sur les ruines de l'Eglise Catholique.

Mgr Lefebvre enseignait en 1977 à Ecône :

Nombreux en effet sont les actes de Paul VI qui, accomplis par un évêque ou un théologien, il y a vingt ans, eussent été condamnés comme suspects d'hérésie, favorisant l'hérésie (Le coup de Maître de Satan p. 42 . Voir nos autres brochures, en particulier L’Eglise EST éclipsée, ACRF, BP 2, 44140 Aigrefeuille).

Il écrivit un livre (cosigné par Mgr de Castro-Mayer) relevant toutes les hérésies conciliaires ou des Papes conciliaires. Ce livre essentiel Les Dubia a été occulté et même, maintenant est impossible à trouver (enfin, réédité en 2000, très important. Lire la préface avec attention). A la fin de sa vie, il a dit confidentiellement à plusieurs prêtres : "il n'est pas possible que ces Papes soient les successeurs de Pierre". Il n'a pas cru devoir résoudre cette question de son vivant, limitant son combat à celui de la Messe et du Concile.

Mais il l'a laissé à ses successeurs, qui ne peuvent l'omettre. Il disait le 2 Août 1976, dans une interview au Figaro :

Car enfin un problème grave se pose à la conscience et à la Foi de tous les catholiques depuis le début du pontificat de Paul VI. Comment un Pape, vrai successeur de Pierre, assuré de l'assistance de l'Esprit-Saint, peut-il présider à la destruction de l'Eglise, la plus profonde et la plus étendue de son histoire en l'espace de si peu de temps, ce qu'aucun hérésiarque n'a jamais réussi à faire ? A cette question il faudra bien répondre un jour.

Mgr de Castro Mayer, la veille des sacres, dans une conférence faite devant les prêtres d'Ecône, leur a fait une déclaration de sede-vacantisme.

Et surtout que penser après la lecture de livres comme Iota Unum de Romano Amerio, de Pierre M'aimes-tu ? de l'abbé Leroux ou du Catéchisme de l'Oratoire (On y trouve une excellente étude sur les quinze hérésies qu'il serait difficile de ne pas voir), livres rappelant toutes les erreurs de Vatican Il et des Papes Conciliaires, citant toutes les démolitions faites en 30 ans, dans tous les domaines, et rapportant tous les propos en haine de l'Eglise de toujours ? Ne voit-on pas en plus les Ralliés-Apostats devenir les plus vifs ennemis de la Tradition ?

S'il est vrai qu'il faille attendre une Autorité indiscutable pour traiter tous ces Papes et Évêques d'hérétiques formels, leurs actes suffisent à tout chrétien bien formé par son Catéchisme, pour savoir qu'ils ne sont pas Catholiques et par-là même, en désaccord formel avec l'enseignement habituel du Siège Apostolique.

C'est l'enseignement de Dom Sarda au ch. 38 du Libéralisme est un péché.

A la question : Est-il indispensable ou non, de recourir dans tous les cas à une décision spéciale de l'Eglise et de ses pasteurs, pour savoir si un écrit ou un individu doit être rejeté ou combattu comme libéral ?,

il répond :

Il est permis et même commandé au fidèle de raisonner sa foi, d'en tirer des conséquences, d'en faire des applications, d'en déduire des parallèles et des analogies. Le simple fidèle peut ainsi se méfier, à première vue, d'une doctrine nouvelle qui lui est présentée, dans la mesure où il la voit en désaccord avec une autre doctrine définie. Il peut, si ce désaccord est évident, la combattre comme mauvaise et appeler mauvais le livre qui la soutient. Ce qu'il ne peut, c'est la définir comme ex cathedra, mais il lui est parfaitement licite de la tenir par devers lui comme perverse, de la signaler comme telle aux autres pour leur gouverne, de jeter le cri d'alarme et de tirer les premiers coups. Le fidèle laïque peut faire tout cela, il l'a fait dans tous les temps aux applaudisse­ments de l'Eglise. Ce n'est point là se faire le pasteur du troupeau, ni même son humble valet ; c'est simplement lui servir de chien de garde et l'aviser en aboyant, oportet allatrare canes. Il faut que les chiens aboient.

Nous conseillons au lecteur de relire ce ch. de Don Sarda, auteur très utile et très persécuté. Mgr Lefebvre avait préfacé la dernière réédition.

La condition imposée par saint Hormisdas est bien remplie.

7. sait-on bien a quoi engage l'una cum ?

Ayant été obligé pour des raisons familiales d'assister tout dernièrement (pour un mariage et un enterrement) au nouveau rite (mais, restant au fond de l’Eglise, sans participation physique, comme l’enseigne la Sainte Eglise pour des participations dans des temples protestants), ce qui ne m'était jamais arrivé, j'ai été effrayé et scandalisé par ces cérémonies. Je pense depuis, que les prêtres qui nous disent que ces cérémonies sont valides[10], sont inconscients ou n'ont jamais dû y assister. On est loin, très loin de l’ordo de Paul VI. Même quand la cérémonie se veut d'une certaine dignité, rajoutant à l'occasion un maximum de grégorien, c'est insupportable. Quel adjectif alors faut-il trouver pour décrire les pires ?

