
CONSTAT DOCTRINAL
sur la
TRADITION CATHOLIQUE
et sur la
Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
(FSSPX)
Fondée par Mgr Marcel Lefebvre
Abbé Michel Marchiset
Première version - 2 juillet 2006
Table des matières
I – La forme d’action de notre combat et les questions qui y sont abordées
2 –La forme d’action en elle-même
3 - Bref regard sur les questions abordées dans nos actions
II – Les deux causes principales de la situation doctrinale de la Tradition et de la FSSPX
1 - Quarante ans d’erreurs sur l’infaillibilité
Une monition dans le Catéchisme du concile de Trente
2 – Les lacunes ou le refus d’étudier la nature de l’adversaire et de ses méthodes
2. A propos de la visibilité de l’Eglise
3. A propos de la prophétie de Zacharie 13 / 7
5 - Ceux qui ramènent tous les problèmes à celui de l’autorité du pape
6 – La situation de la FSSPX et ses rapports avec Rome
« La FSSPX deviendra ce que les hommes en feront »
Opacité des informations, « préalables » et « processus de réconciliation »
L’influence du réseau allemand
IV – La pédagogie divine : justice et miséricorde
1- Comment s’exerce cette pédagogie divine
2 – Comment la Très Sainte Vierge Marie nous rappelle cette pédagogie divine
En ce qui concerne les temps de purifications :
En ce qui concerne l’intervention de la justice divine et de sa miséricorde :
En ce qui concerne le Règne de Notre Seigneur, de Son Sacré-Cœur tant de fois annoncé :
Depuis plusieurs années et particulièrement depuis quelques mois, la FSSPX à laquelle bien des clercs et des fidèles sont redevables, fait l’objet de discussions où se mêlent des opinions des plus controversées. Il nous a donc semblé nécessaire de faire une analyse sur cette situation doctrinale et ses conséquences, qui, de plus, en ces jours d’élections et nominations au sein de la Fraternité sacerdotale et précisément dans le contexte de ses relations avec Rome, amènera à plus ou moins court terme clercs et fidèles à préciser et à choisir leur position.
Mais cette analyse que nous vous invitons à lire consciencieusement ne se veut pas être seulement un simple constat, car l’âme catholique y trouvera également, certes sous la forme de réfutation de l’erreur, la saine doctrine sur le neuvième article du Symbole, Je crois la sainte Eglise catholique, le rappel de la pédagogie divine, ainsi que quelques indications d’ordre spirituel.
Avant de rentrer dans le vif du sujet et puisque le lecteur sera conduit à se poser la question du pourquoi des divisions et surtout des désertions, désertions passées mais aussi malheureusement sur celles qui sont prévisibles, et par conséquent du peu de clercs et de fidèles appelés à défendre la vérité, nous voulons d’emblée signaler ici ce qui était déjà tout à la fois un constat et une solution exprimée à la fin du XIXè siècle par le père Aubry[1]:
«Ce qu’il nous faut, ce sont des chrétiens et des prêtres radicaux dans le bien. Lorsque les idées régnantes, les désertions et les scandales, auront enlevé à l’Eglise la moitié, puis les trois quarts, puis les neuf dixièmes, puis les quatre-vingt-dix-neuf centièmes, puis les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millièmes de sa famille, si le millième demeure fidèle est excellent et radical, tout sera gagné car ce millième formera la petite mais vaillante armée de Gédéon, la semence saine et irréprochable d’une nouvelle société.
Combien serait plus puissante, pour la régénération d’un peuple comme le nôtre, une telle phalange, sortie d’écoles théologiques solides, armée de toute la force surnaturelle de l’Evangile, fortifiée de principes sûrs et inébranlables contre l’esprit du siècle ! Elle se répandrait partout, occuperait les positions sacerdotales, comme des postes militaires où elle doit faire sentinelle et combattre, saupoudrerait en quelque sorte la société et lutterait avec ce bel ensemble contre l’erreur. Certainement elle vaincrait, à moins que l’Ecriture n’ait menti en disant : « Haec est victoria quae vincit mundum, fides nostra » (I Joan., v, 4).
On dit souvent : « Les hommes manquent ! » Je n’en crois rien ; ce sont les principes qui manquent, et il y aura toujours assez de chair humaine. La France est trop féconde pour manquer d’hommes ; quand on a les bons principes, on fait des merveilles avec quelques hommes. Notre Seigneur a précisément voulu, par le choix des Apôtres, prouver que la pauvreté d’hommes n’est pas un obstacle, mais une ressource souvent, toujours même, moyennant les principes.
Le mal, c’est qu’il y a des hommes, beaucoup d’hommes, mais peu de principe ».
Si cette affirmation du père Aubry est sans aucun doute la première des constatations que l’on peut faire sur l’ensemble de la situation doctrinale de la Tradition, elle est aussi, le lecteur l’aura compris, un moyen qui permettra de parvenir au dénouement de ce qui a pris l’allure d’une persécution morale pour l’âme catholique qui désire rester fidèle à Notre-Seigneur et à Son Eglise. Aussi avant de regarder les deux causes principales de cette situation, précisons la forme d’action employée dans notre combat.
Lorsque l’on fait le tour de ce qui est dit de notre action, les opinions sont divergentes. Elles sont elles-mêmes les conséquences de cette situation que nous allons vous présenter plus en détail.
C’est ainsi que certains traitent notre site « d’empêcheur de tourner rond »[2], c'est-à-dire nous accusent, nous et nos analyses, de gêner les relations et les accords de la FSSPX avec Rome parce que ceux-là estiment que depuis la reprise des contacts en 1999 -2000, et surtout depuis l’ « avènement » de Ratzinger devenu Benoît XVI, de nouveaux espoirs sont permis, titrant même cette reprise des relations avec ces autorités conciliaires de « tempête apaisée »[3], comme si du reste il n’y avait pas avant que Notre Seigneur ne commande au vent et à la mer, ce reproche : « Hommes de peu de foi » !
Rome ayant perdu la foi, nous verrons donc combien le titre de cet ouvrage est fort révélateur de ces fausses espérances suscitées et entretenues au cours de ces « pontificats » conciliaires.
D’autres, tout en sachant très bien que notre but est d’éviter le ralliement-apostasie de ladite Fraternité avec cette église conciliaire, nous accusent précisément de vouloir éviter à la FSSPX ce ralliement, estimant que ce ralliement est d’autant plus nécessaire que celui-ci permettrait enfin « d’y voir plus clair », de séparer ainsi les vrais des faux catholiques[4]. Certains se satisferaient ainsi d’une revanche sur les difficultés qu’ils ont subies ou qu’ils subissent encore de la part de la FSSPX.
Si la première sorte d’opinion à notre égard est la conséquence des méconnaissances sur l’Eglise et son infaillibilité ainsi que des lacunes sur la nature et les méthodes de l’ennemi du Christ et de Son Eglise, la deuxième sorte d’opinion, par contre, manifeste un manque de dimensions surnaturelles et de charité. En effet, le combat actuel n’est pas uniquement un combat pour soi-même, mais aussi un combat afin que clercs et fidèles puissent refuser ce ralliement-apostasie, non pas en raison de quelques doutes ou de quelques craintes, mais en possédant les véritables raisons, et puissent faire leur salut en restant fidèles à la véritable Eglise de Notre Seigneur, à la foi catholique sans laquelle on ne peut plaire à Dieu, et fidèles aux sacrements valides sans lesquels il est quasiment impossible de se sanctifier et de garder la Foi.
