Abbé
Michel Marchiset
Quarante
ans d’erreurs
RÉfutation
des arguments erronÉs sur
l’infaillibilitÉ de l’Église.
˝les
vÉritÉs ont ete diminuÉes par les
enfants
des hommes˝
(Psaume
xi,
3)
Quand
une erreur est réfutée, si elle est
répétée, elle devient un mensonge
(parler avec l’intention de tromper)
Aller
contre la vérité connue, c’est
pêcher
contre le Saint-Esprit,
péché
irrémissible (Math., xii, 31-32).
I -
Préliminaires
Pour
commencer cette étude, qui se présente
dans une large partie sous la forme d’une
réfutation de
1-
Le Christ et l’Église c’est tout un
Régulièrement
le
fidèle catholique redit son acte de foi :
« Mon
Dieu je crois fermement toutes les
vérités que Vous nous avez
révélées et que Vous nous enseignez
par Votre Eglise, parce que Vous êtes la
vérité même et que Vous ne pouvez ni
Vous tromper, ni nous tromper ».
Plusieurs variantes
de l’acte de foi existent et celles-ci correspondent
toujours, renforcent même,
cette union du Christ et de Son Eglise.
Ainsi, par cet acte
de foi mais aussi dans bien d’autres occasions, le
fidèle catholique affirme
implicitement cette unité entre le Christ et Son Eglise. Il
est donc
indispensable, si l’on veut parler correctement de
l’infaillibilité accordée à
son magistère, de rappeler cette union. Merveilleusement
développée par les
Pères de l’Eglise et citée dans les
ouvrages traitant de l’Eglise Corps
mystique du Christ, elle est l’objet de plusieurs sermons
chez saint
Augustin :
«Qu’est-ce
que l’Eglise ? Le corps du Christ. Ajoutez-lui la
tête, et cela devient un
seul homme : la tête et le corps ne font
qu’un homme. La tête qui
est-elle ? Celui qui est né de
2-
MÊme voix
Il
en est de même pour l’enseignement. Citons
encore saint Augustin qui nous rappelle que l’enseignement
prodigué par l’un et
par l’autre est une seule voix :
« L’unité
merveilleuse de cette personne, Isaïe, lui aussi, nous
l’enseigne, car le
Christ, en ce prophète, s’exprime en ces
termes : « Comme un
époux, il m’a couronné d’une
mitre, comme une épouse, il m’a embellie
d’ornements » (Isaïe lxi,
10). Il se nomme à la fois l’époux et
l’épouse. Pourquoi est-il à la fois
l’époux et l’épouse, sinon
parce qu’ils seront deux en une seule chair ?
S’ils sont deux en une seule chair, pourquoi ne seraient-ils
tous deux, en une
seule voix ? Que le Christ parle donc, puisque, dans le
Christ, parle
l’Eglise, et dans l’Eglise parle le
Christ : la tête dans le corps et le
corps dans la tête » (sermon sur le psaume
30).
3-
MÊmes modes d’enseignement
Instruits
par ces passages de St Augustin sur
l’union du Christ et de Son Eglise, et sur
l’identité de l’enseignement du
Christ et de l’Eglise, ce que nous affirmons implicitement
dans notre acte de
foi, nous pouvons maintenant parler des modes
d’enseignement employés
par Notre Seigneur et prolongés par l’Eglise. Nous
vous le rappelons à l’aide
des exemples que nous apportent les Evangiles :
- un mode simple et ordinaire,
celui que le Maître
employait habituellement. Il disait aux
Apôtres et aux foules,
selon sa manière d’enseigner :
‘’Ecoutez
! Voici que le semeur sortit pour semer’’…
Et
il
leur disait aussi : ’Est-ce
qu’on apporte la lampe pour la mettre sous le boisseau ?
N’est-ce pas pour être
mise sur le chandelier?’’»
Etc. (Marc iv, 2
et 21).
- un
mode solennel et
extraordinaire, comme
s’Il voulait par-là frapper davantage les esprits
pour mieux retenir leur
attention. Il commençait alors son enseignement par quelque
formule
solennelle :
« En
vérité ! En
vérité ! Je vous le dis » ; ou par
l’annonce de bénédictions : « Bienheureux
les pauvres… Bienheureux… » ; ou encore en
fulminant des
malédictions : « Malheur
à vous… ».
L’Eglise
prolongeant la présence du Maître, a
adopté pour enseigner les façons de faire de
Notre Seigneur. Laissons-lui le
soin de nous rappeler cette vérité avec son
Autorité :
«Le
Magistère de l’Eglise, établi ici bas
d’après le dessein de Dieu pour garder perpétuellement
intact le dépôt des vérités
révélées
et en assurer facilement et sûrement la connaissance aux
hommes,
s’exerce chaque jour par le Pontife romain et par les
évêques en communion avec
lui; mais en outre, toutes les fois qu’il impose de
résister plus efficacement
aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou
d’imprimer dans l’esprit des fidèles
des vérités expliquées avec plus de
clarté et de précision, ce magistère
comporte le devoir de procéder opportunément
à des définitions en formes et
termes solennels…Cet usage extraordinaire du
Magistère n’introduit
aucune nouveauté… » (Pie XI, Mortalium
animos).