Ce qui m'a marqué le plus c'est la déclaration de communion avec le Pape et avec l'évêque. Eux savent traduire una cum. Et donc, tous ceux qui sont Una Cum avec JP II et l’évêque de leur diocèse, le sont aussi avec les pires prêtres des pires cérémonies, avec les charismatiques comme avec les modernistes, avec JP Il mais aussi avec l'infâme Gaillot. Y ont-ils pensé ?

8. les réactions des una cum.

On est surpris de voir que, si quelques prêtres ne sont pas hostiles aux anti Una Cum, certains autres ont un comportement très agressif voire hystérique.

Si on observe bien un anti Una Cum, on est obligé de remarquer qu'il se décide en s'appuyant sur le critère : "Qu'en dira Dieu ?".

De même si l'on écoute les arguments des Una Cum, on est obligé de remarquer qu'ils se décident, avant tout, sur le critère : "Qu'en dira-t-on?"

C'est l'éternel combat du Camp dira-t-on et du Camp dira dieu ; c'est l'éternel combat de ceux qui ne cherchent qu'à plaire au monde contre ceux qui ne cherchent qu'à plaire à Dieu. C'est le combat très actuel entre les Libéraux et les Catholiques.

Certains disent : "c'est un faux problème". Si c'est un faux problème, qu'ils laissent tranquilles les anti Una Cum. On est obligé de comprendre que la violence qu'ils réservent aux anti Una Cum, prouve bien que c'est un vrai problème.

D'autres, avec qui on aborde ce problème deviennent tout à coup angoissés, inquiets, peureux. On voit leurs jambes flageoler, la rougeur leur monter au front, une poussée de fièvre les envahir. “Au secours, un anti Una Cum !".

Pires quelques rares n'ont qu'un ennemi, ne combattent qu'un ennemi : les non una cum. Ils gardent toute leur charité pour tous les autres. A ces derniers on leur conseille de bien lire et méditer le ch. XXI du Libéralisme est un péché de Don Sarda Y Salvany.

Tout cela n'est pas catholique.

Dans l'histoire de l'Eglise, l'on voit souvent des désaccords.

Jusqu'au 8-12-1854, il y avait des théologiens pour le dogme de l'Immaculée Conception de la T.S.V.M., d'autres contre. La T.S.V.M. ÉTAIT immaculée : certains avaient raison et donc d'autres tort ; et cela depuis des siècles. On ne s'excommuniait pas pour cela.

Pour le moment, il n'existe aucune autorité pouvant imposer d'une manière infaillible un comportement définitif, mais si certains sont pour l'Una Cum, en aucun cas ils ne devraient faire pression sur ceux qui sont anti Una Cum.

Qu'ils présentent leurs arguments (et cela par écrit), qu'ils répondent à nos objections, mais qu'ils n'imposent pas le silence à cette thèse et qu'ils ne persécutent pas leurs adversaires. Si cette thèse est catholique, comme nous semblons l'avoir démontré, leur responsabilité est grave, très grave.

"Ce peuple est trop nombreux" disions-nous au début. Les méthodes utilisées contre les anti Una Cum, qui sont les mêmes que celles que les conciliaires ont utilisé après le Concile ou après le N.O.M., prouvent bien que ce problème est un problème sérieux et une épreuve pour purifier encore ceux qui doivent rester dans le camp du petit nombre.

9. una cum  et sedevacantisme.

Le problème du Sedevacantisme, qui ne devrait pas être abordé avec légèreté, et qui a de nombreux arguments en sa faveur, n'est pas l'objet de la présente étude. Lire notre brochure L’Eglise EST éclipsée.

S'il est normal que les Sedevacantistes soient anti Una Cum, il est possible d'être non Una Cum sans être Sedevacantiste.

Dans les recherches que j'ai pu faire sur le problème des diptyques, j'ai été obligé de remarquer que, si parfois on a déposé les hérétiques, ce n'est pas toujours ; et jamais on ne parle de siège vacant pour les évêques ou Papes crus hérétiques par leurs ennemis. Aucun des documents que j'ai pu lire n'en parle, même dans la vie de saint Hormisdas (Ce qui ne veut pas dire que ces documents n'existent pas).

Et même saint Cyprien, Père de l'Eglise, qui lui aussi appliquait le non Una Cum :

Il n'est pas convenable de prononcer à l'autel de Dieu et dans la liturgie sacrée le nom d'un homme qui a voulu détourner de l'autel les prêtres et les ministres du Seigneur, Epist II),

ne parle pas de vacance. On lit cela dans Rohrbacher, et même qu'il fît prier et usa de patience pour ces hérétiques.

Mais la situation actuelle étant tellement plus grave, il est difficile de trouver des faits historiques similaires et donc comparables en tout.

10. qu'arrivera-t-il aux una cum ?

il est très possible, qu'a force de prier una cum jp ii, les prêtres una cum soient exauces.