Après ces deux sortes d’opinions divergentes, précisons maintenant cette forme d’action.
Là encore les opinions divergent. Elles divergent tout simplement parce qu’il y en aura toujours dans le combat actuel, ce combat qui n’est autre que cette lutte « contre les principautés et les puissances (infernales), contre les gouverneurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs » (Ephésiens 6 / 11,12), qui s’offusqueront de la manière dont nous parlons. Ils s’offusqueront puisque nous désignons ceux qui se sont mis volontairement au service de ces « puissances infernales » et qui font le jeu de ces « gouverneurs de ce monde de ténèbres », ou de ceux qui manipulés inconsciemment finissent par faire le jeu de l’adversaire du Christ et de son Eglise[5].
Il nous semble donc important de rappeler ici ce que les auteurs antilibéraux nous disent de cette forme employée dans le combat, cette forme qui correspond également à l’injonction de Léon XIII dans son encyclique Humanum Genus, « d’arracher leur masque aux ennemis de l’Eglise »[6].
Don Guéranger, par exemple, que beaucoup connaissent pour son Année liturgique, et qui a toute sa place parmi les auteurs antilibéraux, précise fort bien la forme de cette narration qui correspond à ce qu’il appelle « les jugements historiques » :
« Les jugements historiques ont une singulière importance (…) Ils peuvent être formulés avec une certaine autorité, ou d’autres fois résulter de l’agencement des récits et du choix des termes (…)
Quand je parle de jugements historiques, je ne parle pas des faits : pour ces derniers, il n’y a que la vérité, et l’historien chrétien doit être entre tous un narrateur véridique. Il ne doit flatter personne, ne déguiser les torts de qui que se soit ; en même temps, il ne doit pas craindre de faire justice de mille calomnies qui avait fait de l’histoire une immense conspiration contre la vérité. Il tiendra donc la balance droite, et c’est en cela qu’il se montrera fidèle à la plus rigoureuse impartialité. Voilà pour les faits : quant aux jugements, aux appréciations, il est évident que le chrétien doit différer du philosophe. Le contraire serait tout simplement absurde, et la mollesse en pareille matière serait gravement répréhensible. Le chrétien juge les faits, les hommes, les institutions au point de vue de l’Eglise ; il n’est pas libre de juger autrement, et c’est là ce qui fait sa force. Un historien chrétien dont les jugements sont acceptés par les philosophes est infidèle, où les philosophes en question ne sont plus philosophes. Il faut donc se résoudre à choquer, où, si l’on en a pas le courage, s’abstenir d’écrire l’histoire »[7].
Si par conséquent cette forme que certains nous reprochent, s’explique, celle-ci sera facilement admise lorsque nous regardons attentivement ce que nous en dit Dom Félix Sarda Y Salvani dans son ouvrage Le libéralisme est un péché[8]. A la lecture de ces quelques citations que nous tirons de son introduction, le lecteur peut aisément faire le rapprochement avec la teneur et la forme des messages de notre Site Virgo-Maria.org (les caractères gras sont de notre rédaction).
« Ne vous alarmez pas, pieux lecteur, et ne débutez point par faire mauvaise mine à cet opuscule. Ne le rejetez pas avec effroi en le feuilletant, car si brûlantes, si embrasées, si incandescentes que soient les questions qu’il traite (…) vous n’aurez pas les doigts brûlés ; le feu dont il s’agit ici n’est que métaphore et rien de plus. Je n’ignore point, et du reste vous allez vous hâter de me dire pour excuser vos craintes, que vous n’êtes pas le seul à ressentir une invincible répulsion et une horreur profonde pour de pareils sujets. Hélas ! je ne sais que trop, combien cette manière de penser et de sentir est devenue une infirmité, une espèce de manie en quelque sorte générale, aux temps où nous vivons. Mais dites-moi, en conscience, à quel sujet d’un véritable intérêt la controverse catholique peut-elle se consacrer si elle est tenue à fuir toute question brûlante, c’est à dire : toute question prise sur le vif, palpitante, contemporaine, actuelle ?
A combattre des ennemis vaincus et morts depuis des siècles (…) A traiter des questions du jour, à la vérité, mais des questions qui ne soulèvent aucun désaccord dans l’opinion publique, et n’ont rien d’hostile aux droits sacrés de la vérité ?
Vive Dieu ! Et ce serait pour cela que nous nous appelons soldats, nous les catholiques, que nous représentons l’Eglise comme armée, et que nous donnons le titre de capitaine au Christ Jésus notre chef ? Et c’est à cela que se réduirait la lutte sans trêve que nous sommes tenus de livrer à l’erreur[9], dès que par le baptême et la confirmation nous sommes armés chevaliers d’une si glorieuse milice ? Mais une guerre qui appellerait au combat contre des ennemis imaginaires, où l’on emploierait que des canons chargés de poudre, et des épées à pointe émoussée, en un mot des armes auxquelles on ne demande que de briller et de tonner, sans blesser ni causer de dommage, serait-elle autre chose qu’une guerre de comédie ?
Evidemment non. Il ne peut pas en être ainsi, car si le catholicisme est la divine vérité, comme il l’est positivement, vérité et douloureuse vérité sont ses ennemis, vérité et sanglante vérité, les combats qu’elle leur livre.
Réelles donc, et non pure fantaisie de théâtre doivent être les attaques et ses défenses ; c’est très sérieusement qu’il faut se jeter en ses entreprises, très sérieusement qu’il faut les mener à bonne fin. Réelles et véritables, doivent être par conséquent, les armes dont elle fait usage, réels et véritables les coups d’estocs et de tailles qui se distribuent, réels et véritables les coups et les blessures faites ou reçues.
Si j’ouvre l’histoire de l’Eglise, je trouve à toutes ses pages, cette vérité écrite maintes fois en lettres de sang.
Jésus-Christ, notre Dieu, anathématisa avec une énergie sans égale la corruption judaïque ; en face de toutes les préventions nationales et religieuses de sont temps Il éleva l’étendard de Sa doctrine, et Il le paya de Sa vie.
Le jour de la Pentecôte en sortant du cénacle les apôtres ne se laissèrent pas arrêter par de vains scrupules lorsqu’il s’agit de reprocher en face aux princes et aux magistrats de Jérusalem l’assassinat juridique du Sauveur, et pour avoir osé, en ce moment, toucher une question si brûlante ils furent frappés de verges d’abord et plus tard mis à mort.
Depuis lors, tout héros de notre glorieuse armée, a dû sa célébrité, à la question brûlante dont la solution lui est échue en partage, à la question brûlante du jour, non à la question refroidie, arriérée, qui a perdu son intérêt, ni à la question future, encore à naître et qui se cache dans les secrets de l’avenir ».