Afin de nous
familiariser toujours plus à ces modes
d’enseignement, retenons ce que nous dit
le théologien J.-M.-A. Vacant
[1] sur
le magistère
ordinaire universel
puisqu’il sera particulièrement question de ce
magistère dans l’analyse qui va
suivre :
«Ce
magistère n’est autre chose, en effet, que celui
dont l’Eglise tout entière
nous offre continuellement le spectacle, quand nous la voyons parler
sans cesse
par la bouche du pape et de tous les évêques
catholiques, se mettre par tout
l’univers à la disposition et à la
portée de tous les hommes, des infidèles et
des chrétiens, des ignorants et des doctes, leur apprendre
à régler d’après
4-
L’hÉrÉsie
du XXè siÈcle sur
l’infaillibilitÉ de l’Église
Après ce
passage qui fait partie d’un exposé sur ce
magistère ordinaire et qui démontre
fort bien comment l’Eglise enseignante au concile Vatican I
était consciente de
ses différents modes d’enseignement, nous devons
maintenant dire quelques mots
sur la diminution du bagage intellectuel en ces
points de doctrine chez
nos contemporains.
En comparant
les documents relatifs au premier concile du Vatican ainsi que les
différents
auteurs qui ont traité de
l’infaillibilité de l’Eglise
jusqu’au début du XXè
siècle nous constatons les nombreuses lacunes
dans la formation religieuse des trois, voire quatre
dernières générations de
séminaristes et conséquemment des
fidèles qui n’ont pas pu recevoir ce que
leurs pasteurs n’avaient pas reçu
eux-mêmes. Ce sont ces lacunes que nous
essayons de combler en rappelant ces points de doctrine tout en
étant
conscients que ces lacunes ont engendré des erreurs,
de véritables hérésies
sur une
vérité
contenue dans notre Credo, notre foi en l’Eglise qui ne peut
ni se tromper ni
nous tromper.
Cet oubli du
magistère ordinaire infaillible du souverain Pontife en
particulier ainsi que
le refus de regarder en face le problème posé au
concile Vatican II par le magistère
ordinaire en général, est donc à
l’origine de plusieurs arguments qui auront
tous un point commun : une
atteinte à la foi
théologale en Dieu et en Son Eglise.
Parmi ceux qui ont
été à l’origine
d’un ou plusieurs arguments, certains sont
décédés, mais
d’autres générations de clercs et de
laïcs continuent de scandaliser les âmes
par des solutions toujours aussi erronées.
5
–
L’oubli de l’infaillibilitÉ du
magistÈre
ordinaire du souverain Pontife
Ce magistère
ordinaire du
souverain Pontife existe bel et bien mais nous devons savoir comment celui-ci
fut en quelque sorte placé aux
oubliettes. Lorsque nous observons les documents du
magistère dont certains
seront cités par Monsieur Arnaud de Lassus
lui-même, ceux-ci ne manquent pas
d’y faire référence. Ne serait-ce que
l’encyclique que nous venons de
citer : « Le magistère
de l’Eglise (…) s’exerce chaque jour par
le
pontife romain (…) ». Or,
paradoxalement, ce
magistère fut insensiblement
oublié par la proclamation de
l’infaillibilité pontificale.
Voici à
ce propos ce que nous dit le théologien Dom Paul
Nau :
«Tout se
passe (depuis la proclamation de
l’infaillibilité pontificale) comme si
l’éclat même de la définition
avait
rejeté dans l’ombre la
vérité jusque là universellement
reconnue».
Ce qui signifie effectivement
que l’infaillibilité de son magistère
ordinaire n’était pas contestée. «Elle
jouissait alors, nous dit
le théologien, d’une
tranquille possession».
Puis
dans une note, Dom Paul Nau fait une
remarque très intéressante, qui explique bien une
des causes de l’état d’esprit
actuel :
«On
comprend aisément comment à pu
s’introduire ce glissement de
perspective : depuis 1870, les manuels de théologie
ont pris pour énoncés
de leurs thèses les textes mêmes du concile. Aucun
de ceux-ci ne traitant in
recto de l’enseignement ordinaire du seul souverain
Pontife, celui-ci a été
peu à peu perdu de vue et tout l’enseignement
pontifical a paru se réduire
aux seules définitions ex cathedra.
De plus l’attention étant entièrement
attirée sur celles-ci, on s’est habitué
à ne plus considérer les interventions
doctrinales du Saint-Siège que dans la seule perspective du
jugement
solennel : celle d’un jugement qui doit à
lui seul apporter à la doctrine
toutes les garanties requises. Dans cette perspective il
était impossible de
saisir la vraie nature du magistère ordinaire. Elle demeure
pourtant celle de
plus d’un auteur ».
(les
soulignés et
caractères gras sont de notre fait).
Si nous tenons dans ces
préliminaires à rappeler les causes de cet oubli
du magistère ordinaire du
souverain Pontife, c’est bien parce que celui-ci
fut implicitement
impliqué avec celui des évêques lors de
Vatican II. L’on aurait tort en
effet, de ne considérer que le cas du magistère
ordinaire des évêques, puisque
celui-ci en tant que corps épiscopal dispersé ou
réuni en concile œcuménique
tient son infaillibilité de
l’infaillibilité même de sa
tête, de
l’infaillibilité du magistère du
souverain Pontife. Par conséquent et dans le
cas qui nous intéresse ici, il s’agit du
magistère ordinaire de J. B. Montini
qui a présidé et ratifié ce concile.
Mais que le lecteur ne s’y trompe pas, il
en est de même pour les magistères suivants
puisque ceux-ci ont appliqué, et
appliquent toujours ce concile, ses réformes liturgiques et
disciplinaires.
C’est
donc dans
ce climat que le Bon Dieu permet que nous subissions les outrages de
ceux qui
disent que «nous
voyons de l’infaillibilité partout»
alors qu’eux-mêmes, possédant des
lacunes certaines sur les modes
d’enseignement du magistère, finissent par ne voir
l’infaillibilité de
l’Eglise, pour les besoins de leurs causes, que dans les
seules définitions ex
cathedra.