Et qu'ils finissent dans l'église de J-P II, c'est à dire, dans la secte conciliaire. Malheureusement, finir ainsi, c'est apostasier. Et c'est risquer d'emmener tous leurs fidèles à l'apostasie.

CONCLUSION

Le combat contre les Anti Una Cum, qui existe déjà depuis longtemps, va s'accélérer et se durcir. Il était utile de faire le point sur un certain nombre d'arguments qui nous semblent définitifs. Dans son sermon, Mgr Panafieu a dévoilé l'argument essentiel que la secte conciliaire imposera à ceux qui seraient tentés de déposer les armes : être Una Cum.

Il permettra de définir les camps.

Demandons à Dieu qu'Il donne à nos prêtres la force de ne célébrer que de très Saintes Messes, non entachées de blasphèmes et de sacrilège. Saint Hypace déclarait "qu'il était prêt à tout souffrir pour le soutien de la Foi".

Quand je reviendrai, y aura-t-il encore la Foi ? (Luc xviii, 8).

Que vous procure la Foi ? – La Vie éternelle.

Nous ne garderons une Foi pure que si nous la nourrissons à la source de I'Oblation Pure.

 
Le problème de l’Una Cum est bien le problème de l’Heure Présente.

Aix-en-Provence, le 7 mars 1994 Louis-Hubert Remy

Abbé V.M. Zins

 
La bataille autour d'un iota

"Le Cardinal Newman écrit dans son célèbre Essai sur le Développement de la Doctrine Chrétienne :

"L'Arianisme avait admis que Notre-Seigneur était, à la fois, le Dieu de l'Alliance Évangélique et le véritable Créateur de l'Univers ; mais cela ne suffisait pas, car on ne Le confessait pas alors comme l’Être Unique, Éternel, Suprême et Infini, mais comme un être qui avait été créé par l’Être Suprême. Dans le contexte de cette hérésie, point ne suffisait de Le proclamer comme possédant une origine ineffable avant tous les siècles, ni de faire de Lui le Roi de tous les Saints, l’Intercesseur de l'homme auprès de Dieu, l'Objet de l'adoration, l’Image du Père ; cela ne suffisait point parce que ce n'était pas tout et, qu'entre tout et presque tout, la distance était infinie. Comparée à l'Unique Créateur en personne, la plus élevée des créatures se trouve ramenée au niveau de la plus basse".

Le Concile de Nicée (325), définit que le Fils est consubstantiel (homoousion) au Père. Cela voulait dire que, tout en étant distinct en tant que Personne, le Fils partageait la même nature divine et éternelle que le Père. Si le Père était éternel et que le Fils ne l'était pas, il était clair que le Fils n'était pas égal au Père.

Le mot homoousion devint ainsi la pierre de touche de l'orthodoxie.

Dans son Histoire des hérésies, désormais classique, M.-L. Cozens écrit :

"On ne put trouver aucun autre mot pour exprimer l'union essentielle entre le Père et le Fils, car les Ariens acceptaient tous les autres termes, mais dans un sens équivoque. Ils niaient que le Fils fût une créature comme les autres, ou qu'il appartînt au nombre des créatures, ou qu'il eût été créé dans le temps. Ils l'appelaient "le Seul Engendré" entendant par là qu'il était le Fils de Dieu "Seul créé directement".

Ils l'appelaient "Seigneur Créateur", "Premier-né de toute la création"; ils acceptaient même l'expression "Dieu de Dieu", entendant par là "Créé par Dieu". Il n'y avait que ce mot homoousion qu'ils ne pouvaient prononcer sans renoncer à leur hérésie".

Le Concile de Nicée avait été convoqué par l'Empereur Constantin, qui exigea que l'on en acceptât les définitions de foi ; Arius fut excommunié. Mais nombre d’évêques signèrent le Credo uniquement comme un acte de soumission à l'Empereur, y compris Eusèbe de Césarée et Eusèbe de Nicomédie. Si l'on en croit Cozens, c'étaient "des hommes remplis de l'esprit du monde ; ils n'aimaient pas la précision dogmatique et ils souhaitaient que fût trouvée une formule large que tous les hommes de toutes les opinions pourraient signer, en lui donnant des interprétations très divergentes. Ces hommes goûtaient aussi peu la foi précise et exacte d'un Athanase que l'hérésie opiniâtre d'Arius et de ses disciples avoués. Respectable, tolérante, large d'esprit : telle était pour eux la religion idéale. Ils proposèrent donc, à la place du mot homoousion, trop précis et indéracinable (d'une seule substance), le terme plus vague d'homoiousion, c’est-à-dire de même substance. Ils expédièrent, fort loin, des lettres rédigées en des termes qui paraissaient orthodoxes et pleins de ferveur, proclamant leur foi en la divinité de Notre Seigneur, lui attribuant toutes les prérogatives divines, jetant l'anathème sur ceux qui disaient qu'il avait été créé dans le temps, disant, en un mot, tout ce que les croyants les plus orthodoxes pouvaient demander, sinon qu'ils remplaçaient l’homoousion de Nicée, par leur homoiousion".

