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mercredi 3 octobre 2007
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Lorsque Madiran[1] manipule la Bible Sixto-Clémentine
pour mieux égarer ses lecteurs
Une tentative scandaleuse de l’adversaire de Mgr Lefebvre en 19881
pour justifier le Motu Proprio et le Novus Ordo
La nouvelle égérie des abbés de Suresnes[2], Jean Arfel dit Jean Madiran1, cet adversaire acharné de Mgr Lefebvre au moment des sacres de 1988 et de son œuvre de préservation du Sacerdoce et du Sacrifice catholiques sacramentellement valides, vient de diffuser de faux arguments appuyés sur des faits erronés.
Dans sa précipitation à défendre le Motu Proprio de l’abbé apostat Ratzinger, et à faire passer le Novus Ordo Missae de Bugnini\-DomBotte-MontiniPaul VI de 1969 pour un véritable acte pontifical légitimement critiquable, il exhume un soi-disant « précédent » de prétendue ‘errance pontificale’ : la promulgation par le Pape Sixte-Quint d’une Bible (appélée ensuite Sixto-Clémentine) retirée à la mort du Pontife.
Qu’a donc fait Jean Madiran ? Rien d’autre que de colporter des faits erronés, qu’il n’a même pas vérifiés et qu’il a puisé chez les adversaires du dogme de l’infaillibilité pontificale, lequel sera par la suite promulgué lors du concile Vatican I en 1870).
Et c’est donc cet amateur en histoire religieuse, un rallié à l’autorité usurpée de l’abbé apostat Ratzinger, peu soucieux de rigueur théologique et historique, que les abbés de Suresnes voudraient désormais nous présenter comme une lumière pour les fidèles de la FSSPX en 2007 ?
De qui se moquent donc les abbés Celier, Duverger et les autres modernistes infiltrés ?
Une Bible Sixto-Clémentine qui ne fut pas promulguée, contrairement à ce que prétend Madiran
Ces quelques citations montrent la contradiction entre les affirmations erronées de Jean Madiran et les faits établis par le jésuite Le Bachelet en 1911 :
« le 2 mai 1590, il publie sa propre version, précédée de la bulle Æternus ille qui la rend obligatoire à l’exclusion de toute autre » Jean Madiran, Présent, 8 septembre 2007
Et le Révérend Père Le Bachelet :
« Au mois de juin, Sixte-Quint est encore tout occupé à réviser non seulement sa Bible, mais encore la bulle qu'on nous donne comme définitivement promulguée le 10 avril précédent »
« A l'époque même où cette Bible fit sa première apparition, quelques-uns partirent de là, dans une argumentation publique, pour attaquer l'infaillibilité pontificale »
Nous publions dans ce message une étude très approfondie du R.P. Xavier-Marie le Bachalet (jésuite) en 1911 :
Études de theologie historique n° 3. Publiées sous la direction des professeurs de théologie a l'institut catholique de paris. Bellarmin et la bible sixto - clémentine. Étude et documents inédits. Par le R. P. Xavier-Marie Le Bachelet, s. j. Professeur de théologie a ore place hastings. Paris, Gabriel Beauchesne & Cie, éditeurs, ancienne librairie Delhomme & Briguet, rue de Rennes, 117, 1911
Tout d’abord citons le propos de Jean Madiran :
« Et, le 2 mai 1590, il publie sa propre version, précédée de la bulle Æternus ille qui la rend obligatoire à l’exclusion de toute autre.
Il est allé trop vite, trop «perso», d’une manière trop autoritaire. Il a rétabli des passages fautifs que la commission avait à bon droit rectifiés ou supprimés. Il a intégré au texte des notes marginales ajoutées par des copistes. C’est un scandale public. Le cardinal Carafa, qui proteste avec énergie, est menacé d‘être traduit devant l’Inquisition. Mais le cardinal Colonna, au nom justement de l’Inquisition, fait lui aussi de très graves critiques. Et d’autres, comme Bellarmin. Rien n’y fait, la nouvelle Bible est imposée et diffusée pendant trois mois, jusqu‘à la mort de Sixte-Quint qui survient le 27 août de la même année.
Aussitôt sa Bible obligatoire est interdite, les exemplaires déjà vendus sont recherchés, rachetés, détruits. Et la révision (en somme une révision de la révision) est à nouveau mise en chantier. » Jean Madiran, Présent, le 8 septembre 2007
Et voici ce que révèle l’étude du Père Le Bachelet :
p. 82
« Dès le 29 mai, le P. Général avait promis une réponse au P. Tanner : «De negocio Bibliorum scribet postea P. Assis-tens ad R. V»[3]. C'est donc au nom d'Aquaviva que le P. Alber écrivit, le 28 août : «En ce qui concerne la Bible de Sixte-Quint, voici la réponse qu'ont donnée, après une enquête et une discussion sérieuse, ceux qui furent mêlés à l'affaire ; réponse qui lève toute difficulté et satisfait à bon droit tout le monde : Il est certain que la bulle en question ne fut point promulguée. Une première preuve se tire de ce que cette publication n'est pas consignée dans les registres[4] (de la Chancellerie apostolique). En outre, l’Illme cardinal Bellarmin témoigne qu'à son retour de France, il entendit dire à plusieurs cardinaux, se donnant pour certains du fait, que la bulle n'avait pas été promulguée... Sachez encore, ajoutait le P. Assistant, que Notre Saint Père le pape (Paul V) a confirmé cette réponse, et que, par conséquent, l'on peut et l'on doit s'y tenir en toute sécurité».
Le 4 septembre, un nouveau détail était donné : «A l'époque même où cette Bible fit sa première apparition, quelques-uns partirent de là, dans une argumentation publique, pour attaquer l'infaillibilité pontificale : Le pape, disaient-ils, peut se tromper, puisque de fait il semble bien s'être trompé dans son édition de la Bible. Le P. Azor répondit que la bulle n'avait pas été promulguée, nonobstant la souscription imprimée des cursores : car ce fut par anticipation que les typographes l'insérèrent, sur l'ordre du pape qui voulait prévenir tout retard dans l'impression. Le fait est attesté par le P. André Eudémon-Joannès, présent à la séance».
Il y a dans ces deux lettres un ensemble de témoignages positifs qu'on n'explique réellement point par la théorie aisée, mais trop simple, des mystificateurs ou des mystifiés formant un cercle vicieux. Ces témoignages viennent de personnages graves et contemporains des événements.
P86
Dans ses lettres suivantes, l'ambassadeur montre le pape occupé à retoucher son œuvre.
Le 28 mai, il écrit : «J'allai hier voir Sa Sainteté ; Elle se mit à me parler du travail que lui avait coûté son édition, et qui est réellement considérable. Elle dit avoir corrigé les fautes qui s'y trouvaient». (Ibid., n. 4). Mais un mois plus tard, le 30 juin, il écrit de nouveau : «Le moine[5] qui m'avait apporté la Bible, revint bientôt pour me dire de lui laisser corriger certains passages. Lorsque je sus qu'il avait corrigé de même d'autres exemplaires, et que le docteur Tolet m'eut dit que c'était par ordre du pape, je le laissai faire. Bien qu'on doive imprimer l'errata pour le mettre en tête, j'envoie cependant à Votre Majesté la liste des fautes corrigées».
Cette liste a été conservée avec la lettre qui la contenait (ibid., n. 5). Les textes corrigés se rapportent aux livres des Rois, d'Esdras, de Judith et des Psaumes. On lit, en outre, cette note à la fin de la liste : «Dans le bref de Sa Sainteté, le mot ter a été remplacé par semper, et la référence marginale à Luc XXII a été supprimée».
Ce que fra Angelo appelle ici bref de Sa Sainteté n'est rien autre chose que la bulle Æternus ille ; cf. Cornely, Introd, gen., t. I, p. 467, lignes 21-23, où il est dit de saint Pierre : «pro quo Dominus.... non semel tantum, sed semper[6] rogavit...» Mgr Baumgarten, loc. cit., p. 341, s'appuyant sur l'original, rétablit la leçon ter, contre le texte du P. Cornely ; il confirme par le fait même la conclusion rigoureuse qui sort de la liste d'errata contenue dans la lettre d'Olivarès : Au mois de juin, Sixte-Quint est encore tout occupé à réviser non seulement sa Bible, mais encore la bulle qu'on nous donne comme définitivement promulguée le 10 avril précédent.
A ces considérations s'ajoute un fait singulier, dont l'importance a été justement signalée dans le procès de béatification[7] : l'absence, en dehors de l'original, de tout exemplaire séparé de la bulle.
Comment expliquer ce fait, si la bulle fut solennellement publiée le 10 avril ? Car, dans cette hypothèse, elle aurait été publiée à part, la Bible n'étant pas encore achevée ; et l'attente excitée par les longs travaux de la commission de la Vulgate, l'émotion causée par les procédés autoritaires de Sixte-Quint, ne permettent pas de supposer que le document fût passé inaperçu. Comment expliquer encore que, dans les mesures prises en 1592 pour faire rentrer tous les exemplaires répandus de la Bible sixtine, jamais il ne soit question de la bulle dont diverses copies auraient nécessairement existé, dans l'hypothèse d'une publication officielle, et n'auraient pas été moins compromettantes que les exemplaires de la Bible ?
