Sel de la Terre n° 53, été 2005

3 articles :

Éditorial - Fatima, Benoît XVI et la crise dans l'Église

Le cardinal Ratzinger commente le message de Fatima

par le frère Pierre-Marie O.P.

La neutralisation du troisième secret de Fatima

par frère Louis-Marie O.P.

p. 1

Éditorial

Fatima, Benoît XVI et la crise dans l'Église

Ayez confiance, j'ai vaincu le monde (Jean 17, 33).

A la fin mon Cœur Immaculé triomphera (13 juillet 1917 à Fatima).

Il n'y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se référant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, des familles du monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations, il n'y a aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire (Lucie au père Fuentès, 1957).

Le 17 octobre 1917 eut lieu le plus grand miracle de l'histoire de l'Église, du moins quant au nombre de personnes qui en furent les témoins. Il faut remonter à la sortie d'Égypte, quinze siècles avant notre ère, et à la grandiose manifestation du Sinaï, pour trouver quelque chose de comparable.

Si Dieu a voulu donner une telle «publicité» au message de Fatima, ce n'est pas sans raisons.

Pourtant ces raisons ne sont apparues clairement que dans la suite.

Sans doute, la sainte Vierge avait dit aux enfants de Fatima : «La Russie répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église». Mais cette partie du message resta secrète jusqu'en 1941.

A partir de ce moment-là, l'importance du message de Fatima a commencé à devenir visible par tous : on comprenait que la sainte Vierge était venue nous prévenir du danger du communisme et nous donner les moyens de le vaincre.

Toutefois, il ne s'agissait pas seulement du communisme. Le message de Fatima contenait une troisième partie qui devait être révélée au plus tard en 1960, «parce qu'en 1960 cela apparaîtra plus clair[1]».

1960 a été en effet le début d'une nouvelle ère, d'un «nouvel âge» dans l'Église : Gaudium et spes, la joie et l'espoir de Vatican II, ont commencé à

p. 2

déferler sur la sainte Épouse de Notre-Seigneur Jésus-Christ, y produisant des dévastations infiniment plus graves que celle du communisme athée.

Depuis 1960, l'Église est engagée dans une crise qui est certainement la plus grave de toute son histoire et dont nous ne voyons pas la fin.

Pourtant nous pouvons avoir une certitude, et ce numéro du Sel de la terre voudrait le montrer : la solution à la crise actuelle est liée à Fatima.

***

A Fatima, la sainte Vierge n'a pas demandé des choses extraordinaires. Essentiellement, ce qu'elle a demandé, c'est : 1°. La récitation quotidienne de notre chapelet. – 2°. La dévotion à son Cœur Immaculé. – 3°. La pratique de la dévotion des «cinq premiers samedis». – 4°. La consécration de la Russie à son Cœur Immaculé par le pape.

Le Ciel a envoyé des «signes» fort clairs aux papes pour les engager à obéir ses demandes. Rappelons-en quelques uns :

Le pape Pie XII fut consacré évêque le jour de la première apparition de Notre-Dame à Fatima, le 13 mai 1917 ; durant son pontificat, il bénéficia à plusieurs reprises, entre les 30 octobre et 8 novembre 1950 dans les jardins du Vatican II, d'un miracle semblable à celui de la danse du soleil du 13 octobre 1917.

Jean-Paul II, qui venait d'un pays soumis au communisme, subit un attentat le 13 mai 1981. Le pape a bien compris qu'il y avait là un lien avec Fatima, mais il n'en a pas tiré les conséquences pratiques.

***

Or la hiérarchie de l'Église, surtout depuis 1960, n'a pas été dans le sens de la réalisation de ces demandes.

•      La dévotion au rosaire a considérablement régressé. Le pape Jean-Paul II, en ajoutant «5 mystères lumineux» a même rendu incompréhensible la demande de la sainte Vierge aux petits pâtres : celle-ci leur demandait de réciter «o terzo», le tiers du rosaire, comme disent les Portugais. Comment faire pour réciter le tiers du «nouveau rosaire» de 20 mystères ?

•      La dévotion au Cœur Immaculé de Marie a fortement diminué depuis 1960: la fête du Cœur Immaculé de Marie est passée au rang de simple mémoire. Les autorités romaines ignorent cette dévotion, et ce qu'elles en disent manifestent leur incompréhension, pour ne pas dire leur mépris (voir dans ce numéro l'article sur le commentaire du cardinal Ratzinger sur le message de Fatima).

p. 3

•      La pratique des cinq premiers samedis du mois n'a jamais été encouragée par Rome, ni même officiellement reconnue... Pourtant c'est une chose si simple[2]. Comment expliquer cela ?

•      La consécration de la Russie au Cœur Immaculé par le pape n'a jamais été faite comme la sainte Vierge l'avait demandée (voir l'article sur ce sujet dans ce numéro).

Ainsi, loin d'obéir aux demandes du Ciel, les autorités de l'Église, surtout depuis 1960, se sont engagées dans une voie diamétralement opposée : au lieu de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, ils ont propagé «le culte de l'homme»; et même, au lieu d'honorer la sainte Vierge, ils l'ont méprisée au Concile[3] ; au lieu de résister au communisme et d'encourager le témoignage de la foi jusqu'au martyre, ils se sont lancés dans l'Ostpolitik et la compromission avec les ennemis de l'Église ; au lieu de chercher à convertir les nations (la Russie notamment) ils ont enterré la doctrine du Christ-Roi et inventé une nouvelle doctrine de «liberté religieuse» ; au lieu de chercher à faire revenir les schismatiques orthodoxes dans le sein de l'Église, ils ont renoncé au «prosélytisme» à leur égard et rejeté, de facto, l'uniatisme[4].

Le nouveau pape Benoît XVI est confronté à Fatima depuis au moins vingt ans : en tant que préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, c'est lui qui devait s'occuper de ce dossier. Il était chargé de la garde du «troisième secret» – qu'il lut et qu'il fut ensuite chargé de publier –, il donnait les autorisations de visite à sœur Lucie, il fit mettre sous scellés la cellule de cette dernière quelques mois avant d'être élu pape, etc.

Comme ses prédécesseurs, il paraît mal disposé pour obéir aux demandes de Notre-Dame du Rosaire. Encore cardinal, il a affirmé que Fatima était une révélation privée, «dont il n'est nullement obligatoire de faire usage»[5] ; il semble ne pas comprendre ce qu'est la dévotion au Cœur Immaculé de Marie[6], et il partage la version «religieusement correcte» de la consécration de la Russie déjà faite par Jean-Paul II.

p. 4

***

Sans doute, Fatima reste une révélation privée ; sans doute, celle-ci n'a pas l'autorité de la foi : mais elle n'en a pas moins une très grande autorité.

Ne pas obéir à ce que Dieu demande à Fatima («il veut répandre la dévotion à mon Cœur Immaculé») n'est pas forcément une faute contre la foi, mais c'est une grave imprudence, voire une grave désobéissance.

La Providence a ses voies, elle a ses plans.

Tous les bons catholiques français savent que la Révolution de 1789 fut, entre autres, une punition pour le refus de la consécration de la France au Sacré-Cœur qui avait été demandée en 1689 à sainte Marguerite-Marie dans une révélation privée.

Le roi de France devait faire cette consécration, et il ne l'a pas faite. Les papes devaient obéir aux demandes du Ciel à Fatima, et ils ne l'ont pas fait : «Comme le roi de France, ils s'en repentiront, et ils le feront, mais ce sera bien tard»[7].

***

Aujourd'hui, la crise est parvenue à un tel degré de gravité qu'il ne reste plus d'espoir que dans une intervention particulière de la Providence.

Il y a tout lieu de penser que cette intervention sera liée au Cœur Immaculé de Marie : d'une part parce que, selon Fatima, «Dieu veut répandre cette dévotion», d'autre part parce que dans les derniers temps doit éclater le triomphe de la sainte Vierge Marie (voir l'article sur Fatima et saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans ce numéro).

Nous avons l'assurance qu'un jour le pape fera la consécration de la Russie demandée à Fatima («ils le feront»), et donc qu'il répondra enfin aux demandes du Ciel.

Le pape actuel, formé dans la nouvelle théologie, semble incapable de comprendre les raisons de la crise dans l'Église et, par conséquent, de prendre les mesures pour en sortir.

Mais la Providence a voulu lui donner un moyen simple, à sa portée, pour résoudre cette crise : obéir aux exigences de Fatima.

Un tel acte serait déjà un premier pas dans un retour vers la Tradition : l'acte de consécration de la Russie est un acte qui doit être imposé par le pape personnellement (contre la collégialité), qui affirme son autorité sur la Russie (contre le schisme orthodoxe), qui met en valeur la médiation de la sainte

p. 5

Vierge (contre le faux œcuménisme avec les protestants), auquel est attachée la conversion d'un pays en tant que pays (contre la liberté religieuse) ; la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois rappelle que le péché offense Dieu et que l'on doit prier et se sacrifier pour empêcher les âmes de tomber en enfer (contre la nouvelle théologie).

Dans son livre Fatima-Rome-Moscou[8], M. l'abbé Mura fait remarquer que la consécration au Cœur Immaculé de Marie s'oppose aux tentatives purement humaines de paix mondiale, et suppose une théologie d'un vrai retour à la foi de l'Église, car, par le retour des schismatiques à l'unité romaine qu'elle doit causer, elle est anti-œcuménique par excellence et est l'antidote de toute la réforme conciliaire.