Il est possible d'interpréter l'expression "de même substance" dans un sens orthodoxe, c’est-à-dire celui de semblable, dans le sens d'identique. Mais on peut aussi l'interpréter comme signifiant semblable en certains points mais non en d'autres, autrement dit non identique... Le sentiment se répandit bientôt parmi nombre d'évêques et de fidèles que l'on faisait bien des histoires à propos de cette distinction entre homoousion et homoiousion. Ils étaient d'avis que l'on faisait plus de mal que de bien en déchirant l'unité de l'Église à propos d'une simple lettre, d'un iota (la lettre grecque i ). Ils condamnaient ceux qui agissaient ainsi, pour citer à nouveau Cozens, comme "des rigoristes, d'une rigidité excessive, plus soucieux de terminologie que de charité fraternelle".

Cependant ces derniers, et en premier lieu Athanase, d'abord diacre et disciple d'Alexandre, évêque d'Alexandrie, puis son successeur, refusèrent de rien changer à leur attitude. Ils refusèrent obstinément d'accepter une déclaration qui ne contiendrait pas l’homoousion ou d'avoir des relations avec ceux qui le rejetteraient".

Athanase et ceux qui le suivaient avaient raison. Cette simple petite lettre, cet iota, marquait toute la différence entre le Christianisme qui est la foi fondée et guidée par Dieu incarné, et une foi fondée par une créature parmi d'autres...

En 358, une formule rédigée par Basile d'Ancyre, déclarant que le Fils était de même substance que le Père (homoiousion), fut officiellement imposée... Le Cardinal Newman cite de nombreux témoignages des Pères attestant l'abîme où se trouvait plongée l'Eglise de ce temps. Nous lisons dans l'appendice V de la 5è Ed. de son ouvrage Les Ariens du Vè Siècle :

"L'an 360 de l'ère chrétienne. A propos de cette date, voici ce que dit saint Grégoire de Naziance (Orat. 21, 24) : "A n'en point douter, les pasteurs se sont conduits en insensés ; en effet, à l'exception d'un nombre infime d'entre eux qui ont été tenus à l'écart à cause de leur insignifiance ou qui ont résisté à cause de leur vertu, et qui devaient subsister pour être la semence et la racine d'où jaillira le renouveau d'Israël sous l'influence de l'Esprit, tous ont capitulé, la seule différence entre eux étant que certains ont succombé plus tôt et d'autres plus tard ; que certains ont été les champions et les chefs les plus en vue de l'impiété, tandis que d’autres ont pris part au combat en seconde ligne, après avoir succombé à la peur, à l’intérêt ou à la flatterie ou, ce qui est plus excusable, à leur propre ignorance".

"Cappadoce. Pour l'année 372, saint Basile (Ep. 92) écrit ce qui suit :

"Les hommes religieux gardent le silence, mais toutes langues impies vont bon train. Les choses sacrées sont profanées ; les laïcs qui ont gardé la vraie foi ne fréquentent pas les lieux de culte qui sont autant d'écoles d'impiété, et c'est au désert qu'ils élèvent les mains en adressant au Dieu du Ciel larmes et gémissements".

Quatre ans plus tard, il écrit (Ep. 242) :

"Voilà où nous en sommes! Les gens ont abandonné leurs maisons de prière et se réunissent dans le désert; triste spectacle : des femmes et des enfants, des vieillards, des hommes par ailleurs infirmes, cheminent lamentablement dehors, sous la pluie battante, dans la neige, le vent et la froidure de l'hiver, et, l'été, sous un soleil torride. Ils endurent tout cela parce qu'ils veulent se soustraire à l'influence perverse de l'Arianisme" ...

Ce qui s'est passé il y a plus de 1600 ans se renouvelle aujourd’hui, avec cependant deux ou trois différences... Ce qui fut alors accompli au moyen de la force physique et de la cruauté, s’effectue de nos jours à un niveau différent: l'exil est remplacé par le bannissement dans le silence de l'oubli, le meurtre l'est par l'assassinat de la réputation".

Quelle est l’affreuse et bornée revue sedevacantiste qui a bien pu imprimer de telles lignes ?...

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il s'agit de la revue lefebvriste Fideliter, publiant en son n° 17 p. 2 à 13, des extraits d'un ouvrage d'un auteur anglais : Michael Davis.

Il est clair que de nos jours, parmi ceux qui ont résisté au déferlement d’hérésies et à la nouvelle religion issues du brigandage de Vatican II , la pierre de touche de l'orthodoxie est actuellement la question dite de l'una cum.

Origine de la cristallisation des esprits fidèles sur la question de l'una cum

Il est bon de rappeler d'abord comment cette question est devenue, et devient de plus en plus, la pierre de touche de l'orthodoxie ; ensuite, quel est le sens exact de la formule una cum ; enfin, les graves implications du fait d'y mentionner J-P II.