Tout cet ensemble de circonstances ne nous force-t-il pas à tenir compte de l'affirmation, étonnante à première vue, du P. Azor ? Dans son impatience d'en finir, Sixte-Quint aura fait consigner d'office, par anticipation, le certificat d'affi
p. 88
chage, espérant bien, au commencement de mars, que, six semaines plus tard, tout serait achevé et que la publication officielle aurait lieu. Les choses n'allèrent pas aussi vite que l'ardent Pontife l'aurait désiré ; l'affichage n'eut pas lieu à l'époque projetée. Vint ensuite la préoccupation de faire disparaître les fautes d'impression, et d'autres encore, que Sixte-Quint découvrait ou qu'on lui signalait.
Puis la maladie s'abattit sur lui et la mort l'enleva, sans que la publication de l'œuvre entière, bulle et Bible, fût consommée. Le P. Cornély[8] a eu raison de ne rien voir que de très vraisemblable dans cette conclusion. Il me semble non seulement équitable, mais naturel de s'en tenir là, plutôt que d'opposer un démenti formel aux témoignages positifs et multiples de personnages graves et contemporains. »
Des erreurs dans la version de la Bible Sixto-Clementine qui ne mettent pas en cause l’infaillibilité du Pape
Jean Madiran assène doctement ses erreurs :
« A la mort de Sixte-Quint, qui survint la même année, son édition de la Bible fut retirée du commerce, tous les exemplaires détruits. L’Eglise entreprit ce que nous appelons aujourd’hui une « réforme de la réforme ». En 1592 le pape Clément VIII fit paraître une édition corrigée, que l’on nomme « sixto-clémentine » ; mais comme Sixte-Quint avait reconnu avant de mourir qu’il avait promulgué un travail raté, dangereux pour la foi, son nom seul figure sur la page de titre, ce qui était la manière la meilleure, et la plus radicale, de réparer et supprimer la mauvaise édition.
Comme quoi, même en une matière touchant directement à la foi et aux moeurs, tous les actes d’un souverain pontife ne sont pas forcément infaillibles. » Jean Madiran
Le Père Le Bachelet montre que les reproches faits à la Bible Sixto-Clémentine sont mineurs et ne concernent pas la Foi et les mœurs :
« Dans le procès qui eut lieu sous Benoît XIV, le P. Danzetta[9], S. J., justifia l'affirmation de Bellarmin en présentant, sous forme de tableau comparatif, les leçons divergentes des édi
p. 78
tions sixtine et clémentine. « Le travail, tout incomplet qu'il est, m'a paru digne d'être rapporté » (Document XXIII). Le défenseur constate d'abord l'existence de fautes d'impression dans la Bible de Sixte-Quint ; en effet, sans parler des particules et, tamen, autem, ego, etc., souvent superflues ou, au contraire, omises, il y a beaucoup d'interversions (n. 7, 14, 25, etc.) ; parfois des mots manquent (n. 18, 33) ou même un membre de phrases (n. 5) ; d'autres fois il y a redondance (n. 1, 2, 3, 4, 9, 10, 11, 21, 22) ; ailleurs, c'est un changement de cas, au détriment de la syntaxe ou du sens (n. 15, 1 7, 27, 31, 34, 35). Mais en dehors de ces fautes d'ordre typographique ou littéraire, il y en a d'autres plus importantes, qui modifient le sens (n. 16, 30, 32, 37) ou qui le faussent complètement (n. 18, 28).
Toutefois, ajoutait le P. Danzetta, il n'est pas un seul de ces changements qui constitue une erreur dans la foi ou les mœurs, et par conséquent les termes : permulta perperam mutata, dont Bellarmin s'est servi, visent des erreurs d'un genre différent. Conclusion aussi capitale dans le point qui nous occupe, qu'elle sera évidente pour quiconque aura lu les pièces précédemment analysées. L'erreur en matière de fait particulier, admise par le cardinal d'après le censeur anonyme, c. iii, § 4, p. 61, s'opposait directement, dans sa pensée, à l'erreur en matière de foi ou de mœurs. »
Vraiment Jean Madiran se discrédite par ses affirmations infondées.
Madiran tente fallacieusement de légitimer le Novus Ordo de Bugnini\-DomBotte-MontiniPaulVI de 1969 et de soutenir le Motu Proprio de l’abbé apostat Ratzinger
Et ce sont ces faits minimes sur cette affaire de Bible Sixto-Clémentine, qui n’affectent en rien l’infaillibilité pontificale sur la Foi et les moeurs, que Madiran vient mettre en balance avec le nouveau rite maçonnico-protestant de la Nouvelle Messe de Bugnini\-DomBotte-MontiniPaul VI de 1969, et à propos duquel, son architecte, le franc-maçon Bugnini\, déclara publiquement son intention contraire à celle de l’Eglise ?
« Nul ne sait encore si la contestation et le refus, licites et légitimes, de la messe de Paul VI, – qui déjà, n’étant plus obligatoire à l’exclusion de toute autre, est donc devenue facultative, – aboutira à une solution analogue à la Bible « sixto-clémentine », c’est-à-dire à une messe « paulobénédictine ». Il est évident que le Pape a le pouvoir de promulguer une messe « nouvelle », à la double condition qu’elle soit explicitement catholique en tous points, et qu’elle ne soit pas employée comme un moyen, une occasion (une arme par destination) pour supprimer les rites traditionnels. » Jean Madiran
Montini et Ratzinger équiparés avec Sixte-Quint ! Voila où Madiran, épaulé par son ami l’abbé Barthe, voudrait nous mener.
Madiran se trahit par son comportement, car en comparant deux situations qui ne supportent pas la comparaison et en se servant du fait mineur, pour légitimer l’inacceptable, l’acceptation de la promulgation du Novus Ordo Missae, néo-protestant et anticatholique de Bugnini\-DomBotte-MontiniPaul VI de 1969, il démontre qu’il est près à toutes les contorsions intellectuelles pour justifier le Novus Ordo anticatholique et la légitimité de l’évêque apostat Montini et de l’abbé apostat Ratzinger.
Il accomplit là un travail subtil d’ennemi de la Tradition catholique et de l’Eglise, en tablant sans doute sur l’ignorance présumée de ses lecteurs qui lui permettra d’autant mieux de faire accepter ses sophismes. Mais il commet là une erreur, car de plus en plus de fidèles et de clercs ne s’en laissent plus conter par ces fausses « autorités » de la Tradition.
Lorsqu’ils découvrent avec étonnement le véritable rôle de Mgr Williamson au service de la subversion de la FSSPX, les fidèles n’acceptent plus d’être des dupes.
Cette tentative de duperie des fidèles par un esprit rallié, Jean Madiran, relayé par les abbés de Suresnes, constitue aussi un symptôme de l’amateurisme et du dilettantisme des études dans les milieux de la Tradition catholique.
C’est bien ce qui a été mis en évidence par le CIRS sur un autre sujet, celui de la question de l’invalidité sacramentelle du nouveau rite de consécration épiscopale (1968).
Des prétendues « autorités » ont été installées dans la Tradition et occupent indûment des places dont leur incompétence et leur absence de désir réel de chercher la vérité auraient dû les écarter définitivement.
Aussi lorsque Jean Madiran écrit le 17 août 2007 :
« l’obscurantisme spirituel du monde moderne se situe à un niveau mental, philosophique et religieux fort inférieur à celui des citoyens romains dans l’empire du premier et du second siècle » Jean Madiran
celui-ci, en effet, a raison, car il vient nous apporter lui-même la démonstration de son propre obscurantisme par ses propres écrits sur la Bible Sixto-Clémentine.
Cette décadence religieuse et intellectuelle a été rendue possible par la prise de contrôle de l’œuvre de Mgr Lefebvre par un petit clan des infiltrés modernistes.
Il n’est que temps que celle-ci cesse et qu’un véritable combat de maintenance de la foi et de la Tradition s’instaure, car c’est ainsi que le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la Tradition catholique en France retrouvera ses droits.
Continuons le bon combat
Abbé Marchiset
ANNEXE 1 – Etude du Révérend Père Le Bachelet (1911)
Études de Théologie Historique N° 3.
publiées sous la direction des professeurs de théologie a l'institut catholique de paris
BELLARMIN et la Bible Sixto - Clémentine
ÉTUDE ET DOCUMENTS INÉDITS
Par le R. P. Xavier-Marie LE BACHELET, s. J.
professeur de théologie a ore place hastings
paris, gabriel beauchesne & cie, éditeurs, ancienne librairie delhomme & briguet, rue de rennes, 117, 1911
p. II
PUBLICATIONS DU MÊME AUTEUR sur BELLARMIN
- Bellarmin. Étude dans Vacant-Mangenot, Dictionnaire de Théologie Catholique. Paris, 1903 ss., t. II, col. 560-599.
- Le «Votum Bellarmini» sur l'Immaculée Conception. Art. dans Études, 5 décembre 1904, t. Cl, p. 656-674.
- Ven. servi Dei Roberti Cardinalis Bellarmini De Immaculata B. V. M. Conceptione Votum aliaque ejusmodi fragmenta inedita anno post definitum dogma quinquagesimo collegit, vulgavit, illustravit R. P. Xaverius Maria Le Bachelet. In-8°. Parisis, G. Beauchesne, 1905.