Remarquons aussi que cette démarche ne serait pas humiliante pour Rome, car, dans la mesure où les autorités romaines pensent avoir déjà fait cette consécration, il leur suffit de la «renouveler», en respectant toutefois à cette occasion les conditions posées par la sainte Vierge à Fatima.

Mgr Fellay, dans un entretien avec la revue The Latin mass, déclarait que ce serait le premier conseil qu'il donnerait à la hiérarchie romaine, si le cas se présentait:

T.L.M. Si vous pouviez donner un conseil à la hiérarchie romaine, que lui diriez-vous ? Quels seraient les points les plus critiques qui auraient besoin d'être corrigés pour enrayer la crise de l'Église?

Mgr F. Avant tout, l'Église catholique est essentiellement surnaturelle et non pas humaine - bien que l'humain y tienne une place importante -, il faut donc que cette vision surnaturelle des choses soit rétablie. C'est appliquer la foi aux situations concrètes ; c'est compter sur l'aide de Dieu pour résoudre d'immenses problèmes. A ce niveau surnaturel, la consécration demandée par Notre-Dame à Fatima serait très importante[9].

Sans doute, la clef de la solution à la crise dans l'Église est dans les mains du pape. Mais chacun d'entre nous doit préparer et hâter ce triomphe du Cœur Immaculé de Marie, en connaissant et faisant connaître le message de Fatima, et en obéissant, autant qu'il est en nous, aux demandes de la Reine du très saint Rosaire.

Ce numéro spécial devrait nous y encourager, car il explique – outre l'importance de Fatima pour la politique mondiale et pour l'Église universelle – son impact dans notre vie quotidienne : ce qu'est la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, la vie exemplaire de François et de

p. 6

Jacinthe, l'exemple de l'Armée bleue, etc. La lecture de ces pages sera une aide pour prier, vivre en famille, éduquer nos enfants, combattre l'ennemi et nous sanctifier de la manière que la sainte Vierge nous a indiquée à Fatima.

Remerciements

Au seuil de ce numéro spécial sur Fatima et le Cœur Immaculé de Marie, nous tenons à remercier tout spécialement M. l'abbé Fabrice Delestre, de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, pour son aide, son dévouement, sa documentation et ses précieux conseils.

p. 7

ÉTUDES

«Dites bien à vos religieux que la pensée du pape est contenue dans le message de Fatima. Dites-leur qu'ils continuent avec le plus grand enthousiasme à travailler à la propagande du culte de Notre-Dame du Rosaire à Fatima».

PIE XII, janvier 1953. au R.P. Suarez O.P. (maître de l'Ordre des frères prêcheurs).

p. 102

Le cardinal Ratzinger commente le message de Fatima

par le frère Pierre-Marie O.P.

Le 26 juin 2000, le Vatican publiait le «troisième secret de Fatima» en le faisant accompagner d'un «commentaire théologique du message de Fatima» rédigé par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, devenu depuis le pape Benoît XVI[10].

Nous avons déjà attiré l'attention de nos lecteurs sur ce commentaire[11]. Nous y revenons ici. Il est en effet important de comprendre la lecture du message de Fatima que font les autorités romaines. Cela permet d'expliquer, en partie du moins, leurs réactions, ou absence de réactions, aux demandes de la sainte Vierge Marie.

La révélation, processus vital

Le cardinal commence par énoncer la distinction classique entre la Révélation publique et les révélations privées.

Ce qui est moins «classique», c'est la façon de présenter la Révélation publique :

Le terme «révélation publique» désigne l'action révélatrice de Dieu, qui est destinée à l'humanité entière et qui a trouvé son expression littéraire dans les deux parties de la Bible : l'ancien et le nouveau Testament.

On l'appelle «révélation» parce que, en elle, Dieu s'est fait connaître progressivement aux hommes, au point de devenir lui-même homme, pour attirer à Lui et réunir à Lui tout le monde, par Son Fils incarné, Jésus-Christ. Il ne s'agit donc pas de communications intellectuelles, mais d'un processus vital, par lequel Dieu s'approche de l'homme ; et dans ce processus, tout naturellement, se dévoilent aussi un contenu qui intéresse également l'intelligence et la compréhension du mystère de Dieu. Le processus concerne l'homme tout entier et donc aussi la raison, mais pas seulement cette dernière.

p. 103

Traditionnellement on présentait la Révélation comme étant formellement (essentiellement) une «supernaturalis locutio Dei ad hommes»[12], une «locutio Dei ad hommes [...] supernaturalis (...] immutabilis»[13].

Le cardinal ne nie pas que la Révélation soit aussi cela («le processus concerne [...] aussi la raison»), mais il affirme qu'elle n'est pas d'abord cela : il s'agit d'abord d'un «processus vital», qui «concerne l'homme tout entier»[14].

Pour un lecteur peu instruit du modernisme, ce petit changement pourrait paraître secondaire, insignifiant.

En réalité il est capital.

En effet, pour le modernisme, la foi n'est pas d'abord un assentiment de la raison à la parole de Dieu, mais un sentiment qui émerge des profondeurs du cœur sous l'influence d'une expérience du divin. Ensuite, dans un deuxième temps, le croyant transcrira cette expérience en formulations intellectuelles (les dogmes de foi).

La présentation du cardinal s'inscrit dans cette perspective moderniste : «Il ne s'agit donc pas de communications intellectuelles, mais d'un processus vital, par lequel Dieu s'approche de l'homme», nous dit-il.

Il ne s'agit pas d'une «communication intellectuelle», mais d'un processus - une expérience diraient les premiers modernistes - dans lequel «tout naturellement se dévoile aussi un contenu qui intéresse également l'intelligence». Un processus, ou une expérience, - nous prolongeons quelque peu la pensée du cardinal - qui se déroule en somme dans le fond de notre être, avant de devenir conscient dans notre intelligence : c'est-à-dire une expérience, ou un processus, subconscient.

Citons quelques passages de l'encyclique Pascendi qui montreront la parenté de cette conception avec celle des modernistes dénoncés par saint Pie X :

La foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime engendré lui-même par le besoin du divin. Ce besoin, d'ailleurs, ne se trahissant que dans de certaines rencontres déterminées et favorables, n'appartient pas de soi au domaine de la conscience : dans le principe, il gît au-dessous, et, selon un vocable emprunté de la philosophie moderne, dans la subconscience, où il faut ajouter que sa racine reste cachée, entièrement inaccessible à l'esprit. [...]

Nous n'avons vu jusqu'ici, Vénérables Frères, aucune place faite à l'intelligence. Selon les modernistes, elle a pourtant sa part dans l'acte de foi, et il importe de dire laquelle. Le sentiment dont il a été question – précisément parce qu'il est sentiment et non connaissance – fait bien surgir Dieu en l'homme, mais si confusément encore que Dieu, à vrai dire, ne s'y distingue pas, ou à peine, de l'homme lui-même. Ce sentiment, il faut donc qu'une lumière le vienne irradier, y mettre Dieu en relief dans une certaine opposition avec le sujet. C'est l'office de l'intelligence, faculté de pensée et d'analyse, dont l'homme se sert pour traduire, d'abord en représentations intellectuelles, puis en expressions verbales, les phénomènes de la vie dont il est le théâtre.

De là ce mot devenu banal chez les modernistes : l'homme doit penser sa foi.

L'intelligence survient donc au sentiment et, se penchant en quelque sorte sur lui, y opère à la façon d'un peintre qui, sur une toile vieillie, retrouverait et ferait reparaître les lignes effacées du dessin ; telle est, à peu de chose près, la comparaison fournie par l'un des maîtres des modernistes.

Or, en ce travail, l'intelligence a un double procédé : d'abord, par un acte naturel et spontané, elle traduit la chose en une assertion simple et vulgaire ; puis, faisant appel à la réflexion et à l'étude, travaillant sur sa pensée, comme ils disent, elle interprète la formule primitive au moyen de formules dérivées, plus approfondies et plus distinctes. Celles-ci, venant à être sanctionnées par le magistère de l'Église, constitueront le dogme[15].

Il y aurait sans doute quelques différences à noter entre la présentation du cardinal et celle des premiers modernistes. Mais le point commun - capital -, c'est que la rencontre de Dieu et de l'homme ne se fait pas d'abord dans l'intelligence.

Les conséquences sont graves.

En effet c'est l'intelligence qui est la «faculté de l'être», c'est par l'intelligence que je peux connaître l'être, que je peux m'ouvrir à l'extérieur. Cela est vrai au niveau naturel, comme au niveau surnaturel : c'est pourquoi la foi, vertu qui se greffe sur la raison, est le fondement de la vie surnaturelle. C'est parce que je crois en Dieu, que je peux entrer en contact avec Lui.

Mais pour les modernistes, cette intellectualisme est un «système qui fait sourire de pitié, et dès longtemps périmé» (Pascendi). Nous avons d'abord quelque «expérience vitale», intime, inexprimable, de la réalité. Ensuite notre intelligence, travaillant sur cette expérience, la traduira en concepts, en mots, en phrases.