Après un rapide aperçu sur les différentes questions brûlantes que l’antique ennemi de Dieu et du genre humain tire toutes rouges de l’infernale fournaise et qui ont fait l’objet de la part de la Providence d’un ou plusieurs hommes, « marteaux puissants qui ont frappés sur elles sans se lasser », Don Félix Sarda y Salvani annonce la question brûlante qu’il se propose donc de traiter :
« (…) puisque chaque siècle a eu ses questions brûlantes, le nôtre doit nécessairement avoir aussi les siennes. Une d’entre elles, la question des questions, la question majeure, si incandescente qu’on ne peut la toucher sans en faire jaillir des étincelles, c’est la question du libéralisme»[10].
Don Félix Sarda y Salvani ayant parlé de la façon de traiter ces questions et des conséquences qui résultent de leur battage, le lecteur retrouve donc cette forme d’action dans notre combat : à la manière des auteurs antilibéraux, nous combattons non seulement l’erreur, voire l’hérésie, mais nous citons celui qui est dans l’erreur, nous dénonçons l’apostasie et nous citons l’apostat, nous désignons les ennemis du Christ et de son Eglise, et ainsi nous leur enlevons leur masque afin que les âmes soient en mesure de connaître ces hommes, leurs réseaux d’influence et leurs méthodes de séduction.
Avant de regarder les questions abordées dans ces actions comment ne pas citer ici un autre passage de Dom Guéranger, passage qui conclura cette description des différentes attitudes sur notre combat :
« Aujourd’hui plus que jamais, qu’on le comprenne bien, la société à besoin de doctrine forte et conséquentes avec elles-mêmes. Au milieu de la dissolution générale des idées, l’assertion seule, une assertion ferme, nourrie, sans alliage, pourra se faire accepter. Les transactions deviennent de plus en plus stériles et chacune d’elle emporte un lambeau de vérité. Comme aux premiers jours du christianisme, il est nécessaire que les chrétiens frappent tous les regards par l’unité de leurs principes et de leurs jugements. Ils n’ont rien à emprunter à ce chaos de négations et d’essais de tout genre qui atteste si haut l’impuissance de la société présente. Elle ne vit plus cette société, que de rares débris de l’ancienne civilisation chrétienne que les révolutions n’ont pas encore emportés et que la miséricorde de Dieu a préservés jusqu’ici du naufrage. Montrez-vous donc à elle tel que vous êtes au fond, catholique convaincu. Elle aura peur de vous peut-être quelques temps ; mais soyez-en sûr, elle vous reviendra. Si vous la flattez en parlant son langage, vous l’amuserez un instant, puis elle vous oubliera ; car vous ne lui aurez pas fait une impression sérieuse. Elle se sera reconnue en vous plus ou moins, et comme elle a peu de confiance en elle-même, elle n’en aura pas en vous d’avantage. Il y a une grâce attachée à la confession pleine et entière de la foi.
Cette confession, dit l’Apôtre, est le salut de ceux qui la font et l’expérience démontre qu’elle est aussi le salut de ceux qui l’entendent. Soyons catholiques et rien d’autre que catholiques (…) »[11].
C’est donc dans cette confession de la foi et par conséquent dans ce combat à l’aide de notre site Virgo-Maria[12], où ne nous voulons que demeurer catholique, faire notre salut et assurer « le salut de ceux qui l’entendent », que nous luttons contre ce libéralisme dont pourtant certains se défendent, mais aussi contre toutes ces erreurs doctrinales sur la nature de l’Eglise et comme nous le verrons plus loin, contre toutes ces attitudes et ces positions qui résultent de cet enseignement erroné, à savoir : les relations de la FSSPX avec Rome, augmentées de surcroît de l’opacité, de la duplicité, des méthodes des clans ou réseaux d’influence qui s’y trouvent.
Puisqu’ « il n’est rien de caché qui ne soit un jour révélé au grand jour », il est question également de ce qui se trouve être actuellement l’enjeu primordial pour la survie des sacrements, un des canaux de la grâce, de ce qui fut occulté depuis bientôt 40 ans, de l’invalidité du nouveau rituel des sacres épiscopaux de Montini-Paul VI de 1968 et de la gravité des conséquences liées à cette invalidité[13] (cf. les documents et études théologiques et historiques du site de M. le Curé Schoonbroodt www.rore-sanctifica.org) : ordinations nulles, consécrations nulles, « absolutions nulles et entièrement vaines », et coupure définitive des canaux ordinaires de la grâce. Questions brûlantes par conséquent, qui doivent être martelées, et, vous l’aurez compris, qui ne peuvent être abordées « sans en faire jaillir des étincelles » pour reprendre l’expression de l’auteur de l’ouvrage Le libéralisme est un péché que nous venons de citer.
Après avoir précisé cette forme employée et les sujets dont nous traitons dans notre combat, ce qui permet de comprendre la raison de cette fermeté dans nos propos, car il y va de la défense et de l’affirmation de la divine vérité, ce qui nous donne l’occasion, non pas d’attaquer la FSSPX, comme d’aucuns le pensent et n’ont cesse de l’affirmer, mais d’éviter à celle-ci de prendre une décision éternellement regrettable, regardons maintenant les deux causes principales de la situation doctrinale actuelle de la Tradition et de la FSSPX
La diminution des connaissances sur l’Eglise et son infaillibilité - Les lacunes ou le refus d’étudier la nature de l’adversaire et de ses méthodes.
Dans les tous premiers messages du site internet Virgo-Maria.org[14] nous avons publié notre étude intitulée 40 ans d’erreur sur l’infaillibilité[15]. Celle-ci montrait comment l’enseignement donné à la majorité des clercs de la Tradition, afin de contourner la véritable question de la légitimité des autorités conciliaires, avait réussi à faire admettre dans les esprits que le magistère ordinaire et universel de l’Eglise n’était pas le mode d’enseignement infaillible du souverain pontife et des évêques unis à lui mais l’objet lui-même du magistère, c’est à dire l’enseignement en tant que tel. Ainsi, dès lors que celui-ci ne sera plus décrété conforme à la Tradition (puisqu’un libre examen fera ainsi office, à la place du magistère qui lui seul est garanti par la véracité de Dieu, de « règle prochaine de la foi »), tout est permis, y compris d’évincer cette infaillibilité du magistère ordinaire et universel pour réduire l’infaillibilité de l’Eglise aux seules déclarations ex cathedra du souverain pontife.
Ainsi dégagé de ce problème de l’autorité du concile et de la légitimité du magistère conciliaire, les clercs, et par conséquent les fidèles qui ont entendu et lu ces propos erronés et cela depuis plusieurs générations, ne conçoivent plus la saine doctrine sur l’infaillibilité de l’Eglise comme celle-ci fut toujours comprise et rappelée par de vrais et doctes théologiens, particulièrement dans le passage le plus cité de la constitution Dei Filius du concile Vatican I en 1870 promulgué par Pie IX.
Le magistère ordinaire étant ainsi devenu l’enseignement (d’objet qu’il était, l’enseignement est devenu le sujet de l’infaillibilité) et non plus le mode d’enseignement et encore moins l’autorité enseignante, ce libre examen des documents « pontificaux » s’est installé, tellement bien installé que pour beaucoup, il semble devenu normal que ces documents, tout en reconnaissant leur auteur comme l’autorité légitime, soient systématiquement analysés, critiqués, alors qu’une telle attitude a toujours été condamnée par l’Eglise.