Avant de passer
à l’analyse
des documents en question, ce qui nous permettra de remettre bien des
choses en
place en ce qui concerne le magistère et
l’infaillibilité de l’Eglise, retenons
tout d’abord ce passage de
6-
Le
passage le plus connu de
Celui-ci
mérite d’être cité ( et
même au
besoin d’être appris par cœur ) en dehors
de tous les feux dont il va être
l’objet. Les termes magistère ordinaire
et universel ont été choisis par
les Pères conciliaires et par Pie IX lui-même qui
les employait déjà dans sa
lettre à l’archevêque de Munich en 1863,
pour désigner le mode d’enseignement
des évêques, soit dispersés soit
réunis en concile mais en tous les cas unis au
souverain Pontife.
Ce
passage de la constitution bien compris
complète fort heureusement notre acte de foi,
lui-même expression et résumé de
l’union du Christ et de Son Eglise :
«On
doit croire de foi divine et catholique, toutes les
vérités qui sont contenues
dans la parole de Dieu écrite ou transmise par
Chapitre
III, de fide.
II -
Un dilemme dans le clergé et parmi les
fidèles
1-
Le
dilemme.
C’est dans le
contexte que nous venons de décrire que se situe le dilemme
entre ceux d’une
part qui ont perdu de vue les principes
élémentaires des modes d’enseignement
et qui interprètent ceux-ci de
façon fort restrictive, et ceux
d’autres part qui embrassent toute cette doctrine de
l’Eglise et qui devant
les hérésies conciliaires et les
réformes postconciliaires
qui sont désormais des faits, ne
peuvent y voir la voix et l’œuvre
de l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Les
premiers contournent les problèmes, pour des raisons que
nous allons démontrer,
et ne posent jamais les bonnes questions.
Les seconds, au
contraire, saisissent combien la vraie nature du magistère
dans l’exercice de
ses différents modes d’enseignement correspond
à l’ordre formel de Notre
Seigneur lorsqu’il dit à ses
Apôtres :
«Toute
puissance M’a été donnée
dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez
toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du fils
et du Saint-Esprit,
et leur enseignant à observer tout ce que Je vous ai
commandé. Et voici que Je
suis avec vous tous les jours, jusqu’à la
consommation des siècles» (Matthieu,
xviii,
18-19).
Et saint Marc précise : «Celui
qui ne croira pas sera condamné»,
Marc, xvi, 16.
Ils
comparent ainsi les faits conciliaires et post-conciliaires avec la
doctrine et
se posent les véritables questions, celle de
l’autorité et de la
légitimité de
ces « papes conciliaires » et en
remontant aux causes, celles des
conditions nécessaires pour être canoniquement
(validement) élu souverain
Pontife. Mais ces questions, nous l’avons dit, ils se les
posent en n’oubliant
jamais de les replacer dans
le contexte de la conjuration
antichrétienne qui pour arriver à ses
fins avait besoin d’investir la place.
Dans ce dilemme
l’auteur des documents que nous analysons a donc
biaisé, il a cherché une
solution qui permette, et nous insistons bien sur ce fait : d’exclure la
possibilité de parler d’un Magistère
ordinaire
infaillible pour le concile Vatican II.
Ainsi, suite aux
vieilles et vaines tentatives pour prouver que
l’infaillibilité de l’Eglise
n’avait pas été engagée au
concile Vatican II (le fameux argument du concile
«pastoral»),
les tenants de la légitimité des «papes
conciliaires» en sont réduits à
utiliser des circonvolutions.
Circonvolutions qui ne sont évidemment pas faites pour
vulgariser la doctrine
de l’infaillibilité de l’Eglise. Pour
comble, l’auteur n’hésite pas
à affirmer
dans les premières lignes de l’Aide
mémoire : « Doctrine qui est
simple mais qui a été compliquée par des
ambiguïtés de vocabulaire»
! (p. 69 du n° 174 des AFS).
Puisque
selon l’auteur, se sont des
« ambiguïtés de
vocabulaire » qui ont compliqué
la compréhension de la doctrine, nous regarderons donc
quelle est son
argumentation et si la doctrine qui en résulte est simple et
catholique.
III
– Analyse des documents
1-
Nous
avouons que nous goûtons très peu la
méthode de l’auteur qui consiste à
citer
certains Actes du magistère ainsi que les écrits
des théologiens pour ses fins
particulières et qui ne retenant pas la saine doctrine passe
ensuite celle-ci
sous les feux de sa propre interprétation. De plus nous nous
demandons si cette
méthode, déjà fort peu scolastique, ne
serait pas l’occasion de régler un
contentieux avec quelques clercs et fidèles qui
n’auraient fait que rappeler
correctement la doctrine sur l’infaillibilité de
l’Eglise. La suite de la
réfutation de ces deux documents va nous permettre de
répondre par
l’affirmative.
2-
Quand
Dans les
premières
pages de
Une
définition
dérange donc celui-ci. C’est celle qu’il
relève dans cet article paru dans
«(…) Nous
leur (certains lecteurs de
Indépendamment
de l’article
qui émane d’une communauté
ralliée, l’auteur considère cette
définition comme
une « extension de
l’infaillibilité ». Voici le
passage où nous
signalons l’expression en caractères gras:
«On
trouve la même définition (et la
même extension de l’infaillibilité)
formulée par d’autres
auteurs »(p. 3 et 4 de
Après les
citations
des « autres auteurs », ce genre
de définition, déjà
qualifiée
« d’extension
de
l’infaillibilité »
se
retrouve présentée comme une « thèse ».