Le drame, c'est que cette «expérience», qui ne se situe pas au niveau de l'intelligence («il ne s'agit pas de communication intellectuelle»), est nécessairement subjective. Seule, nous l'avons dit, l'intelligence, permet de sortir du sujet pour atteindre l'objet «en soi», la réalité extra-mentale.

p. 6

Voilà pourquoi les modernistes, et les néomodernistes à leur suite, sont nécessairement relativistes : la vérité n'est pas l'adéquation à une réalité extérieure, immuable, elle est la traduction d'une expérience vitale - d'un processus vital -, elle est donc changeante, variable, «vivante».

Par là même, la vérité ne sera plus contraignante. Ou du moins, si elle exerce quelque contrainte, ce sera seulement pour un certain temps : car la vérité évolue, comme la vie, comme l'expérience vitale ou le processus vital, qui lui a donné naissance.

Sans doute les néomodernistes ne tireront pas toujours toutes les conséquences de leurs principes. Ils s'arrêteront parfois à mi-chemin, retenus - illogiquement - par quelques attaches à la religion du passé[16]. Mais les principes une fois posés, les conséquences suivront tôt ou tard.

Pour ceux qui voudraient approfondir cette question de la subjectivisation de la foi - point capital de la crise dans l'Église -, nous les renvoyons aux travaux des deux Symposiums de théologie de Paris[17].

Révélations privées : le subjectivisme s'accentue

Nous venons de voir que la Révélation publique a perdu une partie de son objectivité en devenant le résultat d'un «processus vital».

La tendance au subjectivisme s'accentue avec les révélations privée Tâchons de pénétrer la pensée du cardinal.

Déjà, nous dit-il, il y a un élément subjectif dans la connaissance par les sens externes :

Déjà dans les visions extérieures, il existe aussi un facteur subjectif : nous ne voyons pas l'objet pur, mais celui-ci nous parvient à travers le filtre de nos sens, qui doivent accomplir un processus de traduction.

Comme nous l'avons déjà analysé ailleurs[18], le cardinal part ici d'u présupposé de la philosophie idéaliste : nos facultés de connaissance ne sont pas de pures puissances, elles interfèrent dans tous nos actes de connaissance

p. 106

Ce que nous voyons, ce n'est pas «l'objet pur», l'objet tel qu'il est dans la réalité, c'est un produit déjà transformé par mon activité, le résultat d'un «processus de traduction».

«Processus vital» pour la Révélation, «processus de traduction» pour les sens externes : nous retrouvons le même facteur «subjectivisant». Le cardinal, sans doute influencé par la philosophie idéaliste allemande, ne conçoit pas qu'on puisse connaître l'objet tel qu'il est en lui-même.

Pourtant cela est nécessaire pour la véracité de notre connaissance : «La vérité de nos sens externes postule que ceux-ci atteignent leurs objets immédiatement dans leur présence "transsubjective"»[19]. Gredt parle de présence «transsubjective» [= au-delà du sujet] pour bien affirmer que ce que nous connaissons, c'est l'objet tel qu'il est en lui-même, et non pas tel qu'il serait produit (même partiellement) par notre faculté de connaissance. Si ce que je connais est, même partiellement, le produit de l'activité de mes sens, comme tout ce que je connais passe par mes sens, je ne pourrai jamais connaître l'objet tel qu'il est, et je ne pourrai jamais vérifier que mes sens ne me trompent pas : je suis acculé au scepticisme, à moins de m'en sortir par un «acte de foi». Mais alors, nous ne sommes plus dans la philosophie réaliste.

Remarquons ici, pour répondre à une question d'un lecteur, que lorsque nous disons que nos sens atteignent «l'objet en soi», nous ne voulons pas dire qu'ils atteignent un objet à distance : ce que je vois, ce n'est pas la couleur qui est dans l'arbre, mais celle qui est au contact avec ma rétine. C'est cette couleur au contact avec ma rétine, extérieure à mes sens, que je connais. Je peux ensuite, par une série d'expérience, examiner s'il y a eu transformation de cette couleur dans le milieu transmetteur, et donc connaître avec certitude la couleur de l'arbre. Ce que je ne pourrais faire si ce que je vois n'est que le résultat «d'un processus de traduction réalisé par mes sens» comme le dit le cardinal, ou, pour prendre le langage de Kant qui est à l'origine de cet idéalisme moderne, le résultat d'une «forme a priori de ma sensibilité» s'appliquant à un «objet en soi» qui me serait toujours inaccessible.

Toutefois, nous ne sommes pas au bout de notre «subjectivisation» : dans le cas d'une apparition comme celle de Fatima, le cardinal nous affirme qu'intervient un nouveau «facteur subjectif» :

Il est clair que, dans les visions de Lourdes, Fatima, etc., il ne s'agit pas de la perception normale extérieure des sens : les images et les figures qui sont vues ne se trouvent pas extérieurement dans l'espace, comme s'y trouve par exemple un arbre ou une maison. Cela est absolument évident, par exemple, en ce qui concerne la vision de l'enfer (décrite dans la première partie du «secret» de

p. 107

Fatima) ou encore la vision décrite dans la troisième partie du «secret», mais cela peut se montrer très facilement aussi pour les autres visions, surtout parce que toutes les personnes présentes ne les voient pas, mais en réalité seulement les «voyants».

Le premier argument du cardinal est une «évidence absolue» : la vision de l'enfer ne saurait être une vision extérieure.

Nous ne voyons aucune évidence absolue là dedans... L'enfer est bien « une réalité qui se trouve extérieurement dans l'espace» (n'est-ce pas M. le cardinal ?). Le fait que l'enfer se trouve à une certaine distance et n'est pas normalement visible à nos yeux ne gêne pas la toute puissance divine. Nous sommes bien capables de transmettre des images à distance par des ondes électromagnétiques : Dieu (ou Ses anges, qui connaissent mieux que nous les lois de la transmission des ondes et peuvent intervenir dans notre monde avec la permission de Dieu) a très bien pu faire voir l'enfer à distance aux trois enfants, sans que les personnes situées autour ne le voient.

Le deuxième argument du cardinal est que «toutes les personnes présente: ne voyaient pas, mais en réalité seulement les "voyants"». Nous avons déjà répondu que cela n'est pas un problème pour la toute puissance divine. Saint Paul a bien vu Notre-Seigneur ressuscité sur le chemin de Damas, alors que ses compagnons ne le voyaient pas. Et il s'agissait bien d'une vision externe puisque saint Paul en est devenu aveugle.

Avec cet argument du cardinal, il nous faudrait dire que la «danse du soleil» le 13 octobre 1917 fut aussi une «vision intérieure» : en effet, seuls les personnes présentes sur les lieux et dans les environs ont vu le soleil bouger. A Paris, à Londres et à Rome, personne n'a rien remarqué.

Ou encore, il faudrait dire que les enfants n'ont pas réellement communie de la main de l'ange en 1916, mais qu'ils ont expérimenté un «toucher intérieur», croyant que leur langue touchait l'hostie ou le précieux sang. Ce n'est pas sérieux, M. le cardinal.

Il est bien clair qu'il s'est passé quelque chose d'extérieur à Fatima : non seulement la danse du soleil, non seulement la communion des trois pastoureaux, mais bien l'apparition de la sainte Vierge et les paroles qu'elle a prononcées. D'ailleurs le cardinal omet de nous dire que les personne présentes voyaient la branche du chêne-liège ployer sous le poids de l'apparition (peut-être M. le cardinal nous expliquera-t-il que le chêne-liège a aussi quelque «toucher intérieur» qui l'a fait se ployer ?), et qu'elle entendaient un susurrement (dont elles ne percevaient pas le sens).

p. 108

L'autorité du message de Fatima : nulle

Avec toute cette subjectivisation, les enfants ont beaucoup ajouté du leur :

Le sujet, le voyant, est engagé de manière encore plus forte [que dans les visions extérieures]. Il voit avec ses possibilités concrètes, avec les modalités représentatives et cognitives qui lui sont accessibles. Dans la vision intérieure, il s'agit encore plus largement que dans la vision extérieure d'un processus de traduction, de sorte que le sujet est de manière essentielle participant de la formation, sous mode d'images, de ce qui apparaît. L'image peut advenir seulement selon ses mesures et ses possibilités. Ces visions ne sont donc jamais de simples «photographies» de l'au-delà, mais elles portent aussi en elles-mêmes les possibilités et les limites du sujet qui perçoit. [...] Les images sont plutôt, pour ainsi dire, une synthèse de l'impulsion qui provient d'En Haut et des possibilités de ce fait disponibles du sujet qui perçoit, en l'occurrence des enfants. [...] La conclusion du «secret» rappelle des images que sœur Lucie peut avoir vues dans des livres de piété et dont le contenu provient d'anciennes intuitions de foi.

Sans doute le cardinal ne nie pas qu'il y a eu, ou qu'il y a pu y avoir, une intervention du Ciel à Fatima. Toutefois, comme «le sujet est de manière essentielle participant de la formation, sous mode d'images, de ce qui apparaît», on comprend qu'il est impossible de savoir exactement ce qui vient du Ciel et ce qui vient de l'imagination des voyants. Il est possible, par exemple, que la vision du feu de l'enfer soit simplement une image que «sœur Lucie peut avoir vues dans des livres de piété» : il n'y a pas lieu de trop prendre cela à la lettre.