C’est cette attitude courante désormais qui explique la facilité déconcertante avec laquelle dans les symposiums organisés sous l’égide de la FSSPX, les conférenciers traitant du concile Vatican II, considèrent ce dernier comme n’étant, «ni dogmatique, ni pastoral»[16]. Tandis que certains, toujours pour éviter de répondre aux véritables questions, parleront de « magistère dialogué avec un degré d’autorité zéro »[17], d’autres reprendront à leur compte certains éléments de cette théologie des années 1950-1960 où l’on trouve un développement fort curieux sur les degrés d’assistance du Saint-Esprit[18], et d’autres encore compareront le concile avec une des conditions de validité d’un sacrement (l’intention), comparaison on ne peut plus volontaire, répétée[19], entre le pouvoir d’ordre et le pouvoir d’enseignement.
« A force de penser ce que l’on croit être juste, l’on fini par croire ce que l’on pense ». Cette maxime s’appliquant désormais à tous ces pseudos théologiens, nous devons donc regarder comment ce que nous appelons la majorité traditionnelle, c'est-à-dire la FSSPX, ses communautés amies et tous ceux qui se réclament de sa mouvance, en sont arrivés à ce niveau si erroné de doctrine sur l’Eglise et son infaillibilité.
Ce regard porté sur les causes de ces erreurs est nécessaire car, nous le verrons plus loin, doctrinalement parlant, la Tradition subit actuellement les conséquences directes de ces erreurs particulièrement véhiculées depuis plus de 40 ans.
Et pourtant, ce ne sont pas les avertissements sur les dangers de l’édulcoration de la saine doctrine qui manquent.
Déjà dans le Catéchisme du concile de Trente nous trouvons cette monition concernant ces dangers menaçant le neuvième article du symbole, Je crois la sainte Eglise catholique :
« Pour comprendre immédiatement avec quel soin, avec quelle attention les pasteurs devront travailler à bien expliquer aux fidèles ce neuvième article du symbole, deux considérations sont nécessaires et suffisantes :
La première, c’est que suivant la remarque de Saint Augustin, les prophètes ont parlé plus clairement et plus longuement de l’Eglise de Jésus-Christ, car ils prévoyaient qu’il y aurait beaucoup d’erreurs volontaires et involontaires sur ce point que sur le mystère de l’Incarnation. En effet, il ne devait point manquer d’impies pour prétendre, à l’imitation du singe qui veut faire croire qu’il est homme, pour prétendre avec autant d’orgueil que de méchanceté qu’eux seuls sont catholiques, que l’Eglise catholique est parmi eux, et seulement parmi eux.
- La seconde considération, c’est que celui qui aura gravé dans son cœur la foi à la vérité de l’Eglise, n’aura pas de peine à éviter le terrible danger de l’hérésie. On n’est pas hérétique par le seul fait qu’on pèche contre la foi, mais parce qu’on méprise l’autorité de l’Eglise, et qu’on s’attache avec opiniâtreté à des opinions mauvaises. Si donc il est impossible qu’un Chrétien soit atteint de cette horrible peste de l’hérésie, tant qu’il continue à croire ce que cet article propose à sa Foi, les Pasteurs doivent redoubler d’efforts pour instruire les fidèles de ce mystère, les prémunir par la même contre les artifices de l’ennemi, et les aider à persévérer dans la Foi ».
Ainsi comme le souligne cette monition, les prophètes ont particulièrement parlé de l’Eglise « car ils prévoyaient qu’ils y aurait beaucoup d’erreurs volontaires et involontaires » sur le mystère de l’Eglise. Et c’est Saint Augustin, précisément qui fait cette remarque, lui qui, à de nombreuses reprises, exprime si bien cette union entre le Christ et Son Epouse, la sainte Eglise catholique apostolique et romaine.
Citons dès maintenant deux passages de Saint Augustin qui nous serviront ultérieurement pour bien comprendre avec la théologie du Corps mystique de l’Eglise, la situation que Notre Seigneur permet à Son Epouse, tout en sachant que les portes de l’Enfer n’auront pas le dernier mot[20] sur Elle.
« Qu’est-ce que l’Eglise ? Le Corps du Christ. Ajoutez-lui la tête, et cela devient un seul homme : la tête et le corps ne font qu’un seul homme. La tête qui est-elle ? Celui qui est né de la Vierge Marie. Son Corps qui est-il ? Son épouse, c'est-à-dire l’Eglise…Et le Père a voulu que les deux ne soient qu’un seul homme : Le Christ-Dieu et l’Eglise » (sermon 45).
Et ce second passage où nous voyons que l’enseignement prodigué par l’un et par l’autre est une seule voix. Précision fort importante qui nous rappelle qu’une Eglise qui enseigne l’erreur ne peut être l’Eglise de Notre-Seigneur Jésus-Christ :
« L’unité merveilleuse de cette personne, Isaïe lui aussi, nous l’enseigne, car le Christ, en ce prophète, s’exprime en ces termes : « Comme un époux, Il m’a couronné d’une mitre, comme une épouse, Il m’a embellie d’ornements » (Isaïe 61, 10). Il se nomme à la fois l’époux et l’épouse. Pourquoi est-Il à la fois l’époux et l’épouse, sinon parce qu’ils seront deux en une seule chair ? Que le Christ parle donc, puisque, dans le Christ parle l’Eglise, et dans l’Eglise parle le Christ : la tête dans le corps et le corps dans la tête » (sermon sur le psaume 30).
C’est donc bien pour cela que parmi les différentes versions de l’acte de foi que nous pouvons trouver, celle que plusieurs générations ont apprise dans le Catéchisme à l’usage du diocèse de Besançon (1921), se trouve être le parfait raccourci de cet enseignement sur l’union du Christ et de l’Eglise :
« Mon Dieu, je crois fermement tout ce que crois et enseigne la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, parce que c’est Vous, ô mon Dieu, qui l’avez dit, et que Vous êtes la vérité même ».
Par conséquent, si pour celui qui a gravé profondément dans son cœur la foi à la vérité de l’Eglise, il est impossible de reconnaître dans l’enseignement conciliaire et post-conciliaire la voix de l’Eglise, la voix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, comment se fait-il que tout en se disant catholiques, et même, gardiens de la Tradition, certains clercs et fidèles continuent d’affirmer que la religion de Vatican II, qu’ils reconnaissent effectivement comme une autre religion, et même comme une religion gnostique, puisse être un enseignement de l’Eglise, que ces autorités conciliaires soient toujours pour eux les organes du magistère légitime de l’Eglise catholique ?
L’affirmation tenace et persistante de ce grand nombre de clercs et de fidèles, ne peut donc s’expliquer que parce que nous sommes là en présence d’une très forte édulcoration de la doctrine sur infaillibilité de l’Eglise, ainsi qu’en présence d’une ignorance sur la nature et les méthodes de l’ennemi du Christ et de Son Epouse.
Il est donc nécessaire ici, puisque nous avons déjà démontré dans notre précédente étude les lacunes et les erreurs sur l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel, ainsi que donner un aperçu sur l’origine de la conjuration antichrétienne et de son plan, de retenir les leçons du passé et regarder comment la perte de ces connaissances pourtant élémentaires et essentielles font partie des actions du démon, et il est vrai, de ces actions que Notre-Seigneur permet dans ce mystère d’iniquité que nous vivons, de la manifestation « de Sa puissance sur ceux qui se mettent à Son service » comme l’a fort bien entendu Léon XIII le 13 octobre 1883[21].