C’est ainsi que
l’auteur va se fixer particulièrement sur les
écrits de l’abbé Lucien qui ne
faisait à l’époque (ses
écrits datent de 1994), que rappeler la doctrine sur le
magistère ordinaire et universel (les caractères
gras sont de notre
fait) :
«Par
l’expression ’’Magistère
ordinaire et universel’’(…), il (le
concile Vatican
II) désigne le corps épiscopal uni à
sa tête, dans son enseignement quotidien
et concordant. Il s’agit bien du corps épiscopal
(subordonné à sa tête) à
un
moment donné de l’histoire
(n’importe lequel bien sûr) et aucunement
ce
qui a été enseigné toujours et partout…»
[2] .
Aux dires de Monsieur
Arnaud de Lassus ces textes développeraient une
thèse à laquelle il donne un
titre :
«Dans
ces divers textes, est affirmée comme allant de soi, une
thèse que nous
appellerons, pour faire court, thèse de
l’infaillibilité du Magistère
vivant à
une époque donnée (quelle
qu’elle soit)» (p. 4 de
3-
L’argument de l’auteur
C’est donc
dans cette
dernière citation que nous découvrons
l’argument en question. En effet, il faut
s’arrêter sur l’expression :
«à une époque
donnée». Pourquoi cette
précision dans le titre de cette prétendue
thèse puisque que nous avons vu dans
les définitions que nous venons de donner dans les
Préliminaires et tout
spécialement avec Pie XI dans Mortalium animos,
que «le
Magistère de l’Eglise s’exerce chaque jour par
le pontife romain et par les
évêques en communion avec lui» et qu’en cela
il y a parfaite
conformité aux Paroles de Notre Seigneur ?
Cette
précision fait
référence au passage
précédent de Monsieur l’Abbé
Lucien. Si nous revenons
quelques instants sur ce texte, celui-ci signale que le
magistère ordinaire et
universel ne peut être que le corps épiscopal
subordonné à sa tête et cet
abbé
insiste bien : «dans
son enseignement quotidien et concordant, à un
moment donné de l’histoire».
L’abbé Lucien réfute donc à
cet endroit
précis un argument qui consistait
déjà depuis plusieurs années, et
à cause
du fait Vatican II, à dire que le magistère
ordinaire et universel
n’était pas le
corps épiscopal uni au
souverain Pontife, mais «ce qui a
été enseigné toujours et
partout», autrement dit, non
pas l’autorité
ecclésiastique, ni même la fonction, ni encore le
mode d’enseignement employé
par l’autorité, mais l’enseignement des
évêques depuis les origines.
C’est cet
argument
repris et développé d’une
façon fort singulière par Monsieur Arnaud de
Lassus
que nous allons devoir analyser et réfuter. Nous
relèverons au fur et à
mesure :
- comment ceux qui ne
veulent jamais aborder le problème du concile en posant les
bonnes questions,
s’évertuent à trouver des solutions qui
permettent d’exclure
la possibilité de parler d’un magistère
infaillible au
concile Vatican II.
- la
méconnaissance
de tout ce qui a été écrit par les
théologiens dignes de ce nom sur les modes
d’enseignement de l’Eglise.
- ainsi que de
singuliers procédés pour faire dire aux mots et
même à
Remarquons
dès à
présent que l’auteur pensera certainement avoir
répondu aux difficultés posées
par le magistère conciliaire et post-conciliaire, alors que
l’auteur ne fera
que réfuter
des faux problèmes, et
disserter d’une manière
générale en étant hors sujet,
car ce n’est
pas le magistère ordinaire et
universel en tant que tel qu’il fallait redéfinir,
mais dire pourquoi celui-ci
fut faillible lors
de ce dernier concile et
pourquoi il l’est toujours à l’heure
actuelle !
4-
Le problÈme tel qu’il se pose
Avec le concile
Vatican II nous nous trouvons devant un fait.
Convoqué par Roncalli,
repris et présidé par Montini
(appliqué par ce dernier, mais aussi par Luciani,
Wojtyla, et Ratzinger) les décrets de ce
‘’concile’’ ont
été promulgués par
quelqu’un qui apparemment du moins était pape. Ce
‘’concile’’ étant
clos depuis
longtemps, il est désormais pour tous un fait historique,
fait historique et
théologique sur lequel tout repose pour la secte
conciliaire, évidemment !
Or, lorsque nous
regardons les faits, d’une part toutes les conditions
réunies pour que ce
concile soit infaillible et d’autre part les
hérésies ratifiées et
promulguées,
nous pensons à un raisonnement de Saint Thomas
d’Aquin : « aucun
principe ne tient devant un fait
contraire ».
Ainsi le
principe, avec Vatican II, c’est
qu’étant un concile
œcuménique, il ne peut
pas enseigner d’erreur doctrinale,
et le fait
contraire,
c’est que les textes promulgués par ce
‘’concile’’ en
contiennent plusieurs (à bien tout
compter : 202 !).
Normalement, en
suivant saint Thomas, on devrait conclure que le principe,
c’est à dire
l’infaillibilité du magistère,
démenti par le fait contraire, ne tient pas.
Mais la foi théologale s’oppose à une
telle conclusion. En effet, ici, la
vérité du principe est garantie par la
véracité de Dieu, qui est absolue.
Cependant la
véracité
de Dieu ne supprime pas le fait et le fait demeure et perdure. Comment
sortir
alors de la contradiction ?