Le cardinal en tire deux conclusions :

C'est pour cela que le langage imaginatif de ces visions est un langage symbolique.

Ainsi la description de l'enfer utilise un «langage symbolique» ; de même, sommes-nous invité à penser, la demande de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Cela laisse évidemment une grande place à l'interprétation, tâche que se réserve le Vatican : «L'interprétation ne me regarde pas, elle regarde le pape»[20].

Mais ce n'est pas tout : étant le résultat d'un tel travail de subjectivisation, les révélations privées vues par le cardinal n'ont plus aucun caractère d'obligation :

p. 109

Un tel message peut être une aide valable pour comprendre et mieux vivre l'Évangile à l'heure actuelle; c'est pourquoi il ne doit pas être négligé. Il est une aide qui est offerte, mais dont il n'est nullement obligatoire de faire usage.

Voilà sans doute où l'on voulait en venir : Fatima ne nous oblige à rien. Ni à propager la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, ni à répandre la pratique des cinq premiers samedis du mois, ni à faire la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Non, le cardinal, maintenant devenu pape, nous l'a dit : «il n'est nullement obligatoire de faire usage» du message de Fatima.

Nous voilà prévenu : à vues humaines, il n'y aura pas de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie sous le pontificat de Benoît XVI.

Le Cœur Immaculé de Marie vu par le cardinal

D'ailleurs, pourquoi une telle consécration, pourquoi même la dévotion au Cœur Immaculé de Marie ? Cela paraît surprenant au cardinal :

Comme chemin vers ce but [le salut des âmes], est indiquée - de manière surprenante pour des personnes provenant de l'ère culturelle anglo-saxonne et allemande - la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

Aussi, sans doute pour rassurer les «personnes provenant de l'ère culturelle anglo-saxonne et allemande», le cardinal explique ce qu'il entend par Cœur Immaculé de Marie, c'est-à-dire le résultat du «processus vital» ou du «processus de traduction» qu'il opère pour le rendre acceptable à l'Église conciliaire œcuménique (il ne faut pas choquer nos «frères séparés») :

Pour comprendre cela, une brève indication suffira ici. «Cœur» signifie dans le langage de la Bible le centre de l'existence humaine, la jonction entre la raison, la volonté, le tempérament et la sensibilité, où la personne trouve son unité et son orientation intérieure. Le «Cœur immaculé» est, selon Mt 5, 8, un cœur qui, à partir de Dieu, est parvenu à une parfaite unité intérieure et donc «voit Dieu». La «dévotion» au Cœur Immaculé de Marie est donc une façon de s'approcher du comportement de ce cœur, dans lequel le flat - que ta volonté soit faite - devient le centre qui informe toute l'existence.

Remarquons-le : dans son «indication» sur la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, le cardinal ne parle pas de Notre-Dame. On a même l'impression qu'il esquive le sujet. Si bien qu'être dévot au Cœur Immaculé de Marie - du point de vue du cardinal - ne signifie pas réciter son chapelet[21], ni se

p. 110

consacrer au Cœur Immaculé de Marie, ni même aimer la sainte Vierge, non, cela signifie chercher une «parfaite unité intérieure» qui permet de «voir Dieu», et par là s'approcher du comportement de Marie.

Certains penseront que le Zen ou la méditation transcendantale sont plus appropriés que le chapelet pour arriver à ce but.

Il y a une deuxième (et dernière) mention du Cœur Immaculé de Marie un peu plus loin :

Je voudrais enfin reprendre encore une autre parole-clé du «secret» devenue célèbre à juste titre : «Mon Cœur Immaculé triomphera». Qu'est-ce que cela signifie ? Le Cœur ouvert à Dieu, purifié par la contemplation de Dieu, est plus fort que les fusils et que les armes de toute sorte. Le fiat de Marie, la parole de son cœur, a changé l'histoire du monde, parce qu'elle a introduit le Sauveur dans le monde - car, grâce à son «oui», Dieu pouvait devenir homme dans notre monde et désormais demeurer ainsi pour toujours.

Remarquons que le cardinal, dans les deux passages où il parle du Cœur Immaculé de Marie, n'explique pas la véritable signification de cette expression : la sainte Vierge a un cœur immaculé, parce qu'elle est absolument pure de tout péché, y compris le péché originel (et non pas parce qu'elle à un cœur «ouvert à Dieu, purifié par la contemplation de Dieu»).

Ces explications du cardinal paraissent même forcées. On a l'impression qu'il est dans l'embarras[22].

En fait, le cardinal nous donne ici le résultat d'un «processus de traduction» qui déforme considérablement la réalité. «Traduttore, traditore», dit l'aphorisme.

Ainsi, en citant sœur Lucie, le cardinal a laissé de côté le début de la phrase : «A la fin, mon Coeur Immaculé triomphera».

Il ne s'agit pas, dans le message de Fatima, du fiat de la sainte Vierge, prononcé il y a plus de 2000 ans. Il s'agit du triomphe du Cœur Immaculé de Marie qui doit arriver «à la fin», après la consécration de la Russie.

Consécration que nous souhaitons voir réalisée le plus tôt possible, car il est déjà tard.

p. 111

La neutralisation du troisième secret de Fatima

par frère Louis-Marie O.P.

La question ici abordée est complexe et fort débattue. L'article qui suit n'entend pas la trancher de façon définitive, mais apporter des éléments d'information et de réflexion.

Il s'inspire librement des travaux publics ou privés de différents auteurs, parmi lesquels nous tenons à remercier spécialement messieurs les abbés Fabrice Delestre, François Knittel et Gérard Mura - quelles que puissent être les divergences d'appréciation sur certains détails.

Le Sel de la terre.

Bref historique du secret de Fatima

Les trois parties d'un même secret

C’est le 13 juillet 1917, lors de sa troisième apparition à la Cova da Iria, que la très sainte Vierge confie aux enfants de Fatima ce que l'on appelle couramment le secret de Fatima (Lucie et Jacinthe seules entendent les paroles de Notre-Dame ; François voit, mais n'entend pas).

En juillet-août 1941, rédigeant son troisième Mémoire sur les apparitions, sœur Lucie précise, pour la première fois, que ce secret comprend trois éléments différents : «Le secret comprend trois choses distinctes, écrit-elle, et j'en dévoilerai deux».

Elle livre alors la description de la vision de l'enfer (premier élément du secret) puis les paroles que prononça Notre-Dame après cette vision (deuxième élément[23]).

p. 112

Quelques mois plus tard cependant, en octobre-décembre 1941, rédigeant son quatrième Mémoire, Lucie ajoute une petite phrase à la fin des paroles de Notre-Dame : «Au Portugal se conservera toujours le dogme de la vraie foi» («Em Portugal se conservard sempre o dogma da fé»). Elle fait suivre cette phrase d'un «etc.» qui tient, à n'en pas douter, la place de la troisième partie du secret.

Ces huit mots feront couler beaucoup d'encre. D'abord, à cause de leur signification implicite (une telle promesse laisse entendre qu'il n'en sera pas ainsi en d'autres pays[24]). Mais surtout à cause de leur proximité avec la troisième partie. Ce petit bout de phrase, qui se rattache difficilement à ce qui précède, annoncerait-il le thème de ce qui suit ?

Lucie rédige la troisième partie (janvier 1944)

C'est en 1944 seulement que sœur Lucie met par écrit le troisième secret[25]. Le 7 octobre 1941, pressée par le chanoine Galamba, elle avait répondu qu'elle n'avait pas encore reçu la permission du Ciel. Mais en octobre 1943, Mgr da Silva lui donne formellement l'ordre de le faire. Sœur Lucie, écartelée entre l'obéissance à l'évêque et l'obéissance au Ciel (qui n'a toujours pas donné son accord) ressent pendant presque trois mois une terrible agonie. Le 2 janvier 1944, Notre-Dame lui apparaît à l'infirmerie de Tuy, la réconforte et lui

p. 113

confirme l'autorisation divine. Le lendemain, Lucie rédige donc le secret. Le 17 juin, elle fait transmettre à Mgr da Silva l'enveloppe qui le contient. L'évêque n'ose pas l'ouvrir. Le 8 décembre 1945, il insère l'enveloppe de sœur Lucie dans une autre enveloppe, cachetée à la cire, qu'il gardera dans le coffre de la curie épiscopale jusqu'en 1957.

La date de 1960

Quand doit donc être révélée cette troisième partie du secret ? Sœur Lucie l'a précisé à plusieurs témoins : en 1960[26]

Pourquoi à cette date ? Sœur Lucie répond : «Parce que la sainte Vierge le veut ainsi»[27]. Et au cardinal Ottaviani qui lui rend visite à Coïmbra le 17 mai 1955, Lucie précise : «Parce que, alors, il apparaîtra plus clair».

La date fatidique approche et, fin 1956 ou début 1957, le Saint-Office réclame le manuscrit que Mgr da Silva n'a pas voulu lire. Mgr Venancio porte en mars 1957 au nonce apostolique à Lisbonne l'enveloppe scellée contenant le secret. L'enveloppe parvient au Vatican le 4 avril. Pie XII ne l'ouvre pas, mais la range dans son bureau personnel, dans un petit coffre portant la mention Secretum Sancti Officii. Il meurt le 9 octobre 1958, sans avoir lu le secret.