A notre connaissance, le premier à avoir soulevé cette question a été Mgr Mamie, parti évêque catholique du diocèse suisse de Lausanne, Genève et Fribourg au concile Vatican II et revenu conciliaire ! ... Dans un communiqué du 1er juillet 1976 aux prêtres et fidèles du dit diocèse, il écrivait :

"Chaque jour à la messe, vous dites : en union avec le Pape Paul VI, avec notre évêque et son auxiliaire. Cette prière n'a de sens que si elle s'incarne dans tous les actes de votre vie. C'est la grande leçon que nous donne aujourd'hui le drame d'Ecône" (cf. Documentation Catholique août 1976 ; et notre brochure sur Mgr Lefebvre p. 57).

Puis, dans une ultime lettre à M. l’abbé D. Roch, sujet de son diocèse, il écrivait le 30/6/1976 :

"Vous avez donc été ordonné prêtre à Ecône le 29 juin, par Mgr M. Lefebvre. Ce sont là des actes graves qui blessent et qui brisent l'unité voulue par le Seigneur. Que signifient maintenant pour vous les paroles de la messe : una cum Papa nostro Paulo ? "(cf. op. cit. p. 58)

La lecture à Ecône de cet argument logique va entraîner, chez ceux qui sont d'ores et déjà convaincus que Paul VI est un antipape, la résolution de ne point le nommer au Canon de la Messe lorsqu'ils seront prêtres. Pour les autres, avec Mgr Lefebvre à leur tête, va mûrir lentement l'invention, puis la prédication ouverte de la théorie du devoir de la communion dans la désobéissance (ib. p. 51-56).

Dès lors, cette petite pierre de touche, évidemment à cause de ce qu'elle implique, va peu à peu devenir un pavé dans la mare, puis une montagne toujours grandissante.

A Ecône, à cette question de l'una cum qui germe peu à peu, vient s'annexer celle de l'oraison chantée chaque semaine au Salut du Saint-Sacrement Oremus pro Pontifice nostro N. Elle ne pose point encore de problème direct à ceux qui ne sont pas chantres qui s'abstiennent d'y répondre, mais gêne certains des chantres, devant l’entonner à tour de rôle, au point qu'ils s'en ouvrent au P. Guérard qui soutient discrètement les sedevacantistes de l’heure.

Ce dernier invente alors sa fausse distinction entre la chimère de pape materialiter qui permet à ses disciples de chanter l’Orémus un peu modifié (cf. Sub Tuum Præsidium n° 5 p. 50), et celle de non pape formaliter qui impose le devoir de ne point nommer J-P II au Canon, une fois l'ordination reçue. Ceci, dans le second trimestre de l'année 1978.

Après la Lettre n° 16 aux amis et bienfaiteurs (de décembre 1978 - janvier 1979) dans laquelle Mgr Lefebvre implore la coexistence pacifique des deux rites, la crise devient aiguë au séminaire. Aussi, en février 1979, a lieu un premier renvoi d'un diacre ne chantant pas l’Orémus et ayant répondu à des questions précises qu'il ne pourrait pas en conscience nommer J-P II au Canon.

Avant les ordinations sacerdotales de juin 1979, on demande pour la première fois, à certains des futurs ordonnés, de prêter un serment de reconnaissance de J-P II comme pape !... Par la suite (1981), cet engagement impliquant la mention de J-P II au Canon, fera partie du dossier d'inscription dans les séminaires de la Fraternité Saint Pie X (Sub Tuum Præsidium n° 7 p. 42).

Le 8 novembre 1979, c'est la fameuse déclaration de Mgr Lefebvre, disant entre autres : "la Fraternité Saint Pie X ne peut pas tolérer dans son sein des membres qui refusent de prier pour le Pape", autrement dit, refusent de reconnaître J-P II Pape et de le nommer au Canon de la Messe, ou de chanter l’Orémus.

A la suite de cette déclaration publique, plusieurs prêtres non una cum de la dite Fraternité sont logiquement amenés à protester et demandent à être jugés s'ils se trompent. Mais ils sont impitoyablement chassés sans pouvoir se défendre légalement, comme le diacre renvoyé quelques mois plus tôt.

Des faits historiques, d'une telle gravité, montrent à l'évidence que, contrairement aux affirmations de nombreux chefs de file, la Fraternité Saint Pie X, à la suite de Mgr Lefebvre, attache une grande importance à la question de l'una cum, et à ce qui va de pair avec elle : la reconnaissance publique et solennelle de J-P II comme Pape.

De là une réaction fort logique de M. l’abbé Philippe Laguérie, curé de Saint-Nicolas, au sujet duquel courait le bruit que, sans le dire, il ne serait pas una cum J-P II : levant les bras au ciel devant un jeune homme l'ayant poliment et privément interrogé là-dessus, il répondit en substance : Mais ne savez-vous pas que je suis de la Fraternité Saint Pie X, et que dans cette Fraternité nous nommons tous J-P II au Canon ! ? Telle est, certes, la position publique des lefebvristes à ce sujet. Reste à en analyser le sens et les implications.