Disons-le tout de suite, soit par un raisonnement de
gribouille, soit en
libérant les consciences par un raisonnement de foi
et c’est tout le
dilemme dont nous avons parlé il y a quelques instants.
5
-
Le raisonnement de gribouille
C’est
celui de tous ceux qui, n’ayant pas une foi
éprouvée, se laissent guider par le sentiment.
Ceux-là font subir au principe
(l’infaillibilité du magistère) de
multiples contorsions pour l’ajuster à leur
comportement et sauver arbitrairement les apparences.
6-
Le raisonnement de foi
C’est celui,
non
seulement de ceux qui possèdent cette vertu, mais de ceux
chez qui cette vertu
est éprouvée et guide leur comportement.
Habitués à vivre de la foi, ils savent
que la foi interdit de résister à
l’autorité.
Mais ils
n’oublient
pas pour autant que c’est cette même vertu
théologale qui leur commande de refuser les
nouveautés de Vatican II.
Ils comprennent alors, dans la lumière de la foi, que les
responsables de ces
doctrines erronées, que cette même vertu leur
interdit d’accepter, ne sont pas
et ne peuvent pas être revêtus par Dieu de
l’Autorité qu’ils devraient avoir.
Le problème, que Vatican II posait à leur
conscience catholique, se trouve
ainsi résolu dans le respect du principe
(infaillibilité du magistère) et du
fait ( car ce dernier concile sera considéré
comme il se doit, c’est à dire
comme un conciliabule).
7-
L’auteur a choisi le raisonnement de
gribouille
L’auteur des
documents cités (M. Arnaud de Lassus) n’ayant pas
mis en avant la véracité du
principe (l’infaillibilité du
magistère) garanti par la véracité de
Dieu, et ne
pouvant nier le fait (Vatican II) se trouve donc obligé
de ne pas respecter
le principe, c’est à dire ici le
Magistère ordinaire et universel.
C’est ainsi
que nous
allons assister à plusieurs dichotomies.
L’auteur sans égard pour le
sens employé par le magistère, car
c’est tout de même cela qui prime avant de
faire des dissociations de sens à l’aide
d’un dictionnaire sur la langue
française, va donc séparer
l’autorité (ou
pouvoir d’enseigner) d’avec
l’enseignement lui-même.
Une seconde dissociation sera opérée à
partir du mot
«infaillibilité».
Enfin une troisième dichotomie qui portera sur le mot «universel»
( celui contenu dans magistère
ordinaire universel) :
-
une «universalité dans
l’espace», une
«universalité dans le temps», pour
conclure à l’universalité dans
l’espace et
dans le temps pour accorder l’infaillibilité au
magistère ordinaire et
universel ainsi redéfini. Et pourtant l’auteur
nous a dit : « Tachons
d’y voir clair » (p.
5 de
8
-
Les
deux critÈres de vÉritÉ
Pour analyser
ces dichotomies et leurs conséquences nous devons absolument
rappeler les deux
critères de vérités que sont :
- le
magistère
(que nous appelons « autorité
ecclésiastique dans l’ordre de
l’enseignement »
- et la foi
commune ou Tradition qui
elle-même possède à son tour plusieurs
critères :
- le consentement
unanime des Pères
- le consentement
unanime des docteurs de l’Eglise et des
théologiens
- le consentement des
fidèles qui est souvent défini par le canon de
Saint Vincent de Lérins :
« Tenons pour vrai ce qui a
été cru partout, toujours, et par tous les
fidèles ».
Après ce
rappel,
précisons également en quoi consiste ces trois
consentements qui
composent
«Le
consentement unanime des Pères est une expression directe de
l’Eglise enseignante »
(…) « le consentement unanime
des théologiens et celui des fidèles
nous apportent le témoignage de l’Eglise
enseignée, mais recueillie dans des
conditions où il traduit,
sans aucun doute possible
la pensée de l’Eglise enseignante, dont il est le
reflet ou l’écho fidèle.
Tels sont les principaux
moyens humains par
lesquels s’exerce
l’infaillibilité du magistère
enseignant »(p. 156,157
ouvrage
précité).
Il
est donc fort regrettable que ce passage et
tout spécialement la dernière phrase de Mgr Louis
Prunel, n’ait pas été retenue
par l’auteur, car « les moyens
humains par lesquels s’exerce
l’infaillibilité du magistère
enseignant » ne peuvent faire passer en
second plan ou même supprimer la
véracité de Dieu qui garantit
l’enseignement
de son magistère.
Or, c’est
bien à cela
que l’auteur va aboutir en se livrant à la
dichotomie du mot magistère et à
celle de la notion d’infaillibilité.
9
-
Ce qu’il faut savoir
Le passage de
l’ouvrage de Mgr Louis Prunel le résume et les
ouvrages des théologiens le
développent, mais nous pouvons déjà
retenir ici que
«Ego
enim accepi a Domino quod et tradidi vobis
(…)», «Car j’ai
appris du
Seigneur ce que je vous ai moi-même transmis
(…)» (I
Cor., xi
23).
Ainsi dans la vie de
l’Eglise les deux critères, Magistère et Tradition,
qui ne doivent en aucune façon être
opposés, jouent ainsi dans une perpétuelle
interéaction, avec une priorité au
magistère hiérarchique de par son
enseignement et son jugement car celui-ci possède bien en
lui-même la fidélité
de Notre Seigneur Jésus-Christ, indépendamment
du consentement de l’Eglise,
tout en s’affirmant en communion avec elle.