Son successeur, Jean XXIII, qui a annoncé la convocation de Vatican II le 25 janvier 1959, prend connaissance du secret au mois d'août. «Cela ne concerne pas les années de mon pontificat», déclare-t-il d'emblée[28]. Il le fait lire au cardinal Ottaviani et décide de ne pas le publier. Le 8 février 1960, un communiqué de l'agence de presse portugaise A.N.I. annonce : «Le Vatican fait savoir que le secret ne sera pas divulgué».

Jean XXIII dénonce les «prophètes de malheur» dans son discours d'ouverture du Concile en 1962 et meurt le 3 juin 1963, sans avoir fait de déclaration publique au sujet du secret.

Cette même année, Luis Elrich publie dans le journal allemand Neues Europa une fausse version du secret qui parle d'une guerre terrifiante ; elle est reproduite dans différents journaux (Agora, de Lisbonne ; El Pueblo, de Madrid ; La Voz de Espafia, de Saint-Sébastien, etc.) et ressortira régulièrement (elle circule encore sur Internet).

Paul VI lit le vrai secret le 27 mars 1965, en compagnie du substitut, Mgr Angelo Dell'Acqua ; il décide de ne pas le publier. On ne sait si son successeur, Jean-Paul Ier eut le temps d'en prendre connaissance, mais il avait été très mar‑

p. 114

qué par le long entretien qu'il avait eu avec sœur Lucie le 11 juillet 1977, peu avant son élection au souverain pontificat.

Jean-Paul II, élu pape en 1978, lut-il personnellement le secret avant l'attentat du 13 mai 1981 ? Les témoignages divergent. Il eut en tout cas connaissance de sa teneur, même s'il ne semble pas, sur le coup, y avoir prêté grande attention[29]. Interrogé par des pèlerins à Fulda, en Allemagne, en novembre 1980, il confie :

Étant donné la gravité de son contenu, pour ne pas encourager la puissance mondiale du communisme à accomplir certains actes, mes prédécesseurs dans la charge de Pierre ont préféré par diplomatie surseoir à sa publication. [...] Combien de fois la rénovation de l'Église s'est opérée dans le sang ! Il n'en sera pas autrement cette fois-ci[30].

Le 13 mai 1981, sur la place Saint-Pierre, le terroriste turc Ali Agça tire deux coups de feu contre Jean-Paul II. L'attentat attire l'attention du pape sur Fatima. Il lit, à l'hôpital, les différents écrits de sœur Lucie, et se fait apporter durant l'été le texte original du secret, ainsi que sa traduction italienne. Avant son pèlerinage du 13 mai 1982 à Fatima, Jean-Paul II, visiblement intrigué, consulte un prêtre portugais de la Curie et se fait traduire le secret selon les nuances de la langue. Il en parle avec sœur Lucie, et décide de ne pas le révéler «de peur qu'il soit mal interprété».

Cependant, les réclamations se font de plus en plus pressantes.

Un spécialiste de Fatima, le père Joaquin Maria Alonso, s'interrogeant sur le refus persistant de Rome de révéler ce troisième secret, et constatant en même temps l'effrayante progression de la crise dans l'Église, a l'idée que les deux faits pourraient être liés. Il est confirmé dans cette hypothèse par l'attitude de sœur Lucie, qui est très affectée par la perte de la foi, et en parle souvent à ses visiteurs. Le père Alonso en vient à penser que le secret pourrait même mettre en cause les responsabilités de la hiérarchie dans cette crise (ce qui expliquerait le silence de celle-ci). Sa thèse, exprimée dès 1976, est résumée dans une petite brochure intitulée : La Verdad sobre el secreto de Fatima[31]. Adoptée par beaucoup de spécialistes de Fatima, cette opinion est vulgarisée dans les pays franco‑

p. 115

phones et anglophones par les travaux du frère Michel de la Sainte-Trinité, de la C.R.C., et de son continuateur, frère François de Marie-des-Anges.

Parallèlement, de nombreux fidèles continuent à demander la consécration de la Russie, que Jean-Paul II n'a jamais pu se résoudre à réaliser de la façon demandée par la sainte Vierge. Fatima se révèle ainsi, de plus en plus, un pôle de résistance à Vatican II, et Rome s'emploie à briser cette résistance. Sœur Lucie, qui a de nombreuses fois déclaré que la consécration n'a pas été faite comme le voulait la sainte Vierge, reçoit l'ordre de se taire, et même, à partir de 1989, de déclarer explicitement le contraire[32]. Le père Nicolas Grüner, qui défend vaillamment le message de Fatima au Canada et aux États-Unis, est persécuté par la hiérarchie[33]. La demande persistante de la consécration de la Russie et celle de la révélation du troisième secret se renforcent l'une l'autre. Pour les briser, le Vatican finit par décider de couper l'herbe sous le pied de ceux qu'il appelle les «fatimistes», en employant ce qui était sans doute, tout compte fait, le meilleur moyen d'occulter le secret : le révéler pour mieux l'enterrer.

Un enterrement de première classe

Tout à coup, le 13 mai 2000, tombe la nouvelle que l'on n'attendait plus : le cardinal Sodano annonce, sur ordre de Jean-Paul II, que la troisième partie du secret de Fatima sera rendue publique dans les prochains jours par la congrégation pour la Doctrine de la foi. Avant même que le texte soit connu, il se charge d'en fournir l'interprétation : le secret annonçait les persécutions contre l'Eglise et particulièrement l'attentat du 13 mai 1981 contre Jean-Paul II. Il insiste sur ce qui est, pour lui, le point essentiel : «Les situations auxquelles fait référence la troisième partie du secret de Fatima semblent désormais appartenir au passé». C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la révélation a lieu en cette année 2000 : il s'agit d'en finir avec Fatima - qui concernait uniquement le XXè siècle. Tout ayant désormais été dit sur le sujet (la consécration est faite, le secret révélé et la Russie convertie) on peut maintenant tourner la page et aborder sereinement le XXIè siècle.

Le commentaire que doit préparer la congrégation pour la Doctrine de la foi semble cependant poser plus de difficultés que prévu car on annonce, le 15 juin, que la conférence de presse prévue pour le divulguer est reportée au 26 juin.

p. 116

Le père Christian Duquoc dévoile dans La Croix l'objectif réel poursuivi dans cette publication du secret : «Sa publication a pour but, de manière courtoise et fine, de lui retirer tout pouvoir»[34].

Le cardinal Ratzinger, dans son commentaire, insiste à son tour lourdement sur le fait que le secret se rapporte à des événements passés. Il juge utile de citer à nouveau, sur ce point, les dires du cardinal Sodano :

[...] Nous sommes ainsi arrivés à une ultime interrogation : que signifie dans son ensemble (dans ses trois parties) le «secret» de Fatima ? Que nous dit-il à nous ? Avant tout, nous devons affirmer avec le cardinal Sodano : «Les situations auxquelles fait référence la troisième partie du "secret" de Fatima semblent désormais appartenir au passé». Dans la mesure où des événements particuliers sont représentés, ils appartiennent désormais au passé. Ceux qui attendaient des révélations apocalyptiques excitantes sur la fin du monde et sur le cours futur de l'histoire seront déçus [...][35].

Mgr Bertone, dans l'introduction du document, fait de même : «La décision du pape Jean-Paul II de rendre publique la troisième partie du "secret" de Fatima conclut une période de l'histoire» (souligné par nous).

Que peut-on penser de l'interprétation proposée dans de telles conditions ? C'est ce que nous verrons plus loin. Il faut auparavant répondre à une autre question : Quel crédit peut-on apporter au texte ainsi révélé par le Vatican ? Et cette question peut elle-même se décomposer en deux autres :

1. — Le texte donné le 26 juin 2000 est-il authentique ?

2. — Et, ensuite, est-il complet ?

Mais avant toute analyse, commençons par prendre connaissance de ce texte tel qu'il fut révélé le 26 juin 2000[36] :

Le texte révélé le 26 juin 2000

J.M.J.

La troisième partie du secret révélé le 13 juillet 1917 dans la Cova de Iria-Fatima.

p. 117

J'écris en obéissance à vous, mon Dieu, qui me le commandez par l'intermédiaire de son Exce Rév.me Monseigneur l'évêque de Leiria et de votre très sainte Mère, qui est aussi la mienne.

Après les deux parties que j'ai déjà exposées, nous avons vu sur le côté gauche de Notre-Dame, un peu plus en hauteur, un ange avec une épée de feu dans la main gauche ; elle scintillait et émettait des flammes qui, semblait-il, devaient incendier le monde ; mais elles s'éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre-Dame en direction de lui ; l'ange, indiquant la terre avec sa main droite, dit d'une voix forte : Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Et nous vîmes dans une lumière immense qui est Dieu : «Quelque chose de semblable à la manière dont se voient les personnes dans un miroir quand elles passent devant», un évêque vêtu de blanc, «nous avons eu le pressentiment que c'était le Saint-Père». Divers autres évêques, prêtres, religieux et religieuses monter sur une montagne escarpée, au sommet de laquelle il y avait une grande croix en troncs bruts, comme s'ils étaient en chêne-liège avec leur écorce ; avant d'y arriver, le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d'un pas vacillant, affligé de souffrance et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu'il trouvait sur son chemin ; parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande croix, il fut tué par un groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coups et des flèches[37]; et de la même manière moururent les uns après les autres les évêques, les prêtres, les religieux et religieuses et divers laïcs, hommes et femmes de classes et de catégories sociales différentes. Sous les deux bras de la croix, il y avait deux anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs et avec lequel ils irriguaient les âmes qui s'approchaient de Dieu.