Sens exact de I’una cum

Nous venons de voir plus haut que pour Mgr Mamie cela ne posait aucun problème de traduction : en union avec littéralement : un (ou une) avec. Mais cette pierre d'achoppement, si petite soit-elle en elle-même (comme un nouveau iota), étant devenue, dans la sandale d'un grand nombre, un petit caillou qui les empêche de marcher droit et les fait claudiquer, plusieurs fausses interprétations, appuyées sur des traductions inexactes, ont été mises en avant, pour tenter de semer la confusion afin de fuir les implications les plus claires qui en découlent. Il nous faut donc en rappeler le sens exact, avant de réfuter les quelques déformations qui en sont faites.

Il importe d'abord de noter, avec Dom Guéranger dans ses Institutions Liturgiques, que l'Église Romaine a longtemps interdit les traductions vernaculaires des Saintes Ecritures et du Missel.

Ces traductions ont été le propre d’abord des Protestants, puis des Jansénistes et des Gallicans.

Quant aux Saintes Ecritures, l'Eglise n'a permis que des traductions munies de notes explicatives inspirées des Commentaires des Pères de l'Eglise, tandis que pour le Missel les ouvrages catholiques ne donnaient, soit que des textes de méditations ou de prières adaptées aux divers moments de la Messe, soit qu'une paraphrase des textes liturgiques, comme c'est le cas de Dom Guéranger dans sa célèbre Année Liturgique ou dans ses Explications de la Sainte Messe, ou bien n'indiquaient des traductions de textes liturgiques en regard du texte latin qu'au milieu d'explications développées, comme c'est le cas du R.P. Lebrun dans son Explication des prières et des cérémonies de la Messe.

L'usage des Missels quotidiens pour les fidèles ne commença à s'étendre qu'après la 1ère guerre mondiale.

Nous allons donner ici une traduction de cette première prière du Canon, uniquement pour situer le contexte de l'una cum, avant de montrer que, à moins d'a priori partisan et d'aveuglement volontaire, les diverses et multiples traductions de l'una cum (que nous citerons) ne changent rien au problème de fond, que nous allons remettre à son véritable niveau.

Notre traduction sera volontairement la plus littérale possible (quitte à être lourde), respectant autant que faire se peut le mot à mot et l'ordre même du texte latin que nous donnerons en regard, selon la ponctuation du Missale Romanum :

"Te igitur, clementissime Pater,

per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum,

supplices rogamus, ac petimus, uti accepta habeas, et benedicas,

hæc dona, hæc munera, hæc sancta sacrificia illibata,

in primis quæ tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica :

quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris et toto orbe terrarum :

una cum famulo tuo Papa nostro N. et Antistite nostro N. (et Rege nostro)

et omnibus orthodoxis, atque catholicæ, et apostolicæ fidei cultoribus".

"Vous donc, très clément Père,

par Jésus-Christ Votre Fils Notre Seigneur,

nous prions en suppliant, et implorons, que Vous daigniez agréer, et bénir,

ces dons, ces offrandes, ces saints sacrifices sans tache,

que nous Vous offrons en premier pour Votre sainte Eglise Catholique :

afin que Vous daigniez la pacifier, la garder, l'unir, la régir dans le monde entier :

un(e) avec Votre serviteur notre Pape et notre Évêque N (et notre Roi N)

et tous les orthodoxes et observateurs de la foi catholique et apostolique".

La traduction de una cum donnée par Mgr Mamie : en union avec, est donc celle qui correspond le mieux au contexte.

Elle s'avère équivalente à celle indiquée par les anciens Dom Lefebvre (édit. 1922, 1924, 1937, 1938, 1940) (dont les traductions sont justement réputées comme les meilleures parmi celles des Missels quotidiens des fidèles en langue française) : en communion avec. On retrouve cette même traduction dans une édition de Desclée 1945.

Dans une édition Desclée-Lefebvre 1882, on trouve cette paraphrase, à l'endroit de l'una cum : dirigez notre Évêque qui est pour nous le lien sacré de l'unité.

Et avant 1945, toutes les éditions, que nous avons pu consulter, sont quasi unanimes pour rendre cette idée de communion, avec de petites variantes : aussi avec (Lebrun, XVIllè siècle), en union avec (Dom Lefebvre 1951), ensemble avec (Dom Lefebvre 1947 ; Morin 1948), ou simplement avec (Besnier 1933, 1939, 1948 ; Babin, Angers, 1925).

Néanmoins, une version Dom Lefebvre 1946, traduit una cum par : et avec elle (comme un Paroissien Romano-Lyonnais 1902, ainsi que Dom Botte, 1955, cf. Abbé Bonneterre, Le mouvement liturgique : un des auteurs du schéma de Vatican Il sur la liturgie, p. 124 - auteur du nouveau rituel des ordinations, p. 128, et grand défenseur de la nouvelle liturgie, p.143-150).

Enfin, una cum est traduit par : et aussi pour (dans les Missels Dom Lefebvre revus et corrigés par le Chanoine Osty : 1953, 1961, 1963, 1965 ; ainsi que Feder 1961, 1963 ; Paroissien Desclée 1963 ; et Morin 1963, revu, corrigé et préfacé par le très moderniste P. Bouyer, cf. Abbé Bonneterre op. cit. p. 84-93 et 149).