- Bellarmin à l'Index. Art. dans Études, 20 avril 1907, t. CXI, p. 227-246.
- Bellarmin avant son Cardinalat. (1542-1598.) Correspondance et Documents. In-8°, XXXIV-560 pp. Paris, G. Beauchesne, 1911.
EN PRÉPARATION :
- Auctarium Bellarminianum. Supplément aux Œuvres imprimées du cardinal Bellarmin.
- Bellarmin et les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.
p. IV
Nihil obstat : die 18a Decembris 1910. A. BULOT.
IMPRIMATUR : Parisis, die 30a Januarii 1911. G. LEFEBVRE, Vic. gen.
p. V
AVANT-PROPOS
Le nom du cardinal Bellarmin est étroitement lié à la révision sixto-clémentine de la Vulgate. Un passage de son autobiographie, qui sera rappelé et discuté au cours de ce travail, constitue même le principal renseignement que nous possédions sur l'attitude prise par les cardinaux et les théologiens consulteurs à l'égard de la Bible de Sixte-Quint, après la mort de ce pape. Les recherches personnelles que j'ai eu l'occasion de faire sur l'activité littéraire et sur la correspondance du grand controversiste, m'ont appris que tout n'avait pas été dit sur le sujet. Des documents nouveaux sont venus à ma connaissance et m'ont paru dignes d'être présentés au public.
L'étude qui les précède n'est pas une histoire de la Bible sixto-clémentine ; c'est une contribution, assez sérieuse, me semble-t-il, à cette histoire. Il ne s'agit pas d'aborder toutes les questions, d'ordre doctrinal, exégétique ou historique, qui peuvent se rattacher au sujet ; il s'agit seulement d'utiliser des documents nouveaux et de les harmoniser avec d'autres déjà connus, dans l'intention de projeter un peu plus de lumière sur un problème grave et intéressant.
p. VII
BIBLIOGRAPHIE
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A. DANS LA COMPAGNIE DE JÉSUS.
Archiv. Postul. gener. Dossier Bellarmino.
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Epistolae V. C. Bellarmini (Fonds[11] Bellarmin, 2).
Epistolae latinae Card. Bellarmini (F. B. 5).
Lettere e Miscellance (F. B. 6).
Bellarm. Autog. diver. (F. B. 7).
Epistolae Roberti Card. Bellarmini e Societate Jesu (F. B. 9).
Varia ad Card. Bellarmiuum spectantia (F. B. H).
Commentaria in Summam S. Thom. Leçons de Louvain (F. B. 14-17).
Manuscripta Card. Bellarmini quae reperiuntur in Bibtiotheca Collegii Romani. (Catalogue du XVIIle siècle).
B. EN DEHORS DE LA COMPAGNIE.
ANVERS. Musée Plantin, Outvangen Briefen, Lxxxvi.
COLOGNE. Historisches Archiv. Ms. G. B., fol. 149.
LOUVAIN. Bibliothèque de l'Université. Arm. ii, rayon sup. I. Bible de Nuremberg, 1529, avec notes autographes de Bellarmin.
MILAN. Ambrosiana. Ms. H. 73 Pte inf. ; Ms. C. S. vi, 5.
MUNICH. Reischsarchiv. Jesuitica in genere, fasc. xix.
PISTOIE. Fabroniana. Ms. 13 (Censurae librorum) ; 15 (Opuscula varia Card. Bellarmini).
ROME. Archivio Vaticano. Brevi LII, t. xix. xx.
Biblioth. Vatic., Lat. 6177, 6192, 6326, 6613, 6879, 8314, 9509, 9513-9515.
Angelica. Fondo antico. Ms. 895.
Archivio di Stato. Gesuiti. Censurae opiniorum, t. i.
p. VIII
SIMANCAS. Archivo. Secretaria de Estado. Correspondencia de Roma. Legajo 357, 358, 359 (antiguo 955, 956 et 957, 959).
Negociacion di Roma. Leg. 737 (ant. 1870).
VENISE. Archivio di Stato. Dispacci. Roma, filza 23.
Miscellanea Gregolin. Appendice. Busta n. 55, fasc. 1.
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Azzolini, Card. Decio. Voto... nella causa... del Ven. Servo di Dio Roberto Cardinale Bellarmino... V. Voti.
Batiffol, Mgr Pierre. La Vaticane de Paul III à Paul V d'après des documents nouveaux. Paris, 1890.
Baumgarten, Mgr P.-M. Die Veröffentlichung der Bulle "Eternus ille celestium" vom I März 1590. (Biblische Zeitschrift, t. v, p. 189-191). Fribourg-en-Brisgau, 1907.
Id. Das Original der Konstitution "Eternus ille celestium", vom I. März 1590 (Ibid., p. 337-351).
Bellarmin, Card. Robert Disputationes... de controversiis christianae fidei, adversus hujus temporis haereticos... Ingolstadt, 1586, etc.
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Biblia sacra. Quid, in hac editione, à theologis Lovaniensibus, praestitum sit, paulo post indicatur. Antuerpiae, Ex officina Christophori Plantini... MDLXXIIII.
Biblia sacra... Antuerpiae, Ex officina Christophori Plantini... MDLXXXIII.
Bukentop, Henricus de. Lux de Luce libri tres.... In tertio agitur de Editione Sixti V facta anno 1590... Bruxelles, 1710.
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Turmel, Joseph. « Chronique d'historique ecclésiastique » (Revue du Clergé français, 1er déc. 1904, t. xli, p. 86-87 ; « La Bible de Sixte-Quint » (Ibid, 15 janv. 1905, t. xli, p. 431-435) ; « Chronique d'histoire ecclésiastique » (Ibid. 15 janv. 1907, t. xlix, p. 387 ss).
Ungarelli, Aloys. M. Praelectiones de Novo Testamento et Historia vulgatae Bibliorum editionis a Concilio Tridentino. Rome, 1847.
Vacant-Mangenot. Dictionnaire de théologie catholique. Paris, 1903 ss.
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Vercellone, Charles, Barnabite. Variae lectiones vulgatae latinae Bibliorum editionis. Rome, 1860. (Les Prolégomènes sont empruntés à Ungarelli).
Id. Dissertazioni accademiche di vario argomento. Rome, 1864.
Vezzosi, A. F. I scrittori de' chierici regolari detti Teatini. Rome, 1780.
Voti degl" infrascritti Eminentissimi Signori Cardinali, B. Gregorio Barbarigo, Gieronimo Casanate, Decio Azzolini, Domenico Passionei, nella causa della beatificazione del Venerabile Servo di Dio Cardinale Bellarmino. Seconda edizione incontratta e corretta, nella quale si è aggiunto la Vita del Bellarmino scritta da lui medesimo, ed un foglio presentato dall' Eminentissimo Cardinale Decio Azzolini alla Santità d'Innocenzo XI, dopo tenutasi la congregazione preparatoria per la causa del detto Bellarmino. In Ferrara, 1762.
Widenhofer, François-Xavier, S. J. Apographum ex Manuscripto autographo Venerabilis Servi Dei Roberti Bellarmini e Societ. Jesu, S. R. E. Cardinalis presbyteri, archiepiscopi Capuani, de editione latina Vulgata, quo sensu a Concilio Trid. definitum sit, ut ea pro authentica habeatur, nunc primo impressum. Wurtzbourg, 1749
Zaccaria, François-Antoine, S. J. Saggio critico della corente Letteratura straniera, dagli autori della Storia letteraria d'Italia. Modène, 1757.
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INTRODUCTION
LES ANTÉCÉDENTS DE BELLARMIN
professeur à Louvain et à Rome.
Le rôle de Bellarmin dans l'affaire de la Bible sixto-clémentine ne commence, à proprement parler, qu'à partir de l'époque où il fut associé, comme membre de la commission nommée par Grégoire XIII, aux travaux préparatoires à une nouvelle édition de la Vulgate. Toutefois il ne sera pas inutile de rappeler brièvement, du point de vue spécial qui convient à cette étude, les antécédents du futur consulteur.
Détail curieux, Bellarmin débuta dans l'enseignement par le traité de l'Ecriture sainte. Dans le manuscrit autographe des leçons de Louvain[13], le premier cahier porte pour titre extérieur : In pa pté D. Thom. Lectiones. Ce n'est d'abord qu'un commentaire très bref des articles de la première question de la Somme ; mais arrivé au huitième, où saint Thomas se demande si la théologie est une science de raisonnement, utrum haec doctrina sit argumentativa, le jeune professeur commence un petit traité des principes d'où la théologie tire ses arguments, en d'autres termes, des lieux théologiques : Ecriture, tradition, conciles, décrets pontificaux, autorité des docteurs et raison naturelle.
La question De Scriptura[14] suit immédiatement. Elle com
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prend une vingtaine de pages et se divise en trois points : Qu'est-ce que la sainte Ecriture ; quels sont les livres sacrés ; quelle est l'autorité de la sainte Ecriture. Ce dernier point, plus longuement développé, revient à ce problème : Tout ce qui nous est communiqué dans les saintes lettres est-il rigoureusement vrai et certain ? Question dépendante de cette autre : Dieu, qui est l'auteur principal de ces livres, peut-il mentir ou tromper ? De là quatre conclusions : 1° L'auteur des Écritures canoniques est le Saint-Esprit. 2° Dieu ne peut en aucune façon mentir ni tromper, soit par Lui-même, soit par un autre. 3° Les saintes Ecritures ne renferment pas de mensonge, fût-ce le plus léger. 4° L'Ecriture tout entière a été écrite sous l'assistance du Saint-Esprit.