Tuy - 3-1-1944.

[Fin du texte de sœur Lucie révélé le 26 juin 2000 par le Vatican.]

Avons-nous le vrai secret ? Le texte est-il authentique ?

Première question : ce texte est-il authentique ? Les garanties offertes (révélation solennelle faite par les plus hauts cardinaux de la curie, du vivant de sœur Lucie, et avec publication du texte original en fac-similé) permettent-elles

p. 118

de compenser la légitime méfiance éprouvée par les catholiques envers la Rome conciliaire ?

De fait, l'authenticité a immédiatement été contestée, avec des arguments de très inégale valeur. Laurent Morlier, dans une brochure éditée par la D.F.T.[38], défend l'idée d'une «fausse sœur Lucie» employée par le Vatican pour authentifier le «faux secret»[39]. Certains arguments sont trop visiblement fondés sur des paralogismes ou des interprétations arbitraires pour mériter une réfutation détaillée[40]. Mais ce n'est pas le cas de tous. Plusieurs démonstrations ne font que reprendre les thèses développées, avant le 13 mai 2000, par les meilleurs spécialistes de Fatima (thèses popularisées en France par les ouvrages de la C.R.C.). Elles méritent donc d'être prises au sérieux. Si l'on admet que le texte révélé en l'an 2000 par le Vatican est authentique, il convient en effet d'expliquer comment et pourquoi l'ensemble des spécialistes a pu, avant cette révélation, aiguiller les fidèles sur une fausse piste.

p. 119

Nous avons ainsi distingué onze arguments principaux, que nous commencerons par exposer, avant de les examiner en détail.

Onze arguments contre l'authenticité

1. Le texte publié par le Vatican, «à peine compréhensible», « ne cadre ni avec le contenu ni avec le style des deux premières parties » (p. 23)[41].

2. Le texte n'apporte rien de nouveau par rapport au deuxième secret qui parlait déjà de persécutions contre l'Église et de souffrances pour le pape ; il est donc inutile ; or Dieu ne fait rien d'inutile. «Il est de la plus élémentaire logique que le troisième secret contienne l'annonce d'événements bien différents de ceux déjà décrits dans le deuxième secret» (p. 25). D'ailleurs, le père Alonso spécialiste de Fatima, déclarait : «Faim, guerre, persécutions pour l'Église et pour le Saint-Père, rien de tout cela ne sera répété dans le texte de la troisième partie» (p. 26-27).

3. Le texte publié par le Vatican ne rend pas raison de la mystérieuse et terrible agonie éprouvée par Lucie pendant trois mois, lorsqu'elle dut rédiger le secret (p. 43-44).

4. Le thème de ce texte ne correspond pas au membre de phrase que sœur Lucie avait ajouté en 1941 au texte du deuxième secret : «Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi». Or «il est certain que sœur Lucie ne l’a pas inséré là à la légère, mais dans l'intention expresse de laisser transparaître, de manière voilée, le contenu essentiel du troisième secret». (p. 30). La chose semble confirmée par Lucie elle-même qui a déclaré en 1943, à propos du secret, que «d'une certaine façon, elle l'avait dit»[42]. On note d'ailleurs que le Vatican gêné par cette phrase du quatrième mémoire, la renvoie en note, sans aucun( explication (note 7)[43].

5. Cette phrase semble elle-même inachevée. Or on n'en trouve pas la suite dans le secret révélé par le Vatican.

[Le fameux etc.] vient de sœur Lucie elle-même, pour bien montrer que la phrase a une suite. Si elle voulait désigner par là une autre vision annexe, sans rapport avec cette phrase, elle aurait placé ce «etc.» bien après sa phrase, après

p. 120

le point qui termine sa phrase, et avec un E majuscule : «Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi. Etc.» [Laurent Morlier[44]]

6. Le troisième secret doit d'ailleurs nécessairement contenir des paroles, et non une simple vision puisque, juste après, Notre-Dame dit à Lucie et Jacinthe : «A François, vous pouvez le dire» (13 juillet 1917). «Si le troisième secret pouvait être dit à François, c'est qu'il ne contenait pas de vision [...]. Argument décisif qui, à lui seul, convainc de mensonge le Vatican». (p. 47). «On peut maintenant d'ailleurs mieux comprendre pourquoi François fut privé de la grâce d'entendre la sainte Vierge. La raison restait jusqu'à ce jour mystérieuse. Or, ce "handicap" sert aujourd'hui à dévoiler une énorme imposture !» (p. 46). D'ailleurs, «le communiqué de presse de l'agence A.N.I., du 8 février 1960, annonçant que "le secret ne serait pas publié" avançait, comme "troisième raison donnée pour justifier sa non-divulgation", que, "bien que l'Eglise reconnaisse les apparitions de Fatima, elle ne désire pas prendre la responsabilité de garantir la véracité des paroles que les trois pastoureaux dirent que la Vierge leur avait adressées"»

7. Au témoignage de Mgr Venancio (qui, en 1957, regarda par transparence l'enveloppe contenant le secret) comme du cardinal Ottaviani (qui lut ce secret), le texte rédigé par Lucie tenait sur une seule feuille (le frère François de Marie-des-Anges en concluait qu'il devait contenir vingt à vingt-cinq lignes[45]). Or le texte publié par le Vatican comprend quatre pages (soit au moins deux feuilles) et compte 62 lignes.

8. En novembre 1984, le journaliste italien Vittorio Messori, publiait dans la revue Jésus, page 79, une interview du cardinal Ratzinger, préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, dans laquelle ce dernier déclarait à propos du troisième secret : «"Oui, je l'ai lu". — "Pourquoi n'est-il pas révélé ?" — "Parce que, selon le jugement des papes, cela n'ajoute rien d'autre à tout ce qu'un chrétien doit savoir de la Révélation : un appel radical à la conversion, la gravité absolue de l'histoire, les périls qui menacent la foi et la vie du chrétien, et donc du monde, et puis l'importance des derniers temps" [...]». Or, seize ans après, nous ne retrouvons aucune de ces quatre remarques dans le dossier proposé par le même cardinal Ratzinger.

9. La date de 1960, à laquelle le secret devait être révélé parce que, selon les paroles de sœur Lucie, «il paraîtra plus clair» semble n'avoir aucun rapport avec le secret dévoilé.

10. Les meilleurs experts de Fatima (père Alonso, père Sébastien Martins dos Reis, père Antonio Martins S.J.), et même de moins bons comme l'abbé

p. 121

Laurentin, ont admis que le troisième secret devait concerner la crise de la foi. L'évêque de Leiria-Fatima, Mgr do Amaral, l'a d'ailleurs confirmé le 10 septembre 1984: «Son contenu ne concerne que notre foi. Identifier le secret avec des annonces catastrophiques ou avec un holocauste nucléaire, c'est déformer le sens du message. La perte de la foi d'un continent est pire que l'anéantissement d'une nation ; et il est vrai que la foi diminue continuellement en Europe». Frère Michel de la Sainte Trinité pouvait commenter : «L'ultime secret de Notre-Dame n'annonce ni la fin du monde ni la guerre atomique : il concerne notre foi, la foi catholique ; et plus précisément la perte de cette foi, ″a perda da fé", nous précise l'évêque de Fatima. C'est désormais pour nous non seulement une hypothèse solidement fondée, et d'ailleurs la seule pleinement: Vraisemblable, c'est une vérité sur laquelle nous pouvons nous appuyer avec certitude, parce qu'elle est rigoureusement démontrable. Comment cela ? Par la simple analyse de ce qui nous a été révélé du secret»[46].

11. Enfin, Laurent Morlier cite une analyse graphologique disponible sur un site Internet américain, qui tend à considérer le document publié en fac-similé par le Vatican comme un faux[47].

Examen des onze arguments

1. Le style et le contenu du troisième secret détonnent-ils par rapport ceux des deux premiers ? Il semble qu'une telle appréciation résulte davantage de la surprise causée par un secret imprévu (on attendait des paroles de Notre-Dame, et l'on se trouve avec le récit de deux visions successives) que d'un examen objectif de la réalité. En fait, comme l'a justement remarqué M. l'abbé Delestre[48], sœur Lucie parle, dans sa première présentation publique du secret non pas de trois parties, mais de trois choses distinctes :

Le secret comporte trois choses distinctes («três coisas distintas»), et je vais en révéler deux.

La première fut la vision de l'enfer. [...]

Ensuite, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame, qui nous dit avec bonté et tristesse [...][49].

Autrement dit, le secret contient trois choses de nature différente quoique formant un tout harmonieux. Or, c'est bien ce que nous retrouvons après la publication du dernier texte le 26 juin 2000 :

p. 122

Première partie : une vision, celle de l'enfer.

Deuxième partie : des paroles de Notre-Dame, qui présentent au monde les moyens de salut offerts par la miséricorde infinie de Dieu pour notre temps ; si l'on n'utilise pas ces moyens, Dieu offensé abattra sur le monde les terribles châtiments de sa justice.

Troisième partie : deux visions successives, dont la seconde est vue «dans une lumière immense qui est Dieu».