Il est fort instructif de se pencher sur l’avant-propos de l'édition 1963 du R.P. Morin :

"La présente édition du Missel, auquel le R.P. Morin a attaché son nom par un labeur de plus de vingt ans, a fait l'objet d'un complet renouvellement. Fidèle à l'esprit et au souci pastoral... elle voudrait répondre aux vœux de tous les fidèles, de plus en plus désireux de participer activement à la Liturgie de l'Eglise. Elle concrétise, en outre, l'esprit d'amicale collaboration qui unit les auteurs des Missels français (Biblique, Feder, Hautecombe et Morin), depuis le jour où sur l'initiative de M. le Chanoine Boulard ils ont tenu une première réunion présidée par le R.P. Roguet, représentant le Centre de Pastorale Liturgique (C.P.L.), afin d'établir une traduction commune" etc.

Or on comprend plus loin, par l'imparfait employé : le R.P. Morin était, que ce dernier était alors décédé. Passage qui laisse entrevoir bien des choses, sur les versions d'auteurs anciens, revues et corrigées après la mort de leur auteur.

C'est en général à cette dernière traduction : et aussi pour, la plus moderne, que s'attachent nos adversaires dans la question de l'una cum.

"Bene volens"... sed male disputans

Pour finir le tour des articles tendant à brouiller la signification de la mention de J-P II au Canon, il nous faut en citer un, paru dans Itinéraires (n° 265, juillet-août 1982), dont l'auteur se cachait sous le pseudonyme de Frère Benevolens O.S.B.

Le premier argument mis en avant est une citation du commentaire du R.P. Lebrun : "Il faut prier pour nos pasteurs", opportunément amputée de son contexte, que nous allons citer à la suite. Ce procédé d'amputation est repris par M. l’abbé Coache (n° 80 p. 7 note 4) qui, au passage cité plus haut, ajoute celui-ci, ainsi présenté : "Il est bien juste qu'on prie pour celui qui…"

Or voici la phrase entière du R.P. Lebrun (p. 326) :

"Il est bien juste qu'en priant pour l'unité de l'Église on prie pour celui qui est le centre de la communion, qui préside à cette Eglise, dit saint Irénée, avec laquelle il faut que tous conviennent" (autrement dit : communient, soient en communion !) D'où sa traduction de l'una cum, répétée en cet endroit : avec notre Pape.

Après cette citation tronquée du R. P. Lebrun pour appuyer sa première traduction proposée : et aussi pour,

Benevolens tente d'appuyer sa seconde : et avec elle, sur la magistrale étude de Dom Botte-Mohrmann.

Nous avons déjà signalé qui était Dom Botte. Quant à l'ouvrage Botte-Mohrmann, voici ce qu'en écrit le moderniste P. Roguet  (cf. Abbé Bonneterre, Mouvement liturgique p. 115-117) :

"Cet ouvrage est fondamental. Ses notes et ses études sont à la base de beaucoup d'options prises par les traductions françaises du Canon" (Pourquoi le canon de la Messe en français, Cerf, p. 9) ; et p. 77 : "La traduction Botte-Mohrmann est à l'origine du long cheminement qui aboutit à la traduction actuelle".

Voilà les auteurs modernistes que nos traditionalistes vont chercher pour défendre leurs traductions ! .... ou plutôt pour se justifier d'avoir adopté les traductions de ceux-ci.

Puis, pour rejeter l'idée de communion, et la traduction en union avec, l'auteur fait référence :

1°) aux prières du Vendredi Saint ;

2°) à l'Exsultet.

Or ces deux références se retournent contre lui, car

1°) aux prières du Vendredi Saint, la liturgie emploie et pro Papa nostro, pour exprimer et aussi pour ! Si tel était aussi son but dans le Canon, pourquoi y aurait-il été mis : una cum, au lieu de et pro ! ? ;

2°) dans l'Exsultet, ou plus exactement dans la Préface qui le suit, le sens de una cum est exactement le même que dans le Canon. Et même, comme le contexte de communion est encore plus évident que dans le Canon, toutes les traductions, même les plus récentes, sont unanimes à le rendre, avec de légères variantes :

- "daignez nous diriger, nous conduire, et nous conserver par votre constante protection, nous vos serviteurs, et tout le clergé, ainsi que le peuple très fidèle, avec notre Bienheureux Pape N. et notre Évêque N." (Dom Lefebvre 1922 ; Desclée 1945 ; Morin 1948 ; Paroissien Desclée 1963),

- "en union avec" (Dom Lefebvre 1937, 1947 ; Morin 1963),

- et on a même la surprise de trouver des traductions semblables, même chez les plus mauvais traducteurs de l’una cum du Canon : - "dans l'union à Notre Très Saint Père le Pape N. et à notre Evêque N." (Feder 1961, 1963),

- "en communion avec" (Lefebvre-Osty 1953, 1961, 1963, 1965).

Enfin, le dernier argument avancé est : "si una cum signifiait en union avec, l'expression "offerimus pro Ecclesia... una cum me indigno servo tuo" n'aurait aucun sens ("en union avec moi-même" !). Là encore, il faut noter que notre auteur omet la suite : "una cum me indigno servo tuo quem gregi tuo praesse voluisti".