Bellarmin, on le voit, considère les livres sacrés en eux-mêmes, et non pas dans les versions ou les éditions qui en ont été données au cours des siècles ; rien, dans ce premier traité, qui se rapporte directement à la Vulgate. Dès lors cependant il fut amené à s'en occuper, et d'une façon qui le prépara de loin à son rôle futur. S'étant pris à réfléchir, nous apprend-il dans son autobiographie, sur la grande utilité de l'hébreu pour l'intelligence des saintes Ecritures, il se mit à travailler cette langue. La connaissance qu'il acquit ne resta pas stérile ; il en tira immédiatement parti. On conserve à la bibliothèque de l'Université de Louvain[15] une Bible latine[16] imprimée à Nuremberg en 1529 et provenant de l'ancien collège des jésuites. La page du titre porte, au bas, cette note manuscrite : Annotationes Mss. Latinae et Hebraicae l scriptae sunt propria manu l Cardinalis Bellarmini l Cum hic Lovanii docuit. I A. Crommius[17].
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Ces annotations sont de quatre sortes. Des versets, des membres de phrase, des mots en grand nombre sont soulignés. Çà et là, dans beaucoup de livres, des traits de plume courent le long de phrases ou de passages entiers. Des références patristiques se lisent en tête de certains livres ; par exemple, au début de Judith : «D. Augustinus, 1. 18 de Civitate Dei, cap. 26», et au début de Job : «Ubi et quando vixerit Job, vide D. Augustinum, l. 18 de Civitate Dei, c. 47». Il y a enfin les notes proprement dites, en latin ou en hébreu ; généralement très courtes et d'une écriture microscopique, elles se trouvent dans le sens soit de la largeur soit de la longueur, la plupart du temps dans les marges, parfois aussi entre les lignes ou sur le titre même des livres et des chapitres.
Le nombre de ces notes est très inégal pour les divers livres. Beaucoup n'en ont presque pas ou en ont peu ; tels, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, Josué, Ruth, les Rois, les Paralipomènes, Esdras, Tobie, Judith, Esther, les Psaumes, l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, Jérémie et Baruch, Ezéchiel, les Machabées et le Nouveau-Testament en général. Au contraire , les notes sont nombreuses dans les livres suivants : Genèse, Exode, les Juges, Job, Proverbes, Sagesse, Ecclésiastique, Daniel, les épîtres de saint Jacques et de saint Jean. Dans Isaïe et les petits prophètes, les notes surabondent, en marge et au cours du texte. La plupart n'ont rien à voir avec la critique textuelle ; dans un certain nombre cependant, la comparaison du texte de la Vulgate avec le texte hébraïque témoigne d'une préoccupation de ce genre, et plus tard Bellarmin, devenu consulteur dans la congrégation de la Vulgate, utilisera quelques-unes des remarques faites en Belgique.
A la direction imprimée aux études de Bellarmin par son goût pour la Bible s'ajoutait l'influence du milieu où il vivait. L'Université de Louvain avait eu une part glorieuse dans le travail de critique biblique qui allait se développant depuis le concile de Trente. La Biblia sacra de Jean Henten, O. P., ou révision de Louvain, publiée dans l'Athènes brabançonne en 1547, avait été rééditée souvent. Quand Bel
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larmin arriva dans cette ville, une nouvelle édition[18] se préparait, celle qui parut à Anvers en 1574, chez Christophe Plantin. Pour lui donner plus de prix, l'imprimeur avait fait recueillir dans les bibliothèques de Belgique et collationner par plus de trente érudits une soixantaine des principaux manuscrits de la Bible[19].
Circonstance qui touchait encore de plus près Bellarmin, il trouvait chez les jésuites de Louvain, d'abord une bibliothèque très riche en littérature biblique[20], puis, comme collègue dans l'enseignement, un homme mêlé activement à ce mouvement d'études scripturaires et particulièrement versé dans les langues orientales, le P. Jean Willems[21], appelé communément Harlemius, du nom de sa ville natale. A cette époque même cet érudit s'occupait de ses Variae Lectiones in Bibliis editionis vulgatae ex Mss. collectae, qui furent publiées en 1571[22].
Dans un milieu où de tels travaux se préparaient, comment l'attention et la discussion ne se seraient-elles pas portées sur les divers textes de la sainte Ecriture et leur valeur respective, sur l'autorité de la Vulgate en particulier. Tel est bien l'état des esprits qui se reflète vivement dans l'intéres
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sante lettre que Bellarmin adressa, le 1er avril 1575, au cardinal Sirlet. Après un exorde de circonstance, le jeune professeur expose le désir que lui ont exprimé des hommes instruits et grands admirateurs du cardinal, de le voir joindre à son écrit contre les annotations de Valla et d'Erasme sur le Nouveau-Testament, la réfutation des annotations de Jacques Le Fèvre et de Théodore de Bèze. Ce serait rendre un très grand service aux âmes et à l'Eglise que de relever les fautes et les erreurs de ces maîtres pernicieux.
Bellarmin profite de l'occasion pour proposer au cardinal ses doutes sur des questions d'Ecriture sainte qui le préoccupent beaucoup (Document I). La «première et la principale» question porte sur la Vulgate, non pas sur l'autorité même de cette version qui est supposée, mais sur le degré d'autorité qui lui convient, sur la portée précise du terme authentique, dont le concile de Trente l'a honorée. L'embarras du jeune professeur vient de la diversité des avis qu'il constate en un point de si grande importance. «Les uns soutiennent qu'en vertu de l'approbation conciliaire, il n'est plus du tout permis d'affirmer l'existence, dans l'édition latine Vulgate, d'une sentence fausse ou qui ne rendrait pas la pensée de l'écrivain primitif ; ils vont même jusqu'à sacrifier l'autorité des manuscrits hébreux et grecs, plutôt que d'attribuer une faute à l'ancien interprète ; enfin ils enseignent que dans cette édition Vulgate, nous n'avons pas moins le vrai et légitime sens de l'Ecriture que nous ne l'aurions dans le texte autographe des premiers écrivains. Les autres prétendent, au contraire, que le concile n'a rien décrété de semblable, mais seulement qu'on doit retenir dans l'Eglise cette vieille édition Vulgate comme la meilleure de toutes, et qu'il n'est permis à personne d'en prendre une autre comme thème d'exposition dans les écoles ou de prédication dans les offices sacrés et publics ; que, de plus, cette édition ne contient rien de contraire à la pureté de la foi et à l'honnêteté des mœurs. On ne peut nier, toutefois, que l'interprète latin auteur de cette édition, n'ait eu ses moments d'absence comme les autres hommes, et ne se soit plusieurs fois mépris sur le vrai sens de l'Ecriture».
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Les trois autres questions n'ont pas de rapport direct avec la Vulgate ; il suffira d'en indiquer sommairement l'objet. La seconde concerne les textes hébraïques que nous possédons maintenant : Faut-il les tenir pour purs et intègres, ou, au contraire, pour viciés et corrompus de parti pris par les docteurs juifs après la venue de Jésus-Christ, comme beaucoup l'estiment ?
La troisième question est relative à la version des Septante. Des savants très entendus en hébreu et en grec trouvent dans le texte grec de la sainte Ecriture une telle diversité, du point de vue littéraire, qu'il leur semble impossible d'admettre l'unité d'auteur ; ils soupçonnent que les soixante-dix interprètes n'auront pas traduit chacun tous les livres saints, mais quelques-uns le Pentateuque, d'autres le livre de Job ou celui des Psaumes, et ainsi du reste. L'hypothèse ne renverserait pas seulement les fameuses cellules, dont saint Epiphane prétend avoir vu les restes à Alexandrie, mais elle enlèverait encore à la version des Septante beaucoup de l'autorité souveraine dont elle jouit dans l'Eglise. Que penser de cette opinion ? Peut-être, aussi, n'y aurait-il rien d'improbable dans cette alternative : ou que nous n'avons plus la version des Septante, ou que du moins nous ne l'avons plus dans son intégrité et sa pureté primitive.
La quatrième question a pour objet les sept derniers chapitres du livre d'Esther : Doit-on les tenir pour sacrés et canoniques ? Sixte de Sienne l'a nié ; mais le concile de Trente n'a-t-il pas prescrit de tenir pour sacrés et canoniques, entièrement et dans toutes leurs parties, les livres qu'il énumère, tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et qu'ils sont contenus dans la vieille édition latine Vulgate ?
Bellarmin terminait sa lettre en déclarant qu'il n'attendait pas du cardinal, occupé à tant d'affaires importantes, une longue et laborieuse dissertation ; une simple et courte réponse suffirait à son bonheur, brevi simplicique responsione contentus ero.