Avec la gravité de ces dangers qui nous est rappelée par cette monition du Catéchisme du concile de Trente, il nous faut donc regarder les causes de cette édulcoration de la doctrine. En effet, comme nous allons le voir, cette édulcoration n’est autre que l’action du démon « qui est menteur et père du mensonge ».
« Dans les derniers temps, plusieurs s’écarteront de la foi, s’attachant à des esprits d’erreurs et aux doctrines des démons » nous dit l’Apôtre Saint Paul. Comment donc les hommes en seront-ils arrivés à ces extrémités ? Pour en avoir la véritable raison regardons ce que nous en dit l’abbé Augustin Lémann.
Dans son ouvrage L’histoire complète de l’idée messianique celui-ci démontre avec une érudition remarquable, comment, par les prophètes de l’Ancien Testament furent précisées les circonstances de la venue du Messie et les caractères de Sa personne, comment grâce à eux fut complet et achevé Son portrait, mais comment Satan en a présenté un autre, comment à l’opposé des doctrines des prophètes il a fait apparaître les doctrines des démons.
« C’est le mot de Saint Paul, écrit l’abbé Augustin Lémann : « L’Esprit dit maintenant que, dans les derniers temps, plusieurs s’écarteront de la foi, s’attachant à des esprits d’erreurs et aux doctrines des démons. » Cette défection que le grand Apôtre annoncera plus tard pour les derniers temps de l’Eglise, elle va se produire auparavant aux derniers âges de la Synagogue. Les esprits de mensonge qui n’avaient pas cessé, depuis nos premiers parents, de séduire et d’égarer les intelligences humaines, vont plus particulièrement circonvenir les intelligences juives. Il y aura donc une doctrine messianique des démons comme il y a eu jusqu’à lors une doctrine messianique des prophètes ; et le pauvre peuple juif, séduit, égaré par elle, s’écartant du chemin de la vérité, sera précipité dans les abîmes du mensonge ».
Il n’est donc pas surprenant que dans les temps que nous vivons, alors que les clercs sont particulièrement censés connaître ces leçons de l’Ancien Testament, et par conséquent censés être avertis pour avertir à leur tour les fidèles, nous assistions à cet entraînement dans les ténèbres de l’erreur.
Ces ténèbres de l’erreur qui ne sont donc pas causées par l’Eglise, comme cela se trouve écrit par certains membres de la FSSPX lorsqu’ils parlent de « l’Eglise catholique (…) qui plonge l’humanité dans la brume de l’indifférentisme religieux, et bientôt dans les ténèbres de l’apostasie silencieuse », un de ces sophismes sur lequel nous aurons l’occasion de revenir.
Par conséquent que le lecteur « ne débute point par faire mauvaise mine » comme l’écrivait Dom Félix Sarda y Salvani, à ce que nous commençons de préciser ici afin de concrétiser ce point de la situation, puisque nous assistons régulièrement à cette diminution, dans le monde conciliaire bien sûr, mais aussi dans la majorité traditionnelle, des connaissances sur la nature de l’Eglise et de son infaillibilité.
La saine doctrine de ce neuvième article du symbole, je crois la sainte Eglise qui par les vrais et doctes théologiens des siècles passés avait été parfaitement comprise et enseignée, se trouve régulièrement et progressivement falsifiée et même remplacée, ce qui ne se fera pas sans entraîner la perte malheureusement de ceux qui se seront laisser séduire.
Là encore laissons l’abbé Lémann nous indiquer ce processus :
« Oui sa perte viendra de lui (Israël, ndlr), car depuis son rétablissement en Palestine, combien renseigné n’était-il pas sur les vrais caractères du Christ, et même, dans la personne de ses chefs religieux et de ses docteurs, sur le Christ qui devait souffrir. Une parole de Jésus éclairera plus tard le mystère de cette chute. « Vous avez pour père le diable, dira Jésus aux Pharisiens, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement et n’est point demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Il est menteur et père du mensonge ». Il y aura donc, de la part de Satan, des désirs contre le Christ, et ces désirs, les juifs les accomplissent. Mais avant d’en arriver là, il aura fallu que celui qui fut si longtemps le peuple de Dieu, se laisse séduire et précipiter dans le mensonge ».
Ces épisodes concernant le portrait du Christ et puisque l’Eglise étant le Corps mystique de Notre Seigneur Jésus-Christ, puisque « le Christ et l’Eglise c’est tout un », puisque « le Christ parle par l’Eglise et que par l’Eglise parle le Christ », comment ne pas frémir à l’idée que ce qui s’est réalisé jadis, se réalise maintenant par ceux qui se laissent séduire par ces fausses doctrines sur la nature et l’infaillibilité de l’Eglise. En soutenant et développant ces fausses notions sur le magistère de l’Eglise ainsi que ces pseudos démonstrations sur la validité des nouveaux rituels issus des réformes conciliaires, ces pseudos théologiens sont désormais rentrés dans le plan de l’adversaire, adversaire qui, dans ce mystère d’iniquité, possède « le temps », et a obtenu, selon les limites toutefois que Notre Seigneur impose, « le pouvoir de détruire l’Eglise ».
A l’heure où nous écrivons ces lignes, à l’heure où nous faisons le point sur la situation doctrinale de la Tradition et de la FSSPX, il est donc consternant de voir que beaucoup parmi ceux-là, sont déjà séduits et ont pris le risque d’être les auteurs de leur perte.
Terrible constat, me direz-vous, où nous voulons signaler à ceux qui pourtant connaissent la prophétie de l’Apôtre saint Paul : « Car viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais selon leurs désirs, ils amasseront des maîtres autour d’eux(…) » (2 Tim. 4 / 3 et sv) s’amassent eux-mêmes actuellement de ces «maîtres» comme autant d’autorités sur lesquelles ils se reposent croyant ainsi être rassurés par leurs réponses sur ces questions de théologie, de liturgie, de Droit Canon.
Tous ceux qui s’efforcent de suivre au plus près et de participer à notre lutte pour le maintien de la foi, de la divine vérité, reconnaîtrons donc que ces « maîtres » dont nous parlons, ne sont pas tant ceux qui furent ces experts au concile Vatican II, car ces derniers imbus de fausses philosophies et de théologies novatrices et modernistes, « ne soulèvent aucun désaccord » dans les analyses faites dans la Tradition et la FSSPX, mais ceux qui actuellement font l’objet de ces questions brûlantes, nous voulons parler de tous ceux qui dans les domaines que nous venons d’énumérer, se trouvent être les conférenciers des colloques et symposiums sous l’égide de la FSSPX, tous ceux qui se trouvent être les auteurs de ces études sur le magistère conciliaire, de ces essais de doctrine où nous découvrons en plusieurs endroits ces erreurs manifestes sur l’infaillibilité de l’Eglise, sur la théologie sacramentaire, de ces argumentations trop peu sérieuses parce que superficielles dans l’histoire de la liturgie, dans l’interprétation du Droit Canon et même totalement hors sujet dans le choix des passages de la sainte Ecriture pour justifier leur position par rapport aux autorités romaines.