Quant au style, on retrouve également celui de sœur Lucie, jusque dans ses essais pour décrire - de façon nécessairement inadéquate - certaines réalités surnaturelles auxquelles elle fut confrontée. Le texte publié le 26 juin 2000 emploie ainsi la comparaison du «miroir» (espelho en portugais), en une explication quelque peu embarrassée :

Et nous avons vu dans une lumière immense qui est Dieu - «quelque chose de semblable à la manière dont se voient les personnes dans un miroir quand elles passent devant» - un évêque vêtu de blanc [...]

Or cette comparaison est classique chez Lucie[50]. On la trouve par exemple dans le treizième point de l'interrogatoire que le père José Pedro da Silva envoya à Lucie en juillet 1947 :

- Pouvez-vous, de quelque manière, décrire la lumière que Notre-Dame vous a « mise dans la poitrine »    (deuxième apparition, 13 juin 1917) ?

     - Je ne peux pas, parce que je ne connais pas de parole qui la décrive.

     - D'où partait-elle ?

- Des mains de Notre-Dame.

- Quelle était sa couleur, était-elle d'un jet fort ?

- Je ne sais décrire, avec exactitude, comment c'était.

- Comment est-ce que vous vous êtes vus en Dieu... Qu'était cette lumière... ?

- Je ne sais pas décrire.

- Vous avez vu Dieu d'une forme sensible, ou vous avez seulement expérimenté un sentiment de présence, une      union intime de quasi-identification avec lui ?

- Nous nous vîmes en lui. Comment : je ne sais pas l'expliquer.

- Comment vous êtes-vous vus dans cette lumière «qui restait longtemps sur la terre» ?

- Je n'ai pas vu qu'elle restait longtemps, ni qu'elle restait peu ; j'ai seulement vu que j'étais dans la lumière qui se      répandait sur la terre.

- Ce fut une illumination dans l'intelligence, qui accompagna cette vision, ou bien quelque voix sensible ?

- Il me semble que ce ne fut ni l'un ni l'autre. Nous nous vîmes dans cette lumière, que nous sentions être Dieu,      quelque chose de semblable à la façon dont nous nous voyons dans un miroir. L'explication n'est pas exacte,     mais c'est celle qui me paraît donner la meilleure idée. Avec la différence que, dans un miroir,

p. 123

nous voyons notre figure ; et, dans cette lumière, nous nous voyions et nous nous sentions personnellement en      elle[51].

Sœur Lucie emploie aussi la comparaison du miroir dans ses Mémoires, en parlant de l'apparition du 13 mai 1917 :

Elle ouvrit la première fois les mains et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d'elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu'au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs[52].

L'expression se retrouve encore dans son dernier livre, Apelos da Mensagem de Fâtima, publié en langue portugaise le 13 décembre 2000[53].

De même, le texte publié le 26 juin 2000 parle deux fois du «Saint-Père» («Santo Padre») pour désigner le pape. On peut noter que c'est aussi le terme ployé par Notre-Dame dans la deuxième partie du secret du 13 juillet 1917, que c'est celui que Lucie utilise toujours dans ses Mémoires, - à l'exclusion de celui de «papa» qui existe pourtant en portugais[54].

On retrouve dans le fac-similé publié par le Vatican jusqu'aux fautes d'orthographe habituelles à sœur Lucie (elle n'a appris à lire et écrire que fort tard). M. l'abbé Delestre en donne un recensement minutieux, et peut conclure :

En ce qui concerne l'orthographe et la grammaire, après comparaison avec d'autres manuscrits publiés de Lucie datant à peu près des mêmes années (les quatre premiers Mémoires sont rédigés entre décembre 1935 et décembre 1941, le texte publié le 26 juin 2000 fut écrit le 3 janvier 1944), on retrouve les mêmes fautes, la même écriture phonétique, les mêmes expressions ou difficultés à mettre par écrit le langage parlé, ce qui montre clairement que c'est la même personne qui a rédigé ces différents écrits[55].

En définitive, non seulement rien ne permet de mettre en doute, sur ce point, l’authenticité du texte publié le 26 juin 2000, mais un examen attentif en donne au contraire plusieurs marques difficilement imitables.

2. Le troisième secret se contente-t-il de répéter d'une autre façon, ce que disait déjà le deuxième ? La chose pourrait se soutenir si l'on s'en tenait à l'interprétation qu'en donne le Vatican (le troisième secret représenterait les persécutions du XXè siècle et l'attentat du 13 mai 1981). Mais c'est une interprétation

p. 124

très peu objective, nous le verrons. De toute manière, ce genre d'argument, s'il pouvait servir à donner une plus ou moins grande vraisemblance à telle ou telle hypothèse avant que le secret soit révélé, ne saurait avoir de force contraignante. La sainte Vierge n'a-t-elle pas le droit de se répéter lorsqu'elle veut insister sur un sujet - et ne l'a-t-elle pas fait à plusieurs reprises (parlant par exemple du rosaire à chacune de ses apparitions) ?

3. La terrible agonie éprouvée par sœur Lucie avant la rédaction du troisième secret a souvent été présentée comme une preuve du caractère particulièrement dramatique de ce secret. Et parce que le deuxième secret annonçait déjà de terribles persécutions contre l'Église, on en concluait que le troisième secret devait se rapporter à un mal d'une gravité encore supérieure. Il n'y avait pas besoin d'aller très loin pour découvrir un tel mal : ce devait être la terrible crise actuelle de la foi[56]. - En réalité, cependant, aucun texte ne prouve que le trouble de sœur Lucie ait été directement causé par le contenu du troisième secret. Il s'explique très bien par le dilemme posé à sœur Lucie, écartelée entre l'obéissance au Ciel, qui ne lui avait pas encore donné la permission de le révéler, et l'obéissance à son évêque, qui la pressait de le faire. Le 2 janvier 1944, une apparition de Notre-Dame vint la délivrer de cette perplexité, et elle rédigea le texte dès le lendemain[57].

4. La phrase «Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi», est d'une interprétation difficile, non en elle-même (elle est, de soi, très claire[58]), mais dans son rapport avec le contexte. Jusqu'à l'an 2000, quatre indices pouvaient paraître en faire la clé du troisième secret :

1) le fait qu'elle n'ait guère de rapport avec ce qui la précédait (elle devait donc, concluait-on, en avoir avec ce qui        suit);

2) le fait que sœur Lucie ne l'ait pas citée lorsqu'elle révéla pour la première fois le deuxième secret, mais qu'elle    l'ait rajoutée plus tard (on en inféra que le texte n'appartenait pas vraiment au second secret) ;

3) le fait que la crise dans l'Église s'aggrava de façon inquiétante au moment même où le secret aurait dû être ré    vélé (1960) ;

4) tandis que Rome s'ensevelissait dans un silence persistant à son sujet.

Avec le recul, on perçoit mieux la fragilité de ces présomptions – que l'on a trop souvent présentées comme des certitudes («Il est certain que sœur Lucie ne l'a pas inséré là à la légère, mais dans l'intention expresse de laisser transparaître, de manière voilée, le contenu essentiel du troisième secret»[59]). Pensons d'abord à la chronologie des événements et à la psychologie de sœur Lucie. Si celle-ci a eu, en 1943, de longues crises de scrupules avant de se résoudre à

p. 125

mettre par écrit le troisième secret, et s'il a fallu une intervention de Notre-Dame pour l'y décider, comment imaginer qu'elle en ait volontairement révélé, dès 1941, la teneur essentielle (fût-ce en n'en livrant que la première phrase) ?

Par ailleurs, une réflexion logique sur les deux premiers indices mentionnés plus haut mène à une conclusion analogue. Pourquoi en effet Lucie n'a-t-elle pas mentionné la phrase sur le Portugal lorsqu'elle a révélé pour la première fois le texte du second secret (dans son troisième Mémoire, achevé le 31 août 1941) ? On admettra sans peine que c'est vraisemblablement parce que cette phrase n'avait pas de lien visible avec ce qui précédait. Mais en ce cas, comment expliquer que Lucie l'ait ensuite ajoutée dans le quatrième Mémoire, alors qu'on l'avait pressée de rédiger un nouveau récit des apparitions qui soit le plus précis et le plus complet possible ? N'est-ce pas à l'évidence que cette phrase un peu mystérieuse lui a paru, à la réflexion, avoir encore moins de lien avec ce qui suivait - et qui était le troisième secret ?

Sans jeter la pierre à quiconque (il est toujours facile de critiquer après coup !), on peut aussi constater que les mêmes personnes qui accordaient tant d’importance à un argument principalement basé sur l'emplacement de cette petite phrase (c'est parce que la sentence sur la conservation de la foi est située juste avant le troisième secret qu'elle doit en indiquer le thème) s'accordaient au même moment la liberté de déplacer à leur guise la même petite phrase, pour les besoins de leur démonstration. Le père Alonso comme le frère Michel de la Sainte-Trinité butaient en effet sur les deux promesses que Lucie avait placées à la fin du second secret : «A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et un certain temps de paix sera accordé au monde». Comment expliquer que cette annonce - qui ressemble à une conclusion générale - soit ainsi placée avant le troisième secret ? Si le troisième secret contient une vision - et non des paroles de Notre-Dame - la chose est parfaitement compréhensible. Mais si l'on veut à toute force trouver dans le troisième secret d'autres paroles de Notre-Dame et une annonce explicite de la crise dans l’Eglise, rien ne va plus. Nos auteurs sont donc contraints de déplacer leur fameuse «phrase décisive» pour la placer avant cette annonce du triomphe final. Et ils justifient cet audacieux transfert par l'«évidence» de sa nécessité :

Dans son quatrième Mémoire, en dévoilant discrètement la première phrase du troisième secret, sœur Lucie ne l'a pas située à sa place logique. Elle l'a ajoutée tout à la fin du secret, alors que sa place réelle est évidemment [c'est nous qui soulignons] entre la seconde partie et la conclusion générale[60].