Ce minimum de désir fut-il satisfait ? Je ne saurais le dire ; nulle part je n'ai trouvé trace d'une réponse, ni dans les papiers du cardinal Bellarmin, ni dans les autres sources de
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renseignements que j'ai pu consulter. Les questions soulevées en 1575, Bellarmin les aborda dans son enseignement du Collège Romain ; mais rien n'indique s'il y eut influence de la part de Sirlet sur les positions prises alors. Les Annotations de ce cardinal, étudiées récemment[23], ne sont qu'une défense de la Vulgate contre Valla et Erasme.
S'il était permis d'en juger par son attitude à l'époque où le décret Insuper fut rédigé au concile de Trente, Sirlet ne devait pas être partisan de l'interprétation rigoureuse dans la question de l'autorité de la Vulgate. Voici, en effet, ce qu'il écrivait, le 17 avril 1546, au cardinal de Sainte-Croix Marcel Cervin, légat du pape au concile : «J'ai dit à Votre Eminence, dans une de mes lettres, qu'il aurait été bien de confier à des personnes instruites dans les trois langues le soin de revoir la Bible hébraïque, grecque, latine, de les collationner sur d'anciens exemplaires et de publier une édition qui fut conforme à notre mère la sainte Eglise et aux saints Pères. Ils y auraient ajouté tout ce qu'il y a en plus dans l'hébreu. Il aurait fallu leur procurer des exemplaires grecs bons et anciens, car il y a beaucoup de fautes et dans le grec et dans le latin. Il me semble que ces paroles d'Hermann Lethmathius[24], que j'ai citées à Votre Eminence dans une autre lettre méritent d'être remarquées : «Nemo hoc ita intelligat, ut putet hanc 70 versionem sufficere, et propterea hebraicam originem rejiciendam, sed, ut teste Tertulliano Ptolomeus fecit, potius utramque conjungi debere, quod illa huic nostrae translationi auctoritatem, haec vero hebraicae veritati multum addat lucis et perspicuitatis».
Venant ensuite à l'opposition que le décret Insuper rencontrait à Rome de la part de «cinq ou six personnes de peu d'autorité», Sirlet remarquait qu'après tout les Pères du concile n'avaient fait que déclarer authentique la version que notre sainte mère l'Eglise avait toujours tenue pratique
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ment pour telle ; et il concluait ainsi : «Cette parole, quae legi consueverunt, me paraît résoudre tout, en donnant à entendre qu'on n'a rien décidé de nouveau. Il reste toutefois que, dans la détermination d'un point de si grande importance, il eût été bien, je crois, de parler plus clairement, de mentionner la Bible hébraïque, grecque et latine, et de statuer qu'on ait à recevoir comme authentique celle qui, suivant les décrets du concile, sera proposée après révision, ad fidem veterum exemplarium»[25].
Il y a certainement dans cette lettre, quoi qu'il en soit de la question d'influence immédiate, tout un courant d'idées que nous allons retrouver dans les écrits de Bellarmin. Mais avant d'en venir à ce sujet, signalons un fait d'une réelle importance. Le 17 janvier 1576, la sacrée Congrégation du Concile déclara que, pour encourir les peines rappelées dans le décret Insuper, il suffisait de changer une période, une clausule, un membre de phrase, un mot, une syllabe, un iota même, en opposition à l'édition latine Vulgate. Véga méritait d'être repris pour la hardiesse de langage qu'il s'était permise en cette matière, De justificatione, l. IV, c. ix. Pour ce qui concerne les divergences entre les textes grec ou hébreu et la Vulgate, la Congrégation renvoyait à la troisième règle de l'Index de Pie IV. Il y est dit que les versions faites sur l'hébreu peuvent servir pour comprendre la sainte Écriture, à titre d'éclaircissement de la Vulgate, mais non comme texte sacré.
L'authenticité de ce décret, longtemps discutée[26], n'est plus
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contestable depuis que Mgr Batiffol[27] a publié le passage où, dans un commentaire sur le concile de Trente, à propos des termes : cum omnibus suis partibus, le cardinal Carafa, préfet de la Congrégation, rapporte la décision : «Propter hujusmodi verba S. Congregatio Concilii censuit incurri in poenas, vel si sola periodus, clausula, membrum, dictio, syllaba iotave unum quod repugnat Vulgatae editioni immutatur, etc.».
Ce décret n'aurait-il pas eu, historiquement parlant, quelque connexion avec la lettre de Bellarmin au cardinal Sirlet ? M. l'abbé Jacques Thomas a fait à ce propos le réflexions suivantes : «La lettre de Bellarmin est datée Lovanii, Kalend. aprilis 1575. Or, la décision alléguée serai du 17 janvier 1576, et elle se donne comme répondant à un doute élevé dans une académie «quae Societatis Jesu curae commissa est». Y a-t-il un rapport plus étroit qu'une simple coïncidence de date entre la décision et la lettre de Bellarmin ? Le cardinal Sirleto fit-il passer celle-ci à son ami le cardinal Carafa pour porter la question devant les théologiens de la Congrégation du Concile ? Le rapprochement de dates mérite d'être noté»[28].
La coïncidence est assurément curieuse et il n'est pas absolument impossible que les doutes soulevés dans la lettre, par exemple au sujet des sept derniers chapitres du livre d'Esther, aient été l'occasion du décret. L'hypothèse, cependant, me paraît difficile. La maison où Bellarmin se trouvait alors, ne pourrait s'appeler que très improprement une académie confiée aux soins de la Compagnie de Jésus ; c'était un théologat de l'ordre, ayant son autonomie et complètement séparé de l'Université même de Louvain, où Bellarmin, quoiqu'on en ait dit, ne fut jamais professeur. En outre dans sa teneur générale le décret ne répond pas aux questions soumises au cardinal Sirlet, car dans les deux opinions relatives à la Vulgate, il ne s'agit nullement de changer quoi que ce soit, mais seulement de déterminer le degré d'autorité qui convenait à cette version.
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Le document n'en est pas moins intéressant et, dans la mesure où il fut connu, il dut influer sur l'esprit des théologiens et des exégètes d'alors, soit pour les faire incliner vers l'interprétation rigoureuse, soit pour leur faire prendre une attitude de prudente réserve. C'est ce que nous constatons chez Bellarmin après que, rentré en Italie au mois d'octobre 1576, il fut devenu professeur de controverse au Collège Romain. Instruit par ses études précédentes et par l'expérience acquise, il aborde résolument les problèmes qu'il avait énoncés en écrivant au cardinal Sirlet. Dans sa première controverse[29], De verbo Dei, I. I, c. vii, il traite du livre d'Esther et, notamment, soutient la canonicité des sept derniers chapitres ; ce qui l'entraîne dans une discussion sérieuse sur plusieurs points connexes, en particulier sur l'époque où vécut Esther. Au second livre, c. i et ii, il parle de l'édition hébraïque. La position qu'il prend est modérée. Les livres sacrés des Juifs n'ont pas péri, comme certains le prétendent, durant la captivité de Babylone. Quant au texte hébraïque actuel, on ne peut pas le considérer comme une source absolument pure, qui doive servir de règle pour l'examen et la correction de tout autre texte ; mais ce serait exagérer dans un sens contraire que de le croire souvent corrompu de parti pris par les Juifs. Bellarmin prend la même attitude à l'égard de la version des Septante, considérée dans son texte actuel, c. vi.
La Vulgate apparaît enfin, c. x. La question annoncée porte sur l'autorité de cette version : «Tertia, eaque potissima restat quaestio, quantae videlicet auctoritatis sit Latina vulgata editio». Ou est étonné de ne trouver, comme réponse
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directe, que cette simple affirmation : La Vulgate doit être tenue pour authentique, suivant la détermination du concile de Trente. Nulle définition de ce terme : authentique, ni du degré d'autorité intrinsèque qu'il suppose dans la Vulgate. Le premier argument, que Bellarmin tire «du long usage que l'Église romaine a fait de la Vulgate tant de siècles durant», supplée en partie à cette lacune : «Dire que, pendant huit ou neuf siècles, l'Église a mal interprété l'Écriture, et que, dans les matières qui concernent la foi et la religion, elle a honoré les contresens de je ne sais quel traducteur comme la parole même de Dieu, ne serait-ce pas avancer une étrange absurdité ?»
Ainsi, au jugement de Bellarmin, l'authenticité de la Vulgate exclut l'erreur proprement dite dans les matières qui concernent la foi et la religion. Mais elle n'emporte nullement, en principe, la dépréciation des textes originaux ; Calvin, en attribuant cette pensée aux Pères du concile, a trahi la vérité. Rien de pareil dans leur décret ; ils n'y ont pas fait mention des sources primitives, mais se sont contentés de choisir la Vulgate parmi les nombreuses versions latines qui étaient alors répandues, et de lui donner ainsi la préférence. Du reste, la question n'est pas aussi simple, en pratique, que les adversaires le supposent. Si le texte original nous était parvenu dans sa pureté primitive, nul doute qu'il ne fallût le préférer aux versions qui en sont dérivées mais ce n'est pas le cas. Bellarmin renvoie là-dessus à ce qu'il a dit auparavant de l'édition hébraïque et de la version des Septante.