Ainsi
le magistère, règle prochaine de la foi,
s’assure de l’accord de son
enseignement avec le dépôt de la foi,
«On
doit croire de foi divine et catholique, toutes
les vérités qui sont contenues dans
10-
Les diffÉrents sens du mot
« magistÈre » :
L’auteur
qui pourtant cite lui aussi la constitution Dei Filius
ainsi que des
passages de saine doctrine, ne retient cependant pas ceux-ci et se
livre à la
dissociation des différents sens du mot magistère.
En cela, nous l’avons
dit, il ne tient absolument pas compte du sens utilisé dans
la scolastique, et
plus précisément par Pie IX et les
Pères conciliaires.
Ainsi, en pages 5 et
6 de
«Le
magistère, pouvoir d’enseigner, est l’un
des trois pouvoirs de l’Eglise ; il
est fondé sur l’ordre de Notre Seigneur aux
Apôtres : «Tout
pouvoir M’a été donné au
ciel et sur la terre ; allez donc : enseignez toutes
les nations…».
Suit une
définition
qui est celle donnée par Mgr Louis Prunel. Une autre est
tirée du Dictionnaire
pratique des connaissances religieuses de J.
Rivière et celle-ci se
termine par une réflexion qui vaut son pesant d’or
dans notre contexte :
«De
toute façon, ce terme caractérise
l’autorité ecclésiastique dans
l’ordre de
l’enseignement »(
cité en p. 6 de
Or,
chose curieuse l’auteur continue : « Au sens large, le
mot « magistère peut désigner
(c’est nous qui soulignons) non plus le pouvoir
d’enseigner de l’Eglise mais l’enseignement
même (idem) qui
est dispensé ».
Et si nous nous
reportons à l’Aide-mémoire,
l’auteur précise en page 70 de ce
document :
«Le
mot "magistère" : - sens principal : fonction
d’enseigner : - premier
sens dérivé : le résultat de la
fonction, autrement dit l’enseignement.
Deuxième sens dérivé
(couramment utilisé mais ne correspondant
pas au sens original du mot latin magisterium et
créant des ambiguïtés)
: le, ou les,
titulaires de la fonction. Ainsi,
quand on parle de ‘’magistère ordinaire
de l’Eglise ‘’ l’on
désigne par là :
- soit la fonction d’enseigner du pape et des
évêques dans son exercice
quotidien (enseignement ordinaire) ; - soit cet enseignement
ordinaire ; - soit le pape et les évêques
dans l’exercice de cette
fonction».
Loin de croire
qu’il
s’agisse d’une simple question de vocabulaire, nous
avons affaire ici à une méthode totalement
erronée. Commençons tout
d’abord par dénoncer une affirmation
péremptoire.
11-
Une affirmation pÉremptoire
En effet,
l’auteur
vient d’introduire lors du deuxième sens
dérivé du mot magistère,
une
affirmation symptomatique des lacunes dont nous avons parlé,
celles des manques
de connaissances religieuses en cette deuxième
moitié du XXè
siècle.
Car enfin où
a t-on
déjà vu que le terme
« magistère » tel que
« couramment
utilisé (…) créait
souvent
des ambiguïtés » ?
Nous
croyons bien au contraire que ces
«ambiguïtés»
n’existent que chez les
‘’théologiens’’
auxquels l’auteur se réfère et que
celui-ci citera pour
démontrer que désormais grâce aux
travaux de ces derniers, l’on a enfin compris
ce que les termes magistère ordinaire et universel
voulaient
désigner !
Après ces
considérations passons à la méthode
employée par l’auteur :
12-
Suppression, permutation
Que
penser, en effet, en approfondissant le
raisonnement de Monsieur Arnaud de Lassus, lorsque nous nous apercevons
que
dans l’annexe de l’Aide-mémoire en p.
77, celui-ci ayant choisi et retenu le
premier sens dérivé du mot magistère :
l’enseignement, place ce
premier sens dérivé, en
« premier sens » tout court, faisant
même
disparaître le sens principal, c’est à
dire la fonction d’enseigner ! Le
lecteur, même sans être en possession de ces
documents
[4] ,
pourra juger lui-même de l’opportunité
de cette méthode car la fin ne
justifie pas les moyens.
L’auteur
qui n’a qu’un but précis, nous le
rappelons encore une fois : exclure la
possibilité de parler d’un magistère
ordinaire infaillible pour le concile
Vatican II, force les consciences pour faire admettre
que le terme magistère,
dans magistère ordinaire et universel,
n’est pas l’autorité enseignante,
ni la fonction d’enseigner, ni le mode
d’enseignement (dont il ne parle pas), mais l’enseignement
de ce magistère.
Or, ce qui nous
importe ici de faire remarquer, c’est que cette
méthode dissocie
totalement le sujet et l’objet du magistère.
Le sujet étant l’autorité
ecclésiastique dans l’ordre de
l’enseignement et
l’objet étant l’enseignement, l’auteur
en choisissant le sens dérivé
« enseignement » vient
tout bonnement de remplacer le
sujet : l’autorité
ecclésiastique, par son objet ! Et
c’est bien en cela que l’argument
de l’auteur doit être principalement
réfuté car celui-ci n’est ni plus ni
moins
que scandaleux pour
la foi.
En effet, le
magistère ecclésiastique qui a reçu le
pouvoir d’enseigner et qui est garanti
par la véracité de Dieu, qui est cause
première, se trouve remplacé par
l’enseignement, l’enseignement des
évêques, c’est entendu, puisque
l’auteur ne
parle que de ceux-ci à propos du magistère
ordinaire et universel, mais
l’enseignement tout de même qui, d’objet
qu’il était devient sujet par l’astuce
de l’homme. Cette astuce ou artifice est un mensonge
s’il y a intention de tromper et les conséquences
sont évidemment gravissimes. «Omnis
homo mendax», «Tout
homme est menteur» nous dit
le Psaume (Ps .cxv,
11).