Grâce à cette translation, la phrase est maintenant située dans le contexte qui permet de la bien comprendre : l'annonce des châtiments. Et le frère Michel peut conclure :

p. 126

Ainsi, le sens obvie des premiers mots du troisième secret considérés dans leur contexte immédiat n'est guère douteux[61].

Pour renforcer encore l'idée que cette phrase sur le Portugal annonce bien le thème du troisième secret, les partisans de cette thèse aiment rappeler comment, lorsque Mgr da Silva lui demanda de rédiger le troisième secret, sœur Lucie répondit que «d'une certaine façon, elle l'avait dit»[62]. Mais rien n'indique que sœur Lucie aurait ici fait allusion à la sentence sur le Portugal. Elle pouvait tout aussi bien se référer à l'annonce déjà contenue dans la deuxième partie du secret : «Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir».

En définitive, si le texte révélé le 26 juin 2000 laisse demeurer quelques zones d'ombre (notamment sur la portée exacte et la raison d'être de la phrase sur le Portugal), il n'a rien d'irrecevable. Il n'implique aucune contradiction avec les données dont nous disposons par ailleurs. Et en cela, il se révèle finalement plus plausible que l'hypothèse selon laquelle Lucie aurait, dès 1941, livré le thème essentiel du troisième secret en une petite phrase volontairement déplacée hors de son contexte «afin de ne pas attirer l'attention sur elle avant le moment opportun».

5. Quant au fait que le «etc.» qui conclut la phrase sur le Portugal soit précédé d'une virgule et non d'un point (ce qui prouverait, selon Laurent Morlier, que la phrase de Notre-Dame est inachevée, et qu'on en doit trouver la suite dans le troisième secret), on nous permettra de l'écarter d'un revers de main : sœur Lucie n'était pas une correctrice professionnelle, pesant les virgules et les points-virgules. L'expression «etc.», ordinairement destinée à clore une énumération, est, dans ce cas, systématiquement précédée d'une virgule (c'est du moins la recommandation des bons grammairiens[63]). La voyante de Fatima l'emploie ici, un peu maladroitement, pour signifier qu'elle interrompt son récit de l'apparition et que la suite appartient au troisième secret. On ne saurait s'étonner de ce qu'elle l'ait, suivant la règle générale, fait précéder d'une virgule.

6. Le fait que le communiqué de presse de l'agence A.N.I., du 8 février 1960 ait mentionné des «paroles» de Notre-Dame que contiendrait le troisième secret, ne prouve qu'une chose : son auteur croyait (comme tout le monde à l'époque) que ce secret contenait de telles paroles. Mais comme cet auteur est resté anonyme, et que rien ne permet de supposer qu'il avait eu accès au secret,

p. 127

l'argument manque de poids. Quant à la consigne de Notre-Dame : A François, vous pouvez le dire», il n'y a aucune raison contraignante de l'entendre exclusivement de la troisième partie du secret. Elle peut très bien se rapporter aux paroles prononcées par Notre-Dame au cours de la deuxième partie[64]. L'argument est donc, là encore, sans portée.

7. Les auteurs ayant cherché, avant l'an 2000, à deviner le contenu du troisième secret se sont effectivement appuyés sur le témoignage de Mgr Venancio et du cardinal Ottaviani pour affirmer qu'il tenait sur une seule feuille. Ils ont en revanche méconnu la déclaration du secrétaire de Jean XXIII, Mgr Capovilla, qui le lut avec le pape en 1960, et expliqua ensuite à la presse qu'il contenait «quatre ou cinq petites pages»[65]. Or ce témoignage vient d'un homme qui a non seulement pu voir avec certitude combien de pages contenait ce secret, mais a également expressément voulu dire ce qu'il avait vu. Double qualité qui vient souligner la fragilité des deux autres témoignages : Mgr Venancio n'a pas bien voir, tandis que le cardinal Ottaviani n'a pas manifesté sa volonté de répondre à cette question.

Mgr Venancio n'a pu que palper et regarder par transparence à travers deux enveloppes (la grande enveloppe de l'évêque et, à l'intérieur, celle de Lucie). Il lui était donc très facile de se tromper et de ne voir qu'une seule feuille de papier pliée, là où il y en avait deux pliées ensemble. Son témoignage manque donc de poids. On peut s'y fier, en revanche, quant aux dimensions du papier - car il a pu les discerner avec certitude et les a soigneusement notées[66]. Or les dimensions qu'il a notées correspondent exactement à celles du document publié par le Vatican.

Quant au cardinal Ottaviani, il s'est contenté de dire en passant que sœur Lucie, pour obéir à la sainte Vierge, avait «écrit sur une feuille, en portugais» le fameux secret (conférence du 11 février 1967). Devant un juge d'instruction, une telle phrase aurait immédiatement entraîné une demande de précision : «Le secret a-t-il donc été écrit sur une seule feuille de papier ?», et le témoin aurait confirmé ou infirmé. De fait, aucune question n'a été posée. Personne ne peut donc garantir que le cardinal (qui employait évidemment l'article indéfini [«une»], et non l'adjectif numéral) entendait réellement affirmer l'unicité de la feuille de papier et n'usait pas du singulier par simplification et commodité de langage.

p. 128

Qu'on veuille bien ne pas voir là une échappatoire ! Quiconque a dû, au cours de sa vie, confronter des témoignages sait la prudence dont il convient d'user en la matière. Le cardinal Ottaviani, malgré sa haute autorité, n'échappe pas à la règle. C'est un fait que son intervention du 11 février 1967 sur le secret de Fatima manquait de rigueur. Il est d'ailleurs amusant de noter que le même frère Michel de la Sainte-Trinité qui invoque l'autorité du cardinal pour affirmer que le secret tient sur une feuille[67] critique férocement, quelques pages plus loin, les imprécisions, erreurs, infidélités historiques et inventions du même prélat («Une fois de plus, le cardinal invente»[68]). De fait, on est assez surpris d'entendre le vieux cardinal présenter Lucie comme la sœur de François et Jacinthe ! Lorsqu'il en vient ensuite à raconter que Lucie, pour obéir à la sainte Vierge «a écrit sur une feuille, en portugais, ce que la sainte Vierge lui avait demandé de dire au Saint-Père», le frère Michel de la Sainte-Trinité fait suivre la phrase d'un «sic» désapprobateur, car il sait bien (c'est un des thèmes majeurs de son livre) que le secret de Fatima n'était pas exclusivement destiné au Saint-Père. Qui peut donc, dans ces conditions, nous garantir que l'expression «sur une feuille» serait plus rigoureuse ? Cet argument est vraiment bâti sur du sable.

8. L'entretien accordé en 1984 à Vittorio Messori par le cardinal Ratzinger a souvent été évoqué par ceux qui cherchaient à en deviner le contenu. Le cardinal avait déclaré : «Cela n'ajoute rien d'autre à tout ce qu'un chrétien doit savoir de la Révélation : un appel radical à la conversion, la gravité absolue de l'histoire, les périls qui menacent la foi et la vie du chrétien, et donc du monde, et puis l'importance des derniers temps»[69]. On ne voit rien, dans ces propos, qui contredise le texte publié le 26 juin 2000 (surtout si l'on garde à l'esprit que le cardinal n'entendait aucunement révéler le secret, mais, au contraire, éluder la question). Par ailleurs, on est obligé de constater que le frère Michel de la Sainte-Trinité qui accordait tant d'importance à ces propos du cardinal Ratzinger (voulant même y voir «une confirmation de nos démonstrations»[70]) écartait en revanche d'un revers de main d'autres témoignages allant en sens contraire : ceux portés par le cardinal Ottaviani en 1967 et par Jean-Paul II en 1980.

Le cardinal Ottaviani - qui savait sans doute à quoi s'en tenir, ayant déjà lu le troisième secret, mais s'efforçait de présenter les choses comme s'il ne l'avait pas lu, en se basant uniquement sur les dires de sœur Lucie - commentait ainsi le mot de sœur Lucie disant qu'en 1960, le secret apparaîtrait plus clair :

p. 129

Ce qui me fait penser que le message était de ton prophétique, parce que, précisément, les prophéties, comme on le voit dans la sainte Écriture, sont recouvertes d'un voile de mystère. Elles ne sont généralement pas exprimées en langage manifeste, clair, compréhensible à tout le monde. [...] Il est cependant vrai comme on le voit dans tant de prophéties - parce que j'imagine que le message de Fatima a un ton de prophétie puisque Lucie a dit qu'en 1960 il paraîtrait plus clair - qu'il y a là un signe qui est comme voilé, ce n'est pas un langage qui est tout à fait manifeste et clair[71].

Un tel passage se comprend très bien si le cardinal Ottaviani a lu le même texte