Conclusion, c. xi : on peut recourir aux sources, à l'hébreu ou au grec, en quatre circonstances : quand «on constate une erreur de copistes dans nos manuscrits de la Vulgate» ; quand les manuscrits latins sont si divergents qu'on ne peut arriver à établir sûrement la vraie leçon de la Vulgate ; quand il y a obscurité dans les mots ou le sens de l'édition latine enfin «pour mieux saisir l'énergie et la propriété des termes».
Les erreurs de copistes sont expressément admises dans la Vulgate. S'y trouve-t-il d'autres erreurs ? Bellarmin ne l'affirme ni le nie. Une seule phrase semble insinuer, rapide
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ment, une réserve : «Certos nos reddere voluit, in iis praesertim quae ad fidem et mores pertinent, nulla esse in hac versione interpreturn errata. L'Église a voulu nous assurer qu'il n'y a pas dans cette version, d'interprétations erronées, surtout en ce qui touche à la foi et aux mœurs». Apparemment, l'auteur des Controverses ne croyait pas pouvoir aller plus loin, dans un cours et un ouvrage destiné au public. Bientôt, les circonstances changeant, il se prononcera plus nettement.
Nous sommes, en effet, parvenus à l'époque où le projet d'une révision de la Vulgate commençait à prendre corps. En suggérant au pape Grégoire XIII l'idée d'instituer une commission d'hommes experts pour donner une nouvelle édition des Septante, le cardinal Montalto, bientôt Sixte-Quint, voyait là comme un préliminaire à la révision de la Vulgate. Aussi la collaboration de Bellarmin à cette œuvre[30] fut vraiment pour lui un acheminement en même temps qu'une préparation immédiate au rôle beaucoup plus important dont l'étude va suivre[31].
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CHAPITRE PREMIER - LA DISSERTATION SUR LA VULGATE, VERS 1586-1591
1. Publication de l'écrit. — 2. Son contenu. — 3. Controverse sur l'authenticité. — 4. Preuves de l'authenticité. — 5. Époque de la composition. — 6. Construction du texte.
1. — En 1749, le P. Widenhofer, professeur d'Écriture sainte et d'hébreu à l'Université de Wurtzbourg, publia une plaquette intitulée : Apographum ex Manuscripto autographo Venerabilis Servi Dei Roberti Bellarmini e Societ. Jesu, S. R. E. Cardinalis presbyteri, archiepiscopi Capuani, de editione latina vulgata, quo sensu a Concilio Trid. definitum sit, ut ea pro authentica habeatur, nunc primo impressum[32].
Les circonstances de cette publication furent racontées, l'année suivante, dans le Journal de Trévoux, ou Mémoires pour l'histoire des Sciences et des beaux Arts[33] : «Le P. Widenhofer, Jésuite allemand et Docteur en Théologie à Wirtzbourg, passant à Malines il y a environ deux ans, remarqua beaucoup de Mss. de Bellarmin dans la Bibliothèque des
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Jésuites de cette ville[34], et dans ce nombre il distingua la présente Dissertation sur la Vulgate ; son idée le porta même à en faire une espèce d'abrégé, mais étant de retour à Wirtzbourg, il jugea plus à propos de faire imprimer l'ouvrage entier. Il écrivit au Bibliothécaire de Malines, nommé le P. Jean-Baptiste Holvoët, pour obtenir de lui une copie collationnée avec un certificat de sa main ; ce qui lui ayant été accordé et envoyé, le même P. Widenhofer a fait l'édition que nous annonçons. On voit à la fin le certificat du P. Holvoët, daté du 7 de novembre 1748».
Dix ans plus tard , l'étude de Bellarmin fut traduite en français et insérée dans la Sainte Bible de Vence[35], où elle se trouve maintenant parmi les dissertations préliminaires[36].
2. — L'objet de cet écrit, annoncé dans le titre même, est très précis : En quel sens le Concile de Trente a-t-il défini qu'il faut tenir la Vulgate pour authentique ? La réponse suit immédiatement : «Tous ceux que j'ai pu lire jusqu'à présent semblent arriver à cette conclusion : La Vulgate doit être regardée comme exemple d'erreur, en ce qui concerne la foi catholique et les bonnes mœurs ; elle seule doit être maintenue dans l'usage public des églises et des écoles ; ce qui n'empêche pas qu'il puisse s'y trouver des fautes».
La dissertation n'est que le développement de cette thèse. Onze auteurs[37], dont plusieurs assistèrent au Concile de Trente, sont d'abord produits : Jean Driedo, André Vega, Guillaume van Linden (Lindanus), Melchior Cano, Sixte de
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Sienne, Josse Ravesteyn (Tiletanus), Melchior Zangerus, Diego Payva, François Foreiro, Jérôme Oleaster, Gilbert Génébrard. Viennent ensuite les preuves intrinsèques, au nombre de six.
La première se tire du fait invoqué par les Pères du concile, à savoir «le long usage de l'Église». De ce fait on peut bien conclure que la Vulgate doit être regardée comme exempte d'erreur en ce qui concerne la foi et les mœurs, mais non pas qu'elle doit être préférée aux textes primitifs, ni qu'elle doit être à l'abri de toute méprise de la part de l'interprète. C'est même le contraire qui s'impose ; car, nonobstant le long usage qu'elle a fait de cette version, l'Église y a constaté des fautes qu'elle a corrigées en recourant aux sources, ou tolérées, pour ne pas troubler les fidèles.
Dans la seconde preuve, l'auteur insiste sur l'objet des définitions conciliaires, ordinairement restreint à ce qu'exigent la conservation de la foi et la condamnation des erreurs, ou du moins la préservation contre tout danger. Pour atteindre ce but, il n'était nullement nécessaire de décréter dans la version déclarée authentique une conformité avec le texte original, qui s'étendît à toutes les phrases.
La troisième preuve est fondée sur l'existence d'éditions hébraïque et grecque, pour les livres primitivement écrits dans l'une ou l'autre de ces deux langues. Supposer qu'en vertu de l'approbation conciliaire, la Vulgate est authentique ou fait autorité absolument en tout, même en ce qui ne concerne pas la foi ou les mœurs, c'est lui donner toujours la préférence, lorsqu'elle est en désaccord avec les autres textes. Une telle conclusion dépasse la teneur du décret : la Vulgate n'y est privilégiée que par rapport aux autres éditions latines, sans qu'il soit fait mention de l'hébreu ou du grec. Cette conclusion est même contraire à la pensée des Pères du concile : d'après les Actes, ils ne voulurent rien enlever aux textes hébraïque et grec de l'autorité dont ils jouissaient auparavant. D'ailleurs, en agissant autrement, on irait contre le sentiment commun des Pères de l'Église, qui ont toujours préféré les sources aux versions qui en dérivent. On mono
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poliserait l'autorité des Écritures au profit des seuls Latins. Enfin ne porterait-on pas préjudice à la sainte Écriture même, ce premier trésor de l'Église, en soutenant qu'il ne nous en reste qu'une seule version recevable, et une version si peu ferme dans les détails, si l'on tient compte des divers exemplaires que nous en possédons
Les conséquences absurdes qu'entraînerait l'interprétation rigide fournissent une quatrième preuve. Notre Vulgate diffère notablement de la vieille édition latine, usitée dans l'Eglise avant saint Jérôme ; il n'y aurait donc pas eu auparavant de Bible vraiment authentique. Plusieurs des anciens textes ont été conservés dans les Missels et les Bréviaires ; l'Eglise se servirait donc de textes scripturaires qui n'appartiendraient pas à une édition authentique. Conséquence plus singulière encore : comme dans notre Vulgate certains livres viennent de la révision hiéronymienne, et d'autres non, il se trouverait qu'entre les livres de la vieille édition latine, les seuls qui auraient été très fidèlement traduits et qui seraient demeurés purs de toute altération, seraient ceux-là mêmes que saint Jérôme regardait comme apocryphes et dont il a négligé la recension, la Sagesse, l'Ecclésiastique, les Machabées, ou que l'Eglise a conservés, comme les Psaumes, pour des raisons d'ordre purement pratique. En outre, il faudrait dire que l'Eglise a rendu authentiques non seulement la version de saint Jérôme, mais encore ses explications et paraphrases ; souvent, en effet, surtout dans l'Ecclésiaste et les Proverbes, la traduction de ce docteur est moins une version qu'une explication et une paraphrase.
Une dernière preuve est empruntée à la considération de différents passages que l'auteur avait notés au cours de ses lectures, et dont il ne croyait pas pouvoir, sans parti pris, défendre l'exactitude. Il y en a dix-huit dans le texte publié par le P. Widenhofer. Nous aurons bientôt l'occasion de les indiquer et de les examiner.
3. — La dissertation qui vient d'être résumée ne pouvait pas manquer d'attirer l'attention. Dans l'article déjà
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cité[38], le journaliste de Trévoux l'avait présentée comme un écrit qui complétait et précisait la pensée de Bellarmin sur l'autorité de la Vulgate : «Il avait prouvé simplement dans ses Controverses (I. II de verbo Dei, c. x-xiv) que cette version est authentique ; il avait résolu les difficultés que proposent à ce sujet les hérétiques des derniers siècles ; mais en quel sens prenait-il le Décret de la IVè Session du concile de Trente, et quelle étendue donnait-il à cette définition ? C'est ce qu'on ne trouve que dans le petit ouvrage qui vient d'être imprimé à Wirtzbourg».