13-
Comment cet «enseignement - magistÈre»
peut-il Être infaillible ?
Si donc maintenant
nous considérons ce nouveau magistère ordinaire
que nous appellerons ‘’enseignement
- magistère’’ par rapport au
véritable magistère ecclésiastique
dans
l’ordre de l’enseignement, comment ce
« magistère »
recevra-t-il son infaillibilité ?
- de la cause
première qui est Dieu qui ne peut ni se tromper,
ni nous tromper ?
- de la cause
efficiente, qui est l’infaillibilité en
tant que « don surnaturel ou
privilège que Notre
Seigneur Jésus-Christ accorde à Son Eglise pour
ne pas errer en matière de foi
et de croyance » ? (Mgr
de Ségur ; Le dogme de
l’infaillibilité, p. 220,
cité par l’auteur
en p. 70 de son Aide-mémoire).
- ou encore de la cause
instrumentale que sont les critères de
Disons-le tout de
suite ce magistère ne pourrait recevoir
son infaillibilité que des
critères de
«Son
infaillibilité(du magistère ordinaire et
universel) est celle de ce qui a
été cru partout, toujours et par tous»
! (p.
31 de
Or, nous ne savons pas
si les
‘’théologiens’’
post-Vatican
II sont conscients de tous les tenants et aboutissants de cette
affirmation car
leur enseignement-magistère est condamné
dès le départ à ne recevoir
aucune infaillibilité pour la bonne raison que les
critères de
Le
théologien J.-M.-A. Vacant qui a
étudié comment
l’infaillibilité est accordée aux
critères de
«Ainsi
s’explique l’infaillibilité que nous
avons attribué aux consentements unanimes
des saints Pères et des théologiens. Elle vient
du magistère ordinaire de
l’Eglise enseignante, et spécialement du
magistère du souverain Pontife qui
approuve leurs enseignements formellement ou tacitement».
C’est
parce que l’infaillibilité de l’Eglise
découle toujours du magistère que
celui-ci est dit règle prochaine de la foi. Ces points de doctrine
sont implicitement
contenus dans les formules brèves que nous avons
citées précédemment, dans le
passage de la constitution Dei Filius et dans notre
acte de foi.
Nous croyons
l’Eglise
parce que son magistère, règle prochaine de la
foi, est infaillible de cette
infaillibilité de Notre Seigneur Jésus-Christ, du
«céleste Infaillible», pour
reprendre une expression de Mgr de Ségur.
Par
conséquent ne pas tenir compte ou faire passer
en second plan la règle prochaine de la foi est une atteinte
en la foi en Dieu
et en Son Eglise qui ne peut ni se tromper ni nous tromper.
Avant de regarder la
dichotomie de la notion d’infaillibilité, nous
pouvons donc déjà tirer les
premières conséquences de l’argument de
l’auteur.
14-
ConsÉquences de l’argument de l’auteur
Nous avons dit que
l’argument employé était scandaleux pour la foi
et nous avons montré pourquoi, mais il nous faut aussi
parler des conséquences
de cet argument.
L’astuce ou
l’artifice pour faire passer l’objet du
magistère à la place du sujet conduit
à
un libre examen
et à un néo-gallicanisme.
Libre
examen et nÉo-gallicanisme
Puisque selon la
nouvelle définition, le magistère ordinaire et
universel devient «la
constance de l’enseignement de
l’Eglise à travers le temps et
l’espace» pour reprendre une
autre expression de
l’auteur (page 4 de couverture de
Ce libre examen
entraîne à son tour à un
néo-gallicanisme car l’enseignement ne sera
accepté
qu’après l’assentiment de ceux qui
auront vérifié sa conformité avec
Ces deux erreurs,
l’auteur les manifeste dans la
conclusion de son Aide-mémoire:
«Grâce
à elle ( la doctrine sur
l’infaillibilité selon sa version ) nous savons que la
vérité peut
facilement être atteinte avec
certitude (…) Dans la pratique, ce qui
compte surtout, c’est la fidélité au
magistère constant que saint Vincent de
Lérins a si clairement formulée :
‘’Il faut veiller à tenir ce qui a
été
cru partout, toujours et par tous. C’est cela qui est
catholique au sens propre
et véritable» (p. 76 de
l’Aide-mémoire).
Cette affirmation est
une grave erreur
car, en plus du rejet
en second plan de la véracité de Dieu qui garanti
le magistère, règle prochaine
de la foi, ce moyen pour agir droitement avec la foi catholique,
excellent en
soi et de grande utilité pour les théologiens,
pour prouver l’apostolicité de
l’Eglise par exemple, est quasi impossible à
utiliser par les simples fidèles. Il
nécessite en particulier des
connaissances historiques et patristiques que la grande
majorité d’entre eux ne
possède pas. J.-M.-A. Vacant l’affirme
lui-même :
«Il
est en effet, des points de doctrine certains et imposés
comme tels, même par
des jugements solennels, et qui sont au-dessus de la portée
du plus grand
nombre des laïques. Aussi serait-ce à tort
qu’on chercherait à se rendre compte
de la foi de l’Eglise sur ces points par la foi du peuple.
Autant vaudrait, dit
Melchior Cano (De Locis theol.,I. IV, c. VI, ad 14), demander
à un aveugle
qu’il voie les couleurs ».