Autrement dit, "en union avec moi-même, votre indigne serviteur, que vous avez voulu placer à la tête de votre troupeau". Or, si l'on rapporte una à Ecclesia, le sens est très clair : "Nous vous les offrons pour votre sainte Eglise catholique daignez ... l'unifier et la gouverner : en communion avec moi..."etc. Tandis que les traductions proposées par notre auteur sont manifestées inexactes, par ce même contexte : "daignez... l'unifier et la gouverner : et aussi pour moi", "et avec elle moi". Ce que renforce la ponctuation, car il n'y a pas là de point-virgule, mais bel et bien deux points.

D'autre part, nous avons vu que ces divergences de traductions ne changent rien, de toute façon, au problème de fond posé par la mention impie de l’antipape J-P II à l'endroit réservé au Vicaire du Christ.

Voilà donc un benevolens de plus, male disputans (un homme voulant bien faire, argumentant de mauvaise manière).

***

"Cependant, si l’on entendait préférer les versions récentes, la victoire serait encore de notre côté", comme le disait saint Jean Chrysostome (hom. 5 in Mt.) à propos d'un cas semblable (cf. Consummatum est I, p. 271).

Cela, car :

1°) Dans toutes ces traductions, et autres que l'on pourrait composer, le fait de nommer N. au Canon après les mots famulo tuo Papa nostro, implique nécessairement qu'on le reconnaisse comme Pape, véritable et légitime : reconnaissance solennelle et révérence liturgique qu'accentuent les rubriques soulignées par Dom Guéranger (Explications de la Sainte Messe) :

"D'abord, le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre est nommé ; et, lorsqu'on prononce son nom, on fait une inclination de la tête pour honorer Jésus-Christ dans son Vicaire. Si le Saint-Siège était vacant, cette mention serait omise".

Il est donc clair et évident que quiconque nomme actuellement J-P II au Canon le révère comme Pape (avec tout ce que cela implique) et déclare solennellement que le Saint-Siège n'est pas vacant.

2°) Quelles que soient les petites divergences de traductions de la fin de cette prière, toutes s'accordent pour marquer la nomination obligatoire du Pape N. avec "tous les orthodoxes et observateurs de la foi catholique et apostolique", ou "tous ceux qui professent la foi catholique et apostolique", "font profession de la vraie foi catholique et apostolique".

Ce que souligne également et expose Dom Guéranger (ibid.) :

"La sainte Eglise parle ici de tous les fidèles, exprimés par ce mot cultoribus, c’est-à-dire tous ceux qui sont fidèles observateurs de la foi de la sainte Eglise, car il est nécessaire d'être dans cette foi pour être compris dans le nombre de ceux dont la sainte Eglise fait mention ; il faut être orthodoxe comme Elle a soin de le dire, omnibus orthodoxis, c’est-à-dire bien pensant et professant la foi catholique, la foi qui vient des Apôtres. La sainte Eglise, en appuyant sur ces mots "omnibus orthodoxis atque catholicæ et apostolicæ fidei cultoribus", nous montre bien qu'Elle ne prie pas ici POUR ceux qui n'ont pas la foi, qui ne sont pas bien pensants ni orthodoxes, et qui ne tiennent pas leur foi des Apôtres".

Cet exposé, on ne peut plus explicite, est encore renforcé par l'usage des Diptyques ou tablettes lues publiquement en cet endroit là, et où il était absolument exclu de nommer des hérétiques ou des schismatiques.

En outre, que l'on traduise avec rectitude en union avec, ou très largement par et aussi pour, cette explication montre que cela ne change rien puisque l'Eglise ne prie point au Canon pour ceux qui n'ont pas la foi.

Et si certains, à cause de ce commentaire, sont tentés de remettre en cause l’autorité de Dom Guéranger, il leur faudra faire de même pour celles de saint Augustin et de saint Thomas :

"D'où ce que dit saint Augustin (de Anima, L. 1, ch. 9) : "Pour qui offre-t-on le corps du Christ, si ce n'est pour ceux qui sont membres du Christ ?"

C’est pourquoi "ON NE PRIE PAS, AU CANON DE LA MESSE, POUR CEUX QUI SONT HORS DE L’EGLISE" (Saint Thomas Ill a. q. 79 a. 7 ad 2).

Par conséquent, nommer l’antipape J-P II en cette première prière du Canon de la Messe, revient à manifester extérieurement et solennellement, dans l'action et au moment le plus sacrés qui soient, qu’on le tient pour Pape, bien pensant et professant la foi catholique venant des Apôtres. C'est le reconnaître et proclamer publiquement Chef de l'Eglise Catholique, Vicaire du Christ sur terre, avec tout ce qui en découle.

Dès lors le proclamer hérétique public et apostat dans des sermons, des déclarations, des articles ou des tracts, serait non seulement illogique et contradictoire, mais de plus un crime public de lèse-papauté ! En outre, cela implique une hérésie : à savoir tenir qu'un hérétique ou apostat public puisse être Pape et le demeurer.