Trois ans plus tard, un ouvrage anonyme paraissait à Rouen (et non pas à Rome), sous ce titre : La Vulgate authentique dans tout son texte ; plus authentique que le texte hébreu, que le texte grec qui nous restent. Théologie de Bellarmin ; son Apologie contre l'écrit annoncé dans le Journal de Trévoux, Article LXXXV, Juillet 1750. A Rome, 1753. L'auteur de ce livre, le P. Charles-Joseph Frévier, jésuite de Rouen, hasardait d'abord, p. 2, quelques doutes sur l'authenticité de l'écrit publié par le P. Widenhofer : «Il nous dit qu'il est de la propre main du cardinal Bellarmin. Comme il n'en donne aucune preuve, nous pourrions en douter ; premièrement, sur ce que cet écrit n'a point de place dans l'édition que Bellarmin lui-même nous a donnée de tous les ouvrages qu'il voulait laisser au public après sa mort. Secondement, sur ce que dans ses ouvrages, il établit une doctrine et des principes tout opposés à ceux du manuscrit».
Le P. Frévier n'en restait pas à cette simple négation, facile, mais dangereuse aussi, comme toute négation arbitraire ; il se plaçait immédiatement, p. 3-5, sur un terrain indépendant de cette controverse préalable : «Mais qu'il soit de la propre main du cardinal, qu'il n'en soit pas, jamais du moins il ne s'est imprimé de son aveu. Plus on l'examine, et plus on est persuadé que l'écrit en question n'a jamais été qu'une espèce de mémoire, tel qu'au temps de ses premières études se fait un jeune théologien, pour se
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rendre compte à lui-même de ce qu'il a lu. Le cardinal en effet n'était point encore prêtre, dit Fuligati son historien, quand il fut envoyé prêcher en Flandre. Il est donc naturel de penser que rendu au terme de sa mission, prêt à paraître, décidé par conséquent alors sur la Vulgate, il aura été surpris de retrouver parmi ses papiers une pièce si inutile désormais à ses travaux, et que jetée au rebut dans quelque coin de son cabinet, quelque demi-savant l'aura recueillie avec d'autant plus d'empressement, qu'on s'imagine que tout ce qui part de la main d'un grand homme, est toujours grand».
En un style plus simple, le P. Frévier nie ensuite que l'écrit soit une vraie dissertation, qu'on puisse y trouver une thèse quelconque soutenue par Bellarmin. Finalement, il formule ainsi sa pensée, p. 212 : «Le cardinal, dans son prétendu Manuscrit, ne fait que rapporter ce qu'il a lu sur le Décret du concile de Trente, ne décide rien en son nom, n'explique son sentiment personnel que dans ses Controverses».
Il faut donc, à l'aide de ce dernier ouvrage, rétablir la vraie doctrine de Bellarmin sur la Vulgate. Le P. Frévier le fait en énonçant p. 20, par opposition au Journaliste de Trévoux, deux propositions qui forment le fond même de son livre. «Le Journaliste prétend que la Vulgate n'est point authentique en tout, mais seulement dans les choses qui regardent la foi et les mœurs, et moi je soutiens qu'il n'est pas un seul texte, dans toute la Vulgate, si court qu'il puisse être, qui ne soit authentique. Première Partie. Le Journaliste prétend que le texte hébraïque et le texte grec, aujourd'hui encore, ne sont pas moins authentiques que la Vulgate, qu'ils le sont même davantage ; et moi je soutiens qu'aujourd'hui ils le sont moins, s'ils le sont encore. Seconde Partie»[39].
Il serait inutile de suivre l'apologiste dans le développement de ces deux propositions. Quatre passages de Bellarmin
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sont invoqués. 1° Dans la controverse De conciliis, I. II, c. xii, il est question des Ecritures sacrées et canoniques : «L'Eglise n'a pu déclarer la Vulgate canonique, que conséquemment elle ne soit authentique», argue aussitôt le P. Frévier. 2° Les protestants, par haine de la Vulgate, exaltaient le texte hébraïque, déclaré source très pure et règle dont il faut se servir pour contrôler et rectifier les autres textes. Bellarmin De verbo Dei, I. II, c. ii, rejette cette opinion comme manifestement fausse. 3° Un peu plus loin, c. vii, l'auteur des Controverses applique la même doctrine à la version des Septante. Enfin, à cette objection des protestants, qu'il faut donner plus de foi aux sources qu'aux versions, il répond, c. xi : «Oui, quand il est clair que l'eau de la source n'a pas été troublée ; mais il en va tout autrement dans le cas présent». Et le P. Frévier de conclure triomphalement, p. 210 : «L'Apologie est donc finie. Bellarmin est pleinement justifié. Jamais il n'a pensé, comme le fait penser le Journal de Trévoux».
Mais le Journaliste ne se tint pas pour battu. Il répliqua dans les Mémoire[40] en rendant compte du livre de son censeur. Il ne lui fut pas difficile de montrer ce qu'il y avait d'arbitraire dans les négations, les suspicions et les hypothèses de ce dernier. La publication du P. Widenhofer était accompagnée d'un certificat, où le bibliothécaire du collège de Malines attestait la conformité de la copie avec l'autographe même de Bellarmin : «Concordat cum autographo, id quod facta collatione affirmo Mechliniae 7mo novembris 1748. Joan. Bapt. Holvoet, Soc. Jesu». De quel droit récusait-on ce témoignage formel ? II est vrai que, de son propre aveu, le P. Frévier était parti en guerre sans avoir eu la précaution de lire la publication de Wurtzbourg ; il s'était contenté du compte-rendu des Mémoires de Trévoux.
Bellarmin n'a point inséré cet écrit dans l'édition qu'il a donnée de ses ouvrages, c'est exact ; mais «qu'est-ce que cela prouve ? ripostait le P. Berthier, p. 235. Ne peut-il pas
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être arrivé ou que l'auteur ait perdu de vue ce Manuscrit, ou qu'il ne l'ait pas trouvé d'une étendue assez considérable ? Tels sont d'autres petits traités qui subsistent encore dans les Bibliothèques».
Aux hypothèses faites par son contradicteur sur la nature et la date de la dissertation, le Journaliste répondait à bon droit, p. 2357 : «Voilà un système. Nous ne dirons que des faits. Bellarmin, né en 1542, se fit jésuite en 1560, fut envoyé à Louvain en 1569, y professa la théologie et y prêcha jusqu'en 1576, étant alors âgé de 34 ans. Nous ne savons si c'est en Flandre, qu'il fit sa Dissertation sur la Vulgate ; mais nous assurons qu'il ne la composa point avant l'an 1570, et il paraît même qu'elle est d'un temps postérieur, puisqu'on voit par cet ouvrage que l'auteur savait bien l'hébreu. Outre les comparaisons qu'il fait, en quelques endroits, de ce texte avec la Vulgate, on apprend de lui, aux pages 15 et 16, qu'il avait lu en hébreu l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, les Proverbes, etc. His diebus, ce sont les termes, diligenter perlegi Ecclesiasten, Cantica, Proverbia et alia quaedam hebraice, et contuli cum latina versione. Ce n'est pas, disons-nous, avant l'an 1570, qu'il a pu faire ces lectures et sa Dissertation ; car l'histoire de sa vie marque positivement qu'il ne se mit à étudier la langue sainte qu'en 1570. Les livres que nous venons de nommer ne sont pas les plus aisés de l'Écriture ; il faut avoir fait des progrès dans l'étude de l'hébreu pour les lire de suite, et pour les comparer en critique avec notre Vulgate, Bellarmin avait donc pour lors 29 ou 30 ans ; il était Professeur de Théologie et Prédicateur ; par conséquent on ne peut pas dire que ce fût un jeune théologien qui jette sur le papier une espèce de Mémoire pour se rendre compte à lui-même de ce qu'il a lu».
4. — Le Journaliste, en ramenant le spéculatif P. Frévier aux réalités de l'histoire, mettait la question sur son vrai terrain. Combien plus facile, toutefois, et plus décisive eût été sa réponse, s'il avait disposé d'autres documents que la seule publication du P. Widenhofer ! Que le bibliothécaire de Malines ait pu se tromper et prendre à tort pour un
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autographe de Bellarmin le texte qu'il avait entre les mains, la chose est absolument possible[41], et je pourrais donner plusieurs exemples de confusions semblables ; mais encore faudrait-il avoir des présomptions sérieuses pour affirmer qu'en réalité il y eut erreur. Actuellement, le problème est insoluble par cette voie, puisqu'on ne sait pas où le texte de Malines est passé, ni même s'il existe encore. Mais, à défaut de l'autographe, des copies nous suffiront pour trancher le débat. Copies multiples et qui se présentent avec un ensemble de circonstances qui ne laisse pas de place au doute.
1° A l'Ambrosiana de Milan, Ms. H. 73 Part. inf., trois dissertations sont réunies sous ce titre : Dubia ad editionem Bibl. vulgatae pertinentia post definitionem concilii Tridentini. Au bas de la page on lit cette note : Felicibus auspiciis Illmi Card. Federici Borrhomaei Olgiatus vidit anno 1603. Ces dubia comprennent trois écrits, dont le second et le troisième, on le verra bientôt, sont incontestablement de Bellarmin, et se rattachent aux travaux qu'il fit comme membre de la Congrégation de la Vulgate ; le premier est la dissertation dont nous nous occupons. Pourquoi l'adjoindre aux deux autres, si ce n'est pour la communauté d'origine et d'auteur ?