Puisque dans notre constat, que certains pourraient concevoir comme un réquisitoire précisément pour ne pas avoir conscience de cette première cause que nous examinons, notre but n’est pas de réfuter ici une par une ces erreurs doctrinales, présentons toutefois un exemple concret de ces argumentations erronées afin de montrer à quel point les esprits se laissent circonvenir.
Il est une étude, celle de Monsieur l’abbé Guillaume Devillers, publiée sous l’égide des Dominicains d’Avrillé, qui contient une singulière concentration de ces erreurs dont nous parlons. En effet, sur 9 questions posées dans son Essai de doctrine sociale et politique à l’Ecole de Saint Thomas d’Aquin[22], nous relevons dans le développement de 6 de ces questions :
- les mêmes erreurs sur la conception du magistère ordinaire et universel dont nous avons parlé au début de ce chapitre,
- la Tradition en tant qu’enseignement constant qui devient règle prochaine de la foi, avant le magistère (l’autorité enseignante) qui lui seul est la règle prochaine de la foi garantie par la véracité de Dieu.
- la comparaison, plusieurs fois réitérée, entre l’intention nécessaire pour la validité d’un sacrement et l’exercice de l’infaillibilité du magistère et par conséquent ces confusions, parfois subtiles, entre ce qui relève du pouvoir d’ordre (sacrements) et ce que l’absence de pouvoir de juridiction rend de soi invalide (ici, dans cette hypothèse d’un pape hérétique l’auteur à comparé, et confondu, le pouvoir de juridiction avec la validité du sacrement de l’ordre),
- les méconnaissances sur l’enseignement des Pères de l’Eglise, des saints docteurs, des souverains pontifes, du Droit Canon, pour faire passer des Sentences en simple opinion,
- la pensée de saint Thomas d’Aquin forcée par des sophismes,
- de nouveau une confusion fort subtile mais cette fois-ci dans ce qui touche à la théologie du Corps mystique, où l’on se demande si l’auteur a réellement bien fait la différence entre le souverain pontife d’une part, qui si l’on prend l’analogie avec le corps humain, peut être comparé effectivement à la tête de ce corps, alors qu’il faut parler plus exactement de « chef », en tant que vicaire, ou encore, de pasteur (dans un concile, par exemple, les évêques sont unis au chef visible de l’Eglise, au vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au pasteur de tout le troupeau, ce qui du reste est une des conditions pour l’exercice de l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel), et d’autre part, Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, dans son Corps mystique, l’Eglise, en est Lui seul la tête[23], le Saint-Esprit en étant l’âme,
- des passages d’ouvrages de théologiens sortis de leur contexte ou mal interprétés pour justifier le devoir de désobéissance[24] à un souverain pontife que l’auteur reconnaît pourtant comme légitime,
- ou encore des citations de l’Evangile qui sont hors sujet pour tenter de démontrer que cette désobéissance ou résistance à l’autorité, peut s’appuyer sur la sainte Ecriture.
Il n’est donc pas étonnant qu’avec une telle doctrine, beaucoup de clercs et de fidèles aient une conception erronée de l’Eglise qui ne leur permet déjà plus de reconnaître que ces falsifications sont l’œuvre, certes par des causes instrumentales, de celui qui dès le commencement « n’est point demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui », le démon, « menteur et père du mensonge » qui continue aujourd’hui auprès des membres de l’Eglise son œuvre funeste, tout comme celle qu’il avait entrepris jadis auprès des docteurs de la loi pour les aveugler sur « le vrai portrait du Christ qui devait souffrir ».
Après cet aperçu nécessaire et suffisant pour démontrer comment les esprits se laissent à un tel point circonvenir, regardons maintenant comment ces erreurs jointes aux lacunes ou au refus de prendre en compte la nature de l’adversaire et de ses méthodes conduisent à ces risques de ralliement-apostasie dont nous voulons faire prendre conscience le plus d’âmes possible par le but, l’esprit, et les actions de notre combat et présentement par ces écrits.
A l’origine de cette situation doctrinale il existe donc une deuxième cause, qui, nous le savons, est malheureusement considérée comme « extrinsèque » ou encore « subjective », par ceux qui précisément croient désormais ce qu’ils ont pensé être juste, persuadés qu’ils sont de pouvoir expliquer la situation actuelle par leurs comparaisons qui ne sont que des sophismes, et qui s’imaginent qu’à l’avenir (un avenir que certains voient comme prochain, tandis que d’autres par boutade parlent d’ « une dizaine d’années » pour apaiser les esprits) la fin de la crise se réglera à l’aide de ces discussions de théologie « objective » qui permettront enfin, puisqu’ils n’auront vu que cela et auront ainsi fixé l’attention des fidèles sur cet unique sujet, une « réception »[25] honorable pour tous du concile Vatican II.
Nous avons vu comment au niveau de l’enseignement l’on pouvait se laisser circonvenir, et bien nous allons voir que la méconnaissance de l’adversaire et de ses méthodes est une des causes également de la situation actuelle où certains conscients mais un grand nombre trompé, font le jeu de l’ennemi tout en croyant « marcher sous l’étendard des clefs apostoliques » pour reprendre une expression que nous saisirons encore mieux à la fin de ce chapitre.
Pour ne pas être séduit par tous ces discours, il faut donc commencer par rappeler ce que la Sainte Ecriture nous enseigne en Genèse 3 / 15 lorsque Dieu dit au démon : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité. Elle te brisera la tête, et toi tu lui tendras des embûches au talon ».
En effet, pour méconnaître et surtout ne pas tenir compte de ce passage ainsi que du combat des auteurs anti-libéraux, de certains souverains pontifes qu’il ne faudrait certainement pas oublier, et qui ont parfaitement compris ces Paroles de la Sainte Ecriture et même annoncé les temps que nous vivons, des clercs prennent le risque d’entraîner avec eux les fidèles dans le clan de l’adversaire et seront responsables de leur apostasie.
Une prise de conscience de l’existence de ces inimitiés, de cette lutte qui existe depuis le péché originel, entre les deux clans inconciliables[26], entre le Christ et Bélial, entre les deux cités déjà décrites par Saint Augustin et fort bien exposées dans le Traité du Saint Esprit de Mgr Gaume[27], est donc primordiale.
Certes, quelques clercs commencent désormais à parler publiquement des écrits de Mgr Gaume, qui leur avait été interdit de regarder dans leurs années de séminaires, mais combien la lecture de ses ouvrages et de bien d’autres de ces auteurs antilibéraux auraient permis de former cette « phalange (…) fortifiée de principes sûrs et inébranlables contre l’esprit du siècle » comme l’appelait de tous ses vœux le père Aubry.
Or ce problème de la formation des clercs qui reste toujours une grande lacune actuellement, nous oblige ici à bien repréciser le fait que les ouvrages des auteurs antilibéraux ne sont toujours pas diffusés auprès de la majorité traditionnelle, puisqu’un poste clef dans les publications de ces œuvres indispensables à la formation catholique des générations actuelles, se trouve toujours verrouillé par ce même abbé Celier-Beaumont-Sernine-Arsène Lupin des Editions Clovis-Fideliter.