- De même que
c’est une deuxième erreur de dire que « grâce
à elle ( toujours la doctrine
de
l’infaillibilité selon la version de
l’auteur), nous sommes
à même de résister sans
hésitations ni
inquiétudes à la redoutable crise doctrinale de
notre époque » ( idem,
p. 76).
En effet,
ceux qui prétendent utiliser le ‘’quod
semper et ubique ‘’ auront
beau jeu lorsqu’ils affirmeront s’ils suivent le
canon de saint Vincent de
Lérins : «"partout, toujours", tous les
catholiques se sont
distingués des schismatiques et des
hérétiques par leur
prompte obéissance au pape régnant».
Que font-ils maintenant de ce
qui a toujours été fait dans le
passé ? puisqu’ils ont constamment recours à un
«devoir de désobéissance».
Il n’est donc
pas difficile de voir que ce sont ce libre examen
et ce néo-gallicanisme que nous retrouvons dans la position
actuelle de la
majorité traditionnelle.
Après avoir
souligné
les premières conséquences de cet argument, nous
pouvons maintenant regarder la
dichotomie du mot infaillibilité et
comprendre pourquoi l’auteur parlait
« d’extension de
l’infaillibilité »
là où il n’y avait
qu’affirmation
de la saine doctrine.
15-
Les diffÉrents sens du mot
« infaillibilitÉ »
Afin de garder une
définition classique de
l’infaillibilité reprenons celle que nous venons
de
citer plus haut :
«L’infaillibilité
de
l’Eglise est le don surnaturel
que Notre Seigneur Jésus-Christ
a fait à l’Eglise de ne pas errer en
matière de
doctrine et de croyance»
(Mgr de
Ségur, ouvrage précité).
Toujours selon cette
même méthode, citant mais quittant ces
définitions comme celle donnée par Mgr
de Ségur, l’auteur distingue maintenant deux sens
au mot infaillibilité.
Ainsi dans
«Le
mot
’’infaillibilité’’:
Mot utilisé dans deux sens :
-
infaillibilité au sens subjectif :
« la qualité d’une personne
(ou d’un groupe de personnes) qui, certaines conditions
étant requises, ne peut
pas se tromper ;
-
infaillibilité au sens objectif : le
mot s’applique à une
doctrine et non plus à une personne : on parlera de
doctrine au sens de
doctrine certainement vraie ».
Il
est évident que cette distinction
opérée sur le mot infaillibilité
n’a
d’autre but que de choisir ce dont a besoin
l’auteur, c’est à dire
« une
doctrine certainement vraie » afin de correspondre
à
« l’infaillibilité »
de son enseignement-magistère.
Mais il y a
plus grave encore, car selon la même méprise que
pour sujet et objet dans la
dichotomie du mot magistère,
l’auteur utilise de nouveau les deux sens
du mot infaillibilité sans se rendre
compte qu’il manipule à son
gré
le sujet et l’objet de l’infaillibilité
pour les besoins de son argument.
C’est ainsi
que dans
son interprétation de la constitution Dei Filius, il
nous dit :
«Deux
infaillibilités apparaissent
ici : l’infaillibilité subjective du
pape, l’infaillibilité objective de
l’enseignement appelé
«magistère ordinaire et universel» !
(Aide-mémoire, p.
69)
L’erreur est
toujours la même, et il nous semble que l’auteur
s’enfonce encore plus dans son Aide-mémoire que
dans sa Note parue 5 ans
auparavant. En effet, celui-ci utilise le sujet de
l’infaillibilité, l’autorité
en tant que personne pour le jugement solennel du souverain Pontife,
mais prend
une fois encore l’objet
de l’infaillibilité :
l’enseignement
(le sens de
« doctrine certainement vraie »),
lorsqu’il veut parler du magistère
ordinaire et universel. C’est ainsi que cette
« infaillibilité objective
de l’enseignement » est appelée
‘’ magistère ordinaire
et universel’’ » !
Evidemment si
l’on a point vu dans la dichotomie, que l’on se
trouvait en présence du sujet
et de l’objet de l’infaillibilité,
l’on pourra obtenir autant d’enseignements
infaillibles que le mot infaillibilité peut fournir de sens.
C’est
d’ailleurs
cette méprise et cette
méthode qui est l’origine de ce faux
problème
lorsque l’auteur se bat contre ce qui est que
chimère : « le pape
bénéficierait de deux
infaillibilités »
(p.78 de
l’Aide-mémoire) ou encore : « l’hypothèse
d’une double infaillibilité pontificale est exclue »
(idem).
Avec de
telles astuces, le magistère ordinaire
et universel qui est donc devenu
un enseignement-magistère
reçoit à présent
« l’infaillibilité »
qui lui était nécessaire. Ainsi
l’auteur ne
craindra point de réinterpréter la constitution Dei
Filius et d’affirmer
dans une phrase subtile :
«Ce
texte met en évidence deux catégories
d’enseignements « auxquelles ont
doit croire de foi divine et catholique »
et qui sont donc
infaillibles » (p. 71 de
l’Aide-mémoire).
L’auteur en
arrive donc à contredire
Pie IX, les Pères
conciliaires et tous les théologiens du XIXè
siècle. Mais
comment a-t-il formé cette phrase qui semble être
une conclusion
irréversible ? C’est ce que nous allons
regarder en analysant sa technique
du copier – coller.
16-
Technique du copier–coller
Nous devons
en effet dénoncer, là encore, la technique
employée par l’auteur pour faire
dire à la constitution Dei Filius ce
qu’elle n’a jamais dit. Reprécisons
celle-ci puisque la réfutation de l’argument nous
y oblige :
«On
doit croire de foi divine et catholique, toutes les
vérités
qui
sont contenues dans