2° A la bibliothèque Fabroni, de Pistoie, Ms. 13 (Censurae librorum), on trouve une série de pièces anonymes, mais qui ne sont pas autre chose que des copies d'écrits du cardinal Bellarmin. Le groupement des pièces s'explique par la dernière révision des écrits du Vén. Serviteur de Dieu qui se fit sous le pape Clément XI, en 1715 et 1719, alors que le cardinal Charles-Auguste Fabroni, fondateur de la bibliothèque, était rapporteur de la cause. La dissertation sur la Vulgate est parmi ces pièces.
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3° Quatre ans après l'apparition du livre du P. Frévier, le P. Zaccaria[42] rendit compte de la controverse[43]. Aux raisons apportées par le Journaliste de Trévoux, il ajouta ce qu'il appelait «un altro argomento di sommo peso», un argument le souveraine valeur. Pendant qu'il étudiait la théologie à Rome, le P. Thomas Silotti, bibliothécaire du Collège Romain, lui avait communiqué une vieille copie de la dissertation sur la Vulgate, qui se conservait parmi d'autres manuscrits. Elle portait cette apostille, écrite de la main du très docte cardinal Tolomei[44] : Card. Bellarmini. Zaccaria réédita plus tard la dissertation dans ses prolégomènes aux commentaires[45] du P. Jacques Tirin sur la sainte Écriture.
La copie dont il est ici question paraît encore exister dans un recueil qui n'est plus à la bibliothèque du Collège Somain, mais qui lui a certainement appartenu. Il se compose de pièces manuscrites, la plupart originales, et a pour titre : Varia ad Card. Bellarm. spectantia. La dissertation sur la Vulgate s'y trouve, avec cette note, au verso de la dernière feuille : De editione Vulgata a Patre Roberto Bellarmino, et cette autre, un peu plus bas : P. Roberti Bellarii
4° Signalons enfin un catalogue intitulé : Manuscripta Card. Bellarmini quae reperiuntur in Bibliotheca Collegii Romani, et rédigé vers 1751 par le P. Lazzari[46], sur la demande du car
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dinal Cavalchini, rapporteur de la cause de béatification sous Benoît XIV. Le catalogue comprend vingt-six pièces dont celle-ci : Judicium de editione latina vulgata, quo sensu a Conc. Trid. definitum sit ut pro authentica habeatur.
En face de ces documents, il n'est pas possible de contester l'authenticité de la dissertation sur la Vulgate, et le P. Zaccaria pouvait à bon droit, dans les Prolegomena de son édition du P. Tirin, juger en ces termes la critique de l'Anonymus gallus, c'est-à-dire du P. Frévier : «Sed fallitur plus aequo vulgatae vindex, ac nimium levibus conjecturis utitur ad infirmandam egregii opusculi auctoritatem».
Mais alors, comment expliquer la divergence signalée entre la doctrine de la Dissertation et celle des Controverses sur l'autorité de la Vulgate ? La difficulté serait sérieuse, si dans son exposé de la position prise par Bellarmin dans les Controverses, le P. Frévier était un fidèle interprète. Qu'il en soit autrement, la chose est manifeste pour quiconque compare avec soin ce que Bellarmin dit réellement et ce qu'on lui fait dire. Le bonus vulgatae vindex parle la plupart du temps pour son compte ; dans sa thèse générale il est presque toujours en dehors de la question, en confondant deux acceptions distinctes du terme authentique.
L'authenticité de la Vulgate peut et doit même s'entendre tout d'abord du caractère de texte officiel que la déclaration des Pères de Trente a conféré à cette version ; mais elle peut et doit aussi s'entendre, ultérieurement et par voie de conséquence, de l'autorité intrinsèque que cette déclaration suppose dans la Vulgate, si l'on tient compte du but et de la portée du décret.
Entendue dans le premier sens, l'authenticité affirmée au concile de Trente s'étend évidemment à la seule Vulgate et à toutes ses parties, puisqu'en vertu du décret, cette version reste, elle seule et telle qu'elle est, le texte officiel de l'Église latine, sans qu'il soit permis à personne de modifier en quoi que ce soit le texte ou de lui en substituer un autre.
Entendue dans l'autre sens, l'authenticité de la Vulgate emporte assurément un certain degré d'autorité intrinsèque, et par conséquent de conformité avec le texte original des
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saints livres ; degré de conformité à tout le moins tel que cette version soit apte au but que se proposaient les Pères du concile. Quel est, d'une façon plus précise, ce degré de conformité ? Là commence la difficulté ; aussi diverses opinions n'ont cessé d'exister, sur ce point, parmi les théologiens et les exégètes. Les uns se sont contentés d'une conformité substantielle assez vague ; d'autres ont affirmé une conformité positive dans les passages qui se rapportent à la foi et aux mœurs ; d'autres enfin ont étendu cette conformité positive à tout le contenu de la Vulgate, n'admettant en fait d'erreurs proprement dites que celles des copistes.
Le P. Frévier est manifestement de cette dernière école ; il en est si bien qu'étant donnée la manière dont il pose la question, il ne semble même pas soupçonner qu'il puisse y avoir quelque différence entre l'autorité de la Vulgate entendue dans la première ou dans la seconde acception du terme authentique. De là ce titre d'ouvrage, un peu tapageur : La Vulgate authentique dans son texte ; plus authentique que le texte hébreu, que le texte grec qui nous restent ; c'est-à-dire, suivant l'auteur, plus conforme au texte original. De là encore cette conséquence pratique : Il faut toujours préférer la leçon de la Vulgate à celles du texte hébreu et du texte grec actuels.
Que cette interprétation dépasse la doctrine de Bellarmin dans les Controverses, il est facile de s'en convaincre, même à s'en tenir à ce qui a été rappelé dans l'Introduction. Les documents qui seront utilisés au chapitre suivant, renseigneront plus amplement encore le lecteur. Mais il est bon de donner dès maintenant une pièce qui aurait sans doute embarrassé le P. Frévier, s'il l'avait connue.
En 1591, quatre ans après que Bellarmin eut achevé son cours au Collège Romain, le P. Aquaviva lui demanda son avis[47] sur un catalogue de propositions qu'il s'agissait d'imposer aux professeurs comme obligatoires. Dans la série relative à la sainte Écriture, les trois suivantes touchaient de très près la question qui nous occupe : «5a Concilii Tri
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dentini decreto repugnat omnis sensus contrarius sensui, quem vulgata editio latina reddit evidenter. 7a Tridentinum Concilium non solum in quaestionibus fidei et morum, sed in omnibus plane rebus vulgatam editionem facit authenticam, ita ut nihil eorum, quae in ea continentur, falsum sit. 15a In iis, quae in hebraeis graecisque codicibus contraria sunt latinae vulgatae, decreto Concilii Tridentini derogata est omnis fides aliis linguis, cum de earum textibus corrupti sint, nec ne, jus habeat Ecclesia dubitandi».
Quel fut le jugement de Bellarmin ? Il déclara ces trois propositions contraires à tous les auteurs qui avaient jusqu'alors écrit sur la matière, et désapprouva surtout le projet de les imposer aux professeurs d'une façon absolue : «Prop. 5a, 7a et 15a de Scripturis videntur mihi contrariae omnnibus auctoribus, qui hactenus de hac re scripserunt. Quare oportuisset non absolute eas definire, quasi certissimae sint, sed injungere nostris ut non docerent hoc aut illud, si ita placebat».
Si l'on rapproche de ce jugement les premières lignes de la Dissertation sur la Vulgate, tout commentaire devient superflu. Une seule concession doit être faite. Sur la question particulière du degré d'autorité intrinsèque qui convient à la Vulgate, Bellarmin va plus loin dans la Dissertation que dans les Controverses ; il y complète le point qu'il avait auparavant laissé dans l'ombre, ou du moins il précise en se prononçant nettement là où il avait tout au plus insinué. Ce qui fait supposer ce que nous allons établir maintenant, à savoir que la Dissertation est postérieure aux Controverses.
5. — Dans sa réponse au P. Frévier, le Journaliste de Trévoux crut faire beaucoup en soutenant que Bellarmin avait composé sa petite étude à Louvain, alors qu'il était déjà prêtre et professeur depuis plusieurs années. Cette détermination du lieu et de l'époque ne manquait pas de vraisemblance. Bellarmin, on l'a vu, s'était occupé de la Vulgate à Louvain; et quelle meilleure manière d'expliquer la présence en Belgique de l'autographe même ? Ces considérations
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m'ont fait incliner jadis vers ce sentiment[48] ; plus tard je fus amené, par des études sur les écrits inédits du Cardinal, à soumettre le problème à un nouvel examen.
Une première conclusion se dégagea bientôt de la considération des auteurs cités au début de la Dissertation. Des onze témoignages rapportés, trois sont empruntés à des ouvrages dont la publication n'eut lieu qu'après le retour de Bellarmin à Rome, c'est-à-dire après 1576. Ce sont les Psaumes de Génébrard, la Defensio Tridentinae fidei de Die