Ce prêtre de la FSSPX qui écrit donc sous plusieurs pseudonymes, comme celui entre autre, d’abbé Michel Beaumont dans Fideliter, pourra toujours se justifier d’avoir parlé des auteurs anti-libéraux, nous dénonçons son procédé qui a consisté et qui consiste toujours à ne parler de ceux-ci et du combat antilibéral que par cette simple plaquette « lapidaire » dont la publicité, il y a peu de temps encore dans le catalogue de ces Editions Clovis-France, se trouvait à côté de celle faite pour son lamentable ouvrage philosophique La paille et le sycomore, qui lui-même faisait suite à son immonde Dieu mortel[28].
Si nous donnons ici ces précisions, c’est précisément pour montrer qu’avec ces méthodes scandaleuses pour un clerc de la Tradition, où, du reste, les supérieurs de ce prêtre déshonorent leur fonction et leur mission en ne prenant aucune sanction à son encontre (au grand scandale de ses confrères !), l’on fait croire que ceux qui dans le combat révèlent au grand jour les complots des ennemis de l’Eglise, sont des « conspirationnistes », des personnes qui dénoncent des complots imaginaires.
« La plus grande victoire du démon étant de faire croire qu’il n’existe pas », nous allons voir combien dans la majorité traditionnelle ces méthodes qui sont utilisées pour neutraliser l’information et la véritable formation catholique, contribuent à faire le jeu de cet adversaire qui aura la part belle tant que les clercs et les fidèles n’auront pas suffisamment la connaissance de sa nature, de sa façon d’agir et de la puissance accordée à ceux qui se sont mis à son service.
Regardons alors dans cette conjuration antichrétienne qui s’explique en Genèse 3 /15 et dont le but est toujours d’établir le temple maçonnique sur les ruines de l’Eglise catholique[29] comment après le complot contre le Christ[30], des projets sont ourdis et appliqués contre l’Eglise, comment les pilleurs des trésors de grâces font croire aux clercs et aux fidèles que leurs enseignements et leurs réformes liturgiques sont les enseignements et les réformes de l’Eglise catholique.
Pour cela il existe plusieurs documents. Celui que nous rappelons ici va nous donner l’occasion de réponse au problème soulevé et appelé par Mgr Lefebvre « le coup de maître de Satan », celui de l’obéissance aux « autorités » qui imposent ces erreurs et ces nouveautés dans l’enseignement et qui rendent invalides les rituels dans leurs réformes liturgiques. Ce document nous permettra également de situer :
- notre position,
- celle de ceux qui ont plus ou moins connaissances de la méthode et les actions déjà réalisées de l’adversaire,
- celle encore de ceux qui croient sans difficulté « marcher sous la bannière des clefs apostoliques »,
- et celle enfin de ceux qui refusant jusqu’ici d’admettre ces étapes déjà franchies dans la conjuration antichrétienne, ont pris ces risques de ralliement apostasie dont nous n’avons cesse de leur faire prendre conscience.
Voici, en effet, ce que l’on trouve dans les instructions de la Haute Vente (code de 1819) tombées dans les mains du Pape Léon XII (aux alentours de 1825) : L’action sur le clergé :
« Le pape, quel qu’il soit, ne viendra jamais aux société secrètes : c’est aux sociétés à faire le premier pas vers l’Eglise, afin de les vaincre tous deux. Le travail que nous allons entreprendre n’est l’œuvre ni d’un jour, ni d’un siècle ; mais dans nos rangs le soldat meurt et le combat continue (…)
Une fois votre réputation établie dans les collèges, dans les gymnases, dans les universités et dans les séminaires, une fois que vous aurez capté la confiance des professeurs et étudiants, faites que ceux qui principalement s’engagent dans la milice cléricale aiment à rechercher vos entretiens…
Cette réputation donnera accès à nos doctrines au sein du jeune clergé, comme au fond des couvents. Dans quelques années, ce jeune clergé, aura, par la force des choses, envahi toutes les fonctions : il gouvernera, il administrera, il jugera, il formera le conseil du souverain, il sera appelé à choisir le pontife qui doit régner, et ce pontife, comme la plupart de ses contemporains, sera plus ou moins imbus des principes italiens et humanitaires que nous allons commencer à mettre en circulation…Que le clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des clefs apostoliques.
Tendez vos filets comme Simon-Barjona ; tendez-les au fond des sacristies, des séminaires et des couvents plutôt qu’au fond de la mer ; et, si vous ne précipitez rien, nous vous promettons une pèche plus miraculeuse que la sienne…Vous aurez pêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde ».
Il y a donc trois éléments à retenir dans ce document :
- le fait que le pape (et l’adversaire ne s’y trompe pas : il parle d’un pape canoniquement élu) ne viendra jamais aux société secrètes,
- l’infiltration des doctrines de ces sociétés au sein du clergé qui lui-même envahira toutes les fonctions (…) sera appelé à choisir le pontife qui doit régner (et par conséquent où se clergé se trouvera lui-même potentiellement éligible),
- la supercherie opérée par cette usurpation qui fera qu’un grand nombre croira marcher sous la bannière des clefs apostoliques, alors qu’en réalité, l’enseignement et les actes d’un tel « pontificat » sont nuls, non avenus et sans valeur. A la lecture de ce document, document qui remonte à 150 ans, une question devrait être sur toutes les lèvres : Est-ce que ces trois éléments sont réalisés?
A la lecture de ce document, il est donc curieux que dans la Tradition tous soient d’accord et parlent ouvertement du clergé imbibé des doctrines des sociétés secrètes, de ce clergé libéral, moderniste, qui a envahi les postes de l’Eglise, ce qui était déjà dénoncé par les souverains pontifes, particulièrement par Saint Pie X dans son encyclique Pascendi, que tous ont analysé les documents conciliaires comme imprégnés de ce modernisme « égout collecteur de toutes les hérésies », que tous aient à un moment ou à un autre, parlé de ces théologiens condamnés qui ont été les experts du concile Vatican II, mais que très peu se soient penché sur le fait que les clercs (élus aux conclaves après la mort de Pie XII où l’information n’était déjà plus un obstacle pour connaître les discours et les écrits des prélats) parfaitement au courant du magistère, aient dévié[31] dans la foi avant leur élection, et par conséquent puissent être canoniquement élus au pontificat.
Nous l’avons dit et nous voulons le redire ici puisque dans le Droit Canon de 1917 le cas précis dont nous parlons est pour certains, soit mal interprété, soit encore tenu pour abrogé (ces attitudes nous prouvant une fois de plus ces lacunes dans la formation des clercs que nous avons évoquées précédemment), combien il est stupéfiant de voir comment l’on parle de cette Bulle de Paul IV[32] qui stipule pourtant bien qu’un clerc ou même un simple baptisé ayant dévié dans la foi ne saurait en aucun cas devenir Pontife[33], quand bien même les catholiques du monde entier lui prêteraient joyeuse obéissance durant des décennies, ses actes et décisions seraient juridiquement nuls et non avenus, et cela sans qu’il faille une déclaration de la part de l’Eglise.
Par conséquent, soit en interprétant mal le Droit Canon de 1917 qui fait bien mention de la Bulle de Paul IV, soit en glissant systématiquement sur les problèmes qui se posent en aval d’une élection, soit en étant persuadé que la Bulle de Paul IV serait abrogée, ou encore en interprétant mal la législation des élections pontificales, il ne faut pas s’étonner si à l’heure actuelle l’on ferraille sur des questions hors sujet puisqu’il s’agit de regarder qui sont ces personnages en amont de leur élection.
Pour n’avoir pas fait ce travail, tous les évêques qui avaient encore l’autorité et le pouvoir de dénoncer ceux qui avaient dévié dans la foi, et même avec pertinacité (se rapporter à la note 31), ont prévariqué, particulièrement en manquant à ce devoir de gardiens de la foi. Et c’est bien parce qu’il y a eu prévarication que ces hommes furent élus, et, malgré toutes les apparences, jusqu’à nos jours avec l’abbé Ratzinger, ceux-là ne sont point les pasteurs du troupeau.
C’est cette prévarication et tous les péchés en amont qui nous valent ce châtiment de Vatican II ainsi que toutes ces difficultés rencontrées actuellement par ceux qui non seulement n’ont plus les connaissances nécessaires sur la doctrine de l’Eglise, sur son infaillibilité, qui refusent de prendre en considération la nature et les méthodes de l’adversaire, mais encore adoptent les fausses doctrines de ce dernier qui sait utiliser les instruments et les moyens pour leur diffusion auprès des clercs et des fidèles.
Ces hommes aux apparences trompeuses, composent donc une hiérarchie qui n’est point celle de l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ. Rentrés dans celle-ci, non pas par la porte, mais en l’escaladant par un autre point, il s’agit de voleurs qui ne viennent que pour voler, égorger et détruire.
« Quelqu’un peut-il pénétrer dans la maison d’un homme fort et vigoureux et enlever tout son mobilier sans l’avoir garrotté au préalable ? C’est alors seulement qu’il peut mettre sa maison au pillage. Qui n’est pas avec Moi est contre Moi, et qui n’est pas avec Moi disperse » (Matthieu 12 / 29-30).
Tout cet enseignement qui d’ailleurs rappelle le domaine des deux cités, des deux camps, des deux étendards qui s’opposent dès Genèse 3 / 15, nous le retrouvons dans cette constitu-tion Cum ex apostolatus, document ex cathedra, engageant l’infaillibilité du magistère de Paul IV, pour éviter qu’un personnage soupçonné d’hérésie puisse se faire élire pape. Celui-ci, en effet, confia à l’un de ses proches :
« Pour vous dire la vérité, nous avons voulu nous opposer aux dangers qui menaçaient le dernier conclave et prendre de notre vivant des précautions pour que le diable n’essaye pas à l’avenir un des siens sur le siège de Saint Pierre » (Louis Pastor : Histoire des papes depuis la fin du Moyen age, Paris, tome 14, p. 234).
Et c’est bien la raison pour laquelle la constitution stipule d’une façon très claire les conséquences d’une telle élection :
«Nous ajoutons que si jamais il advient qu’un évêque, même ayant fonction d’archevê-que, de patriarche ou de primat ; qu’un cardinal de l’Eglise romaine, même légat, qu’un souverain Pontife même, avant leur promotion ou leur élévation au cardinalat ou au souverain Pontificat, ont dévié de la foi ou sont tombés dans quelque hérésie la promotion ou l’élévation même si cette dernière a lieu dans l’entente et avec l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, non avenue, sans valeur (…) ».
Voilà donc après ces précisions d’ordre canonique[34] à qui ont affaire ceux qui croient marcher sous la bannière des clefs apostoliques, mais qui font allégeance à ces antichrists qui ont pillé les trésors de grâces de l’Eglise, c'est-à-dire invalidé par leurs réformes liturgiques, les rituels des sacrement, en commençant par le rituel des sacres épiscopaux et cela avant tout autre rituel de la liturgie catholique romaine.
De Roncalli (Jean XXIII) à Ratzinger (Benoît XVI) rien n’aura été laissé au hasard. Sous des allures de faux conservateur ce dernier continue le solve, en agissant par une prudente séduction. Rappelons cette méthode indiquée dans les instructions de la Haute-Vente : « (…) et si vous ne précipitez rien, nous vous promettons une pêche plus miraculeuse (…) ».
Mais avant de regarder plus précisément les conséquences de ce refus d’étudier les méthodes de l’adversaire et plus spécialement les risques encourus par la FSSPX, il nous semble nécessaire de préciser ici notre position.
Nous le ferons tout en parlant de cette question de la visibilité de l’Eglise.
Cette question de la visibilité de l’Eglise qui revient souvent dans les discussions et les écrits qui traitent de ce problème de la succession apostolique, nous l’avions déjà abordée dans notre étude 40 ans d’erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise. Nous voulons donc reprendre ici quelques passages et les préciser.
Nous savons très bien, parce que la Tradition, le magistère, les conciles, l’enseignement des souverains pontifes est constant sur ce sujet, que la visibilité de l’Eglise est directement liée au pontife romain. Or, les nombreux débats sur le problème posé par l’absence de pape légitime pour l’Eglise, problèmes qui ont donné lieu à quelques thèses, font déboucher les tenants de ces thèses sur une autre difficulté, celle de trouver une solution qui permettrait de dire de façon objective qui sera le prochain pape, et par qui il sera élu. Il faut avouer que la façon avec laquelle certains se fixent sur ce problème, le ton et la forme employés par d’autres pour discréditer les premiers, donnent lieu à des centaines et des centaines de pages qui ramènent bien souvent tout aux problèmes que pose un pape hérétique (preuves de son hérésie, sanctions, par qui ? déposition, par qui ? etc.)
Nous l’avons déjà dit, le problème n’est pas celui d’un pape hérétique. Au demeurant l’adversaire l’a mieux compris que ceux qui s’évertuent à trouver des exemples de papes hérétiques[35] dans l’histoire de l’Eglise.
La question est de savoir si la situation qui résulte de l’absence d’un véritable et par conséquent légitime souverain Pontife et de l’occupation du siège de Pierre par un usurpateur signifie la destruction totale, la disparition absolue de l’Eglise, bref si les portes de l’enfer ont prévalu contre Elle, ce qui serait contraire aux promesses de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Il est donc fort regrettable qu’actuellement ceux qui entreprennent des ouvrages qui traitent de théologie du Corps mystique mais qui dans l’analogie qu’ils font entre la tête d’un corps humain qui reçoit et qui influe dans tous ses membres et le pape dont ils parlent en tant que tête de l’Eglise[36], ne fasse pas assez bien la distinction, entre le Christ, tête de Son Corps mystique qui est l’Eglise et Son vicaire sur terre, chef ou pasteur de son troupeau, celui dont Il lui a confié la charge.
Saint Augustin, nous l’avons vu, qui lui-même a recours à l’analogie avec le corps humain, pour décrire l’union du Christ, tête de l’Eglise, avec Son Epouse, l’Eglise, ne commet évidemment pas cette confusion en parlant de la tête de l’Eglise :
« (…) La tête qui est-elle ? Celui qui est né de la Vierge Marie. Son corps qui est-il ? Son Epouse, c'est-à-dire l’Eglise (